Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Histoire publique Page 1 of 3

Les historiennes et historiens dans l’espace public

Par Adele Perry, professeure, University of Manitoba et présidente de la Canadian Historical Association (CHA)/Société historique du Canada (SHC)[1]

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Le SHC | SHC est l’une des organisations associées au réseau The | La Collaborative, un réseau financé par le Conseil de recherches en sciences humaines [CRSH] du Canada, qui se consacre à la promotion des connaissances et des compétences en sciences humaines dans la société. [2] Il s’agit en partie de discuter et de promouvoir les différentes options de carrière pour un chercheur en sciences sociales ou en sciences humaines à l’extérieur du milieu universitaire : à l’école primaire et secondaire, dans les médias, les anciens comme les nouveaux et partout où nous pourrions avoir l’occasion de démontrer la compétence d’une formation de chercheurs mise en pratique.

Les historiens peuvent contribuer à ce projet par le biais de cette longue et remarquable histoire qui consiste à diffuser notre recherche auprès du public. En 2010, Joy Parr a expliqué que la pratique historique « attentive aux préoccupations contemporaines, engagée dans la politique avec des citoyens engagés existe depuis aussi longtemps que la recherche historique existe au Canada ». [3] Les causes, les communautés et les enjeux qui intéressent les historiens ont changé tout comme les outils et les technologies dont il se servent pour s’impliquer et communiquer. Mais la volonté des historiens d’ancrer leurs recherches dans le présent et de s’adresser à des communautés autres que les archives et la salle de classe existe depuis longtemps.

Cachez cette nuance que je ne saurais voir !*

Par Isabelle Picard, ethnologue

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Le 3 mai 1536, Jacques Cartier attira en donnant un prétexte le chef Donnacona et neuf autres autochtones près de ses caravelles pour ensuite les enlever et les amener en France. Ils y moururent tous. Vous ne le saviez pas ?

Il y a au minimum quatre théories qui pourraient expliquer la présence autochtone en Amérique dont une qui dit que les autochtones vivraient sur cette terre depuis des temps immémoriaux. Vous ne le saviez pas non plus ?

Je ne vous le reproche pas. C’est plutôt normal. Les anciens programmes d’histoire du Québec et du Canada n’en parlent pas.

En 2015, la Commission de vérité et de réconciliation, mise en place par le gouvernement fédéral pour faciliter la réconciliation entre autochtones et Canadiens dans la foulée des révélations entourant la période des pensionnats autochtones, a formulé 94 appels à l’action. L’un d’eux se décrit ainsi : « … en consultation et collaboration avec les survivants, les peuples autochtones et les éducateurs, rendre obligatoire, pour les élèves de la maternelle à la douzième année, l’établissement d’un programme adapté à l’âge des élèves portant sur les pensionnats, les traités de même que les contributions passées et contemporaines des peuples autochtones à l’histoire du Canada ». En consultation et collaboration.

Des rapports de pouvoir qui dérangent

Par Marie-Hélène Brunet, professeure, Faculté d’éducation, Université d’Ottawa, Adèle Clapperton-Richard, candidate à la maîtrise en histoire, UQAM, Widia Larivière, éducatrice aux droits humains et aux droits des peuples autochtones, cofondatrice de la branche québécoise du mouvement Idle NoMore et Philippe Néméh-Nombré, doctorant en sociologie, Université de Montréal

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Nous avons été consterné-e-s à la lecture de l’article « Des retouches qui dérangent », à la une du Devoir du 19 novembre dernier, présentant les réactions de deux historiens, Denys Delâge et Gilles Laporte, sur les corrections apportées aux manuels d’histoire concernant les représentations des Premières Nations.

Les voix mises de l’avant dans l’article

Nous avons aussi trouvé « aberrant » et « absurde » (pour reprendre leurs propres mots) que la parole soit donnée à ces deux seuls historiens, allochtones. Ceci nous semble révéler une dynamique issue de rapports inégaux de pouvoir, leur permettant de se retrouver à la une pour réagir et valoriser leur opinion. Car, outre la brève citation de la sous-ministre Barcelo, l’article ne relaie aucune autre voix. Si les journalistes indiquent d’abord que le Conseil en éducation des Premières Nations « n’a pu être joint » (sans préciser la teneur de ces tentatives), rien n’indique (ni dans l’article ni dans les quelques précisions publiées en complément le lendemain) qu’ils ont tenté d’obtenir l’avis d’historien-e-s ou enseignant-e-s issu-e-s d’une nation autochtone. Trois jours plus tard, le 22 novembre, le Conseil en éducation des Premières Nations (CEPN) et l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) ont d’ailleurs réagi en publiant leur propre communiqué dans lequel ils « déplor[ai]ent l’acharnement médiatique qui fait porter aux Premières Nations la responsabilité des changements apportés aux livres d’histoire du Québec » ainsi que « [l] e discours rétrograde et colonial qui [leur] a été servi dans les médias ».

« Apprécier l’histoire autrement » : Retour sur les Rendez-vous d’histoire de Québec du 10-12 août 2018

Par Gabriel Thériault, candidat à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Montréal
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Pour leur première édition, les Rendez-vous d’histoire de Québec ont offert au grand public une programmation de conférences diversifiées selon une formule «festival» qui a attiré un grand nombre d’auditeurs et d’auditrices. Le comité organisateur, composé notamment des historiennes Catherine Ferland et Marie-Ève Ouellet, ainsi que du président d’honneur, l’historien Jacques Mathieu, ont choisi trois institutions hôtes du Vieux-Québec comme décor pour l’événement. Ces institutions offrent au public amateur d’histoire une immersion au cœur du passé architectural de Québec[1]. C’est dire que ces établissements se distinguent substantiellement des salles de conférences sans grand caractère dont nous avons trop souvent l’habitude.

La diffusion de l’histoire, et plus précisément l’histoire du quotidien, des usages et des habitudes, fut un des principaux thèmes de ce rendez-vous. Les conférences ont mis de l’avant certains outils de diffusion de l’histoire, des découvertes documentaires récentes et inédites, ainsi que des sujets originaux et très bien synthétisés. Cette programmation chargée comptait au total plus d’une vingtaine de conférences, de visites, de projections et d’expositions. Bien que je n’ai pu assister à toutes les présentations puisque certaines se chevauchaient, j’ai privilégié des communications qui couvrent un large spectre historiographique[2]. La présentation d’un document inédit de Samuel de Champlain, la diversité des sujets abordés ainsi que la table ronde de clôture réunissant les historiens Denis Vaugeois et Jacques Mathieu discutant de l’œuvre de Jacques Lacoursière ont particulièrement retenu mon attention.

Un document inédit

Le comité organisateur des Rendez-vous d’histoire de Québec a remporté son pari : la conférence inaugurale affichait plus que complet et j’ai dû, comme plusieurs personnes et à notre grand désarroi, écouter la présentation de la récente découverte de l’historien Éric Thierry à travers un cadre de porte. Notons que dès la semaine précédant l’événement, les médias s’étaient emballés de la (re)découverte d’un dossier d’exploration manuscrit écrit par Samuel de Champlain. En effet, Thierry explique que le document fut découvert une première fois à la Bibliothèque nationale de France en 1904, avant de tomber dans l’oubli. Les questions que pose Thierry sont à la base de la pratique historienne : est-ce bien Samuel de Champlain qui est l’auteur de ce dossier d’exploration ? Qu’elle est sa pertinence quant aux connaissances géographiques de l’époque ? Quels renseignements offre-t-il sur l’expérience coloniale ?

Chronique éditoriale 4. De la pluralité à la complexité des silences

Par Philippe Néméh-Nombré, doctorant en sociologie à l’Université de Montréal et membre du comité éditorial de la revue HistoireEngagee.ca

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Le Marron Inconnu de Saint-Domingue. Crédit : Kristina Just (Flickr).

Chacune des chroniques éditoriales d’HistoireEngagee.ca permet de suivre le fil. En 2016, un rythme de publications soutenu ainsi qu’une équipe renouvelée, agrandie, une formule de dossiers thématiques repensée et des textes explicitant de différentes façons le rapport entre leurs objets d’études et les préoccupations actuelles. Au printemps et à l’été 2017, un lectorat grandissant et un ensemble de textes opérant une rupture par rapport à la consolidation des récits dominants, de leurs mécanismes et mécaniques. Quelques mois plus tard, à l’automne 2017, l’histoire engagée comme outils d’analyse et de compréhension de différentes expériences et réalités contemporaines et une équipe qui, finalement, multiplie les efforts pour rompre — et se demander comment rompre — avec l’invisibilisation de différentes histoires et la silenciation de différentes voix. L’exercice de la chronique éditoriale rétrospective, chez HistoireEngagee.ca, en est un de médiation.

Il s’agit, d’abord, de mettre en balance d’un côté ce qui relève de l’unicité de la revue, sa spécificité qui se maintient dans le temps, et de l’autre ce qui atteste de son mouvement, de son ouverture et de sa capacité à être modifiée et co-construite par les circonstances, nouveautés et contributions. C’est un processus, si on veut, de configuration rétrospective et donc narrative qui propose, dans les mots de Paul Ricœur, une « synthèse de l’hétérogène ». En même temps qu’elle suggère une connexion spécifique entre les différents textes et multiples contributions, les événements de l’actualité et les changements dynamiques au sein de la revue, la chronique éditoriale raconte HistoireEngagee.ca. Ou plutôt, HistoireEngagee.ca s’y raconte, s’y imagine, s’y crée et s’y recrée selon les sensibilités de la — ou des — personne qui s’en charge. Et en ce sens, cette composition narrative provisoire et toujours à refaire ne suggère pas seulement une rétrospection; un peu comme chacun des textes qu’elle fédère, elle propose également un mouvement entre ce que la revue ainsi présentée est et fait et ce que la revue ainsi imaginée pourrait être et pourrait faire.

C’est en suivant ce mouvement que cette chronique éditoriale commence là où la dernière s’est arrêtée, là où Christine Chevalier-Caron et Pascal Scallon-Chouinard suggéraient de comprendre, selon les dynamiques spécifiques et les forces en présence à l’automne 2017 et au début de l’hiver 2018, la vitalité réactualisée et renégociée d’HistoireEngagee.ca. Une vitalité, il va sans dire, traversant nécessairement la forme discursive et l’intention, propre à la revue, d’investir simultanément différents espaces de manière à rompre avec la hiérarchisation et le confinement des perspectives et lieux d’élocution – spécialement ceux de l’académie qu’elle cherche à investir en les sublimant. De manière, autrement dit, à faire émerger et engager la discipline historique dans des enjeux contemporains, là où ils adviennent et sont vécus. Mais surtout, une vitalité qui s’est déployée plus particulièrement, dans ce contexte, non seulement dans une histoire critique des groupes dominants et de leurs récits, mais également dans la réactivation d’histoires, d’expériences et de savoirs subjugués. Dans le passage d’une critique multiforme des mécanismes de pouvoir et de domination en place dans la discipline historique (comme dans le projet scientifique plus généralement) et dans la mise en circulation du savoir qui en résulte, vers un travail plus performatif, éventuellement transformateur, de (re)valorisation et de (ré)émergence de ce qui est représenté et vécu autrement.

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