Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Histoire sociale Page 1 of 5

La foule importe-t-elle ? L’économie morale au XIXe siècle

Par Tom Peace, assistant-professeur à Huron University college et membre du comité éditorial d’ActiveHistory.ca[1]

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« Hints to forestallers, or a sure way to reduce the price of grain!! » (1800), image conservée au British Museum, 1868,0808.6904, AN187537001.

Au courant des dernières semaines, des gens à travers le monde sont descendus dans les rues afin de faire connaitre leur message aux politiciens.nes, aux chefs d’entreprises et aux fonctionnaires. Bien que similaires, tous ces événements n’étaient pas identiques. La Marche des femmes, notamment, a été soigneusement préparée durant deux mois entre l’élection présidentielle américaine et l’investiture ; l’objectif était de dénoncer la misogynie ouvertement exprimée par le Parti républicain durant la campagne électorale. La semaine suivante, des dizaines de milliers de personnes ont afflué dans les aéroports des États-Unis afin de démontrer leur soutien aux voyageurs et voyageuses détenus.es en fonction du décret présidentiel, aussi idiosyncrasique qu’illégal, visant à interdire l’entrée au pays et le déplacement de musulmans et de musulmanes[2]. Deux jours plus tard, ici même au Canada, nous avons pleuré les assassinats d’Azzedine Soufiane, de Mamaou Tanou Barry, de Khaled Belkacemi, d’Aboubaker Thabti, d’Ibrahima Barry et d’Abdelkrim Hassane, survenues à la Mosquée de Québec. Encore une fois, des milliers de personnes ont pris les rues à travers le pays afin d’exprimer leur inquiétude face à la montée des discours haineux et à ce qui permet leur diffusion.

Résurgences de la Révolution tranquille, ou la dramaturgie québécoise des années quatre-vingt comme lieu d’interrogation du Québec des années soixante

Par Céline Philippe, candidate au doctorat au département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)

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Montréal dans les années 1960. Archives de la ville de Montréal. Source : Vintage Canadian Supermarkets and Discount Stores (Flickr).

DÉCOR / Le salon d’un appartement du Plateau Mont-Royal, été 1965[1].

DÉCOR / La salle commune d’une maison de campagne. Une porte donne sur cette salle commune. Saint-Ludger de Milot, Lac-Saint-Jean, avril 1965[2].

Au moment où la pièce commence, le 5 juillet 1967 à 10h30, l’interrogatoire dure depuis le matin du 4 juillet à 1h, sans interruption[3].

Il y a dans ces trois extraits des exemples parmi tant d’autres d’un phénomène qu’il reste encore à éclairer, entourant une grande part de la dramaturgie québécoise des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Bien des choses ont été écrites au sujet de cette « date charnière[4] » que représenterait 1980, une époque marquée notamment par l’avènement d’une nouvelle génération d’auteurs (les René-Daniel Dubois, Michel Marc Bouchard et Normand Chaurette, entre autres), dont l’écriture se démarquerait du théâtre québécois des décennies précédentes à la fois au niveau formel et thématique. Comme le résument Jean Cléo Godin et Dominique Lafon au sujet de la dramaturgie surgie à cette époque :

En ce qui concerne les composantes textuelles de cette dramaturgie, la critique a été unanime à lui reconnaître deux traits caractéristiques : l’abandon quasi total de la langue parlée populaire au profit d’une écriture plus standard (sans être « parisienne ») et la fin d’un théâtre spéculaire et identitaire, auquel succèdent des récits à la fois plus éclatés et plus introspectifs […][5].

Or, ce que peu de travaux ont souligné, c’est que plusieurs œuvres parmi celles-ci interrogent le Québec des années soixante en le représentant par un ancrage spatiotemporel (dans une partie du texte ou sa totalité). N’ayant aucunement la prétention d’en éclairer l’ampleur, ni la complexité ou les causes dans les limites de cet article, je compte à tout le moins offrir un aperçu des manifestations de ce phénomène dans quelques productions des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Comme je le montrerai, si cet ancrage spatiotemporel est explicitement annoncé dans une œuvre sous forme de mise en abyme comme Le vrai monde? de Michel Tremblay, dans des pièces des années quatre-vingt-dix, comme Celle-là de Daniel Danis, The Dragonfly of Chicoutimi de Larry Tremblay ou La face cachée de la lune de Robert Lepage, c’est sur un mode crypté, voire fantomatique, que cette époque du passé québécois fait retour.

Entrevue avec Magda Fahrni

Par Cory Verbauwhede, doctorant en histoire à l’UQÀM

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Le colloque "Question sociale et citoyenneté" se tiendra à l'UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Le colloque « Question sociale et citoyenneté » se tiendra à l’UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Magda Fahrni est professeure régulière au département d’histoire de l’UQAM. Elle est l’une des principales spécialistes de l’histoire sociale des femmes au Canada[1].


Cory Verbauwhede : Parlez-nous de votre parcours académique et comment vous en êtes arrivée à étudier les premières inspectrices du travail du Québec.

Magda Fahrni : Mes études doctorales à l’Université York dans les années 1990 centraient autour du développement du sens de la citoyenneté sociale au lendemain de la Seconde Guerre mondiale lors de l’implantation de l’État-providence, d’abord au niveau fédéral, puis au Québec. Mon approche était assez intimiste : je focalisais sur le vécu des familles dans les années 1940 à Montréal, ainsi que les liens et tensions entre la citoyenneté et le genre. Après le doctorat, je me suis intéressée à l’histoire de la santé publique. En particulier, je me suis demandée pourquoi et comment on s’est mis à calculer les risques de la vie quotidienne. J’ai voulu comprendre l’« infrastructure du risque » qui s’est construite autour des accidents, notamment des accidents du travail, même dans le domaine souvent non-rémunéré du travail des femmes et des enfants. Je me suis attardée à ses experts émergents – fonctionnaires, réformateurs, médecins, juristes, comptables, actuaires, assureurs, etc. – et c’est ce qui m’a menée aux inspectrices du travail sous la première loi de cette nouvelle ère du risque, l’Acte des manufactures de Québec de 1885, dont le titre long est Acte pour protéger la vie et la santé des personnes employées dans les manufactures.

Entrevue avec Louise Bienvenue et Andréanne LeBrun

Par Noémie Charest-Bourdon

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Le colloque "Question sociale et citoyenneté" se tiendra à l'UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Le colloque « Question sociale et citoyenneté » se tiendra à l’UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Professeure titulaire au département d’histoire de l’Université de Sherbrooke et chercheure au Centre d’histoire des régulations sociales, Louise Bienvenue est spécialiste de l’histoire du Québec contemporain. Ses publications récentes abordent l’histoire du réseau de protection de la jeunesse aux XIXe et XXe siècles ainsi que l’histoire des collèges classiques. Elle complète présentement une enquête d’histoire orale auprès des anciens de Boscoville (1941-1997), un centre de rééducation pour mineurs. Depuis 2013, elle est aussi directrice de la Revue d’histoire de l’Amérique française.

Andréanne LeBrun est candidate au doctorat en histoire et chargée de cours à la Faculté d’Éducation de l’Université de Sherbrooke. Son mémoire de maîtrise analysait les différents modèles de citoyenneté et de participation politique enseignés dans les écoles du Québec entre 1943 et 1967. Avec le soutien du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et de la Fondation Trudeau, ses recherches doctorales explorent les représentations collectives de la fonction sociale de la jeunesse, et plus particulièrement de l’adolescence, dans les discours psychopédagogiques, médiatiques et politiques entre 1943 et 1985 au Québec[1].


Noémie Charest-Bourdon : Avant 1963, quelles sont les transformations du droit de vote au XXe siècle?

Louise Bienvenue : L’accès au suffrage avait connu un certain nombre d’élargissements depuis les débuts du système parlementaire. L’un des plus remarquables concerne sans doute l’abolition progressive du cens électoral, qui limitait l’accès aux ouvriers et autres petits salariés n’ayant pas de propriété foncière suffisante pour prouver leur compétence économique. Et puis, bien sûr, il y a le vote féminin qui survient, au Québec, assez tardivement en 1940. À bien des égards d’ailleurs, le débat sur le vote à 18 ans rappelle celui sur le suffrage féminin : nos recherches font ressortir plusieurs arguments qui se recoupent.

Andréanne LeBrun : Cela dit, malgré cette tendance générale à agrandir le corps électoral au cours du 20e siècle, l’histoire du vote au Québec et au Canada n’est pas toujours, vous vous en doutez, celle d’une marche irréversible vers une plus grande démocratie… Nous n’avons qu’à penser à la Loi des élections en temps de guerre qui retire en 1917 le droit de vote aux « objecteurs de conscience » (Mennonites, Doukhobors et néo-Canadiens originaires de pays non anglophones). Dans un autre ordre d’idées, lorsque le critère de possession est aboli au Québec en 1936, on observe toujours une certaine opposition au droit de vote des chômeurs. Le bien-fondé du suffrage universel est d’ailleurs remis en question dans les programmes scolaires officiels dans la province jusqu’en 1956, quoiqu’il s’agisse d’un courant qui appartient surtout aux années d’avant-guerre. C’est en raison de ce caractère dynamique et multidirectionnel du processus de négociation de la capacité citoyenne qu’il importe à notre sens de nous intéresser aux débats de société derrière les législations électorales et de faire ressortir l’action des individus pour conquérir ou préserver ce droit.

Entrevue avec Martin Petitclerc

Par Benoit Marsan, doctorant en histoire à l’UQÀM et collaborateur pour HistoireEngagee.ca

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Le colloque "Question sociale et citoyenneté" se tiendra à l'UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Le colloque « Question sociale et citoyenneté » se tiendra à l’UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Martin Petitclerc est professeur au Département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal et directeur du Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS). Il est également chercheur au Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES) et au Centre interuniversitaire d’études québécoises (CIEQ). Depuis une quinzaine d’années, il mène avec ses collègues du CHRS des recherches sur l’histoire de la « question sociale », des mouvements sociaux et de la formation de l’État au Québec. Au-delà des objets de recherche spécifiques à chaque chercheur, l’équipe du CHRS aborde l’étude des problèmes sociaux comme un révélateur des fondements politiques de l’ordre social, en se concentrant principalement sur la société québécoise depuis le XIXe siècle. C’est ce lien entre les problèmes sociaux et une société donnée que révèle le concept de régulations sociales. En effet, ce qu’une société considère comme un problème social (ou pas) est étroitement lié à la façon dont, historiquement, les rapports sociaux (de classe, de sexe, de race, etc.) qui la constituent se sont institutionnalisés dans la société civile et au sein de l’État. Ses enseignements et son travail d’encadrement à la maîtrise et au doctorat portent sur ces thématiques, de même que sur la théorie de l’histoire, sur l’historiographie et sur l’épistémologie[1].


Benoit Marsan : D’où vient l’idée d’organiser un colloque portant sur la question sociale et la citoyenneté ?

Martin Petitclerc : Il y a un double constat qui frappe, je crois, tout historien ou historienne intéressé par la question sociale. D’abord, celui d’avoir vu une thématique fondatrice des sciences humaines, et cela dès la transition au capitalisme et au libéralisme au XIXe siècle, être progressivement délaissée par l’historiographie des vingt-cinq dernières années. Cela est évidemment lié aux bouleversements politiques associés à l’effondrement du marxisme et à la montée du néolibéralisme. Parallèlement, un grand nombre d’historiens se sont détournés de l’analyse du pouvoir et des conflits sociaux, de l’économie et de l’État. En témoigne la « crise de l’histoire sociale » qui a fait l’objet de nombreux diagnostics dans la plupart des pays occidentaux. Il est symptomatique, me semble-t-il, de voir le succès planétaire du livre de l’économiste Thomas Piketty sur les inégalités sociales qui a fait ce que les historiens et les historiennes ont de plus en plus refusé de faire. Le succès de ce livre illustre peut-être, à mon avis, l’échec de la discipline historique à analyser sérieusement les inégalités sociales au cours des deux ou trois dernières décennies. Notre colloque est une façon de réunir des chercheurs et des chercheuses qui ressentent cette nécessité de recentrer l’analyse historique sur ces problèmes, en ayant recours bien sûr à une variété de méthodes et de perspectives.

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