Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

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Les labours de l’oubli. La Révolution tranquille dans le roman contemporain

Par Daniel Letendre, postdoctorant à l’Université Laval

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Crédit : Arslan (Flickr).

Crédit : Arslan (Flickr).

Devant le spectacle du démantèlement à coups de massue du « modèle québécois » mis en place dans les années 1960, comme devant celui des Belles-sœurs devenues comédie musicale rose bonbon, on peut légitimement se demander ce qu’il reste aujourd’hui des innovations sociales, politiques, littéraires et discursives qui forment le legs des acteurs de la Révolution tranquille. Toutefois, la question à poser est peut-être moins celle de ce qui reste de cette époque que ce qu’on en a conservé. Comme l’écrivait Bourdieu dans Les règles de l’art à propos du Frédéric Moreau de L’éducation sentimentale, c’est bien d’avoir un héritage, mais encore faut-il l’accepter, ou plutôt convenir d’en « être hérité », accepter que « le mort […] saisi[sse] le vif[1] ». Le nœud gordien de toute réflexion sur l’héritage est formé par l’entrelacement de ces trois composantes : celui qui lègue, l’héritage lui-même, et l’héritier, qui accepte ou rejette ce qu’il reçoit, qui le conserve tel quel ou l’assimile et le transforme pour le faire sien de manière à ce qu’il devienne une part inextricable de sa lecture du monde. « Être hérité » est donc autant le prédicat du legs (qui résiste ou non au travail de l’héritier) que de l’héritier lui-même, qui accueille cet héritage en consentant à sacrifier une part de lui-même pour lui ménager une place dans son expérience.

Histoire et mémoire acadiennes au Parc national Kouchibouguac

Par Ronald Rudin, Université Concordia[1]

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Maison d'Adolphe et Emma Comeau (dernière maison existante datant de l'époque de l'expropriation).

Maison d’Adolphe et Emma Comeau (dernière maison existante datant de l’époque de l’expropriation).

Le moment décisif de l’histoire acadienne survient au milieu du XVIIIe siècle avec la déportation de la majorité des habitants de langue française de la région maintenant désignée comme le Canada atlantique; une série événements que les Acadiens appellent avec euphémisme « le Grand Dérangement ». La colonie française de l’Acadie a été conquise par les Britanniques en 1710, mais ses habitants ont réussi à vivre assez confortablement sous leur gouverne durant plus de quarante ans, demandant seulement qu’ils puissent demeurer neutres dans les conflits impériaux. Au cours des années 1750, l’accumulation des tensions précédant la guerre de Sept Ans a toutefois rendu la neutralité acadienne inacceptable aux yeux des Britanniques qui amorcent leur expulsion à partir de 1755 afin d’empêcher la formation d’une cinquième colonne dans leurs lignes. Nombre de déportés ont péri en mer, alors que d’autres ont été dispersés à travers le monde atlantique. Certains Acadiens ont cependant réussi à fuir dans les bois pour s’établir sur le territoire actuel du Nouveau-Brunswick où ils représentent aujourd’hui environ un tiers de la population. Grand traumatisme de l’histoire acadienne, cette déportation est décrite par l’historien John Mack Faragher comme « the first episode of state-sponsored ethnic cleansing in North American history[2]. »

Accroître la légitimité de l’exercice consultatif. Mémoire présenté pour la consultation publique portant sur le renforcement de l’enseignement de l’histoire nationale au primaire et au secondaire

Par Raphaël Gani[1], étudiant à la maîtrise en histoire à l’Université Laval[2]

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Introduction

L’enseignement de l’histoire est un sujet important qui préoccupe les Québécois. Des pétitions, des lettres ouvertes et des témoignages relatés dans les médias et les revues savantes illustrent l’importance que revêt ce sujet au Québec, mais aussi ailleurs en Occident. Depuis la réforme de l’enseignement de l’histoire annoncée en 2006, plusieurs Québécois ont fait part de leur mécontentement face à ce que l’historienne Josiane Lavallée décrit comme un programme d’histoire « javellisé au service présent[3] ». Ce genre de propos à saveur polémique n’est pas rare. Il se manifeste également du côté des défenseurs de l’actuel programme, dont certains réduisent leurs adversaires à l’étiquette de « nationaleux »[4]. Le document qui accompagne la consultation rend compte de l’impasse créée par cette polémique : « Cette crispation du débat est à l’origine de l’impasse actuelle. Elle encourage les procès d’intention […][5]. » Dès lors, la réforme de l’enseignement de l’histoire au primaire et au secondaire est un sujet qui mérite d’être traité au sein d’un exercice consultatif défini avec le plus grand soin par le gouvernement. Cet exercice se doit d’être régi par un cadre législatif. Il doit aussi être accessible au plus grand nombre de Québécois, vu l’importance du sujet traité.

Pour réformer l’enseignement de l’histoire, le Parti Québécois (PQ) a choisi de consulter la population québécoise en 1995 et en 2013. Afin de comprendre la singularité de la présente consultation publique, il est impératif de retracer depuis 1995 les dispositifs proposés par le PQ pour réformer l’enseignement de l’histoire[6]. Ces dispositifs ont pris la forme d’une commission parlementaire et une consultation publique. L’historique de ces espaces de débat est absent du document qui accompagne la consultation publique.

Catholicisme, devoir de mémoire et patrimoine religieux au Québec

Par Catherine Foisy, professeure au département des sciences des religions de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)[1]

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Dans la conclusion du volume Le Québec après Bouchard-Taylor. Les identités religieuses de l’immigration, Louis Rousseau remarque qu’« Au moment où commence à se laisser deviner une ‘‘exculturation’’ du catholicisme au sein des modes de penser et des pratiques communes à la génération qui accède à l’âge adulte[2], il s’impose d’établir un rapport patrimonial avec la dimension religieuse de la tradition socioculturelle particulière du Québec. Ce terme désigne un certain type de rapport à cet héritage qui transforme les ‘‘faits historiques’’ en matériaux choisis pour la construction actuelle d’une identité collective signifiante. Il s’agit donc d’une opération continue de tri dans la mémoire commune disponible de la société, d’attention à certaines références et souvent de rejet ou d’oubli de certaines autres, ces nouvelles mises en relation du passé avec la construction de l’avenir pour répondre adéquatement au défi du passage du temps[3]. » Ainsi, je me demande si l’on conserve actuellement le patrimoine religieux pour les bonnes raisons et surtout, en étant bien conscient de ce que représentent les divers éléments symboliques, rituels, cultuels auxquels nous avons à faire… Cela se veut l’horizon de mon questionnement, spécialement dans une société qui est appelée à se pluraliser davantage du point de vue religieux.

Grande Noirceur?

Par Alexandre Turgeon, candidat au doctorat en histoire à l’Université Laval, avec la collaboration de Raphaël Gani, étudiant à la maîtrise en histoire à l’Université Laval

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Maurice Duplessis

Alors que la grève étudiante perdure et s’envenime, notamment avec l’adoption de la loi 78, nombreux sont les commentateurs à y aller de comparaisons entre Jean Charest et Maurice Duplessis, entre aujourd’hui et la Grande Noirceur. La loi spéciale n’était encore qu’une rumeur que Gabriel Nadeau-Dubois, le porte-parole bien connu de la CLASSE, anticipait déjà un « retour au temps de Duplessis ». Josée Legault, chroniqueuse politique au journal Voir, n’est pas en reste. Elle s’en donne même à cœur joie. Un brin ironique, elle demandait le 16 mai 2012 si l’on verrait un « sourire s’esquisse[r] sur la photo de M. Duplessis dans le couloir du bureau du premier ministre ». Du même souffle, elle considère que le projet de loi 78 « devrait être renommé la Loi Duplessis-Charest », rien de moins! Une utilisatrice de Twitter, comme tant d’autres, tire pour sa part un trait définitif sur notre époque : « La grande noirceur, part II ».

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