Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Mouvements sociaux Page 1 of 6

Decolonizing Dialectics, de George Ciccariello-Maher : recension

Par Philippe Néméh-Nombré, doctorant en sociologie à l’Université de Montréal

Version PDF (à venir)

Recension de : CICCARIELLO-MAHER, George. Decolonizing Dialectics. Durham, Duke University Press, 2017, 256 p.


« All I want for Christmas is white genocide. » Il n’en fallait pas plus pour heurter les sensibilités. La provocation de George Ciccariello-Maher a – trop – fonctionné. En décembre 2017, le professeur de politique et de global studies a présenté sa démission à l’Université Drexel; se jouant d’un concept imaginé et brandi au même titre que le « racisme anti-blanc » par une droite blanche et nationaliste qui met en garde contre une « menace » qui guetterait les États-Unis, son tweet datant du 24 décembre 2016 lui a valu harcèlement, attaques et menaces de mort, au point où la pression en serait devenue « insoutenable ». L’affaire, traitée principalement sous l’angle de la liberté académique et de la (re)montée en puissance de tendances suprémacistes, a fait grand bruit, notamment dans les médias nationaux. D’autant plus que le principal intéressé s’est assuré de consolider les oppositions en multipliant les sorties incisives et les propositions du même ordre.

Pourtant, s’il fallait encore s’en convaincre, ces apparitions répétées ont fait bien plus qu’assurer une trame narrative au feuilleton. Elles ont également permis de mettre en évidence l’intention intellectuelle et politique de Ciccariello-Maher d’en témoigner et de l’inscrire dans une continuité pour l’essentiel évacuée de la couverture médiatique : faire émerger les ruptures politiques, les investir et les situer dans un processus de (ré)arrangements d’identités, de luttes et de sociabilités. Une posture, finalement, qui correspond parfaitement au point de départ de son plus récent ouvrage, Decolonizing Dialectics. Dans ce livre, l’auteur actualise, articule et met justement à l’épreuve les potentialités libératrices d’une insistance sur les oppositions dynamiques et fécondes de même que sur la formation de solidarités oppositionnelles comme processus politique. En plus d’éclairer le caractère subversif des interventions publiques de Ciccariello-Maher, la réflexion fine qui y est proposée entend surtout permettre de penser – et de vivre – les luttes politiques radicales dans des paramètres qui favorisent leur déploiement. La proposition de Ciccariello-Maher est d’ancrer dans la pratique politique une révision et un dépassement des usages limitatifs de la pensée dialectique, une pensée qui s’intéresse essentiellement au mouvement dynamique entre oppositions conflictuelles. Celle-ci serait, selon lui, trop souvent mise au service de résolutions conservatrices et harmonieuses plutôt qu’à la mise en évidence souhaitable et nécessaire des divisions combatives, des indéterminations du conflit et des futurs radicaux imprédictibles (p. 6).

Un pan oublié de notre histoire nationale : les missionnaires québécois en Amérique latine et leurs interactions avec la population. Une entrevue avec Maurice Demers

Maurice Demers, professeur au département d’histoire de l’Université de Sherbrooke et membre du comité éditoriale d’HistoireEngagee.ca

L’Apostolat, « Choisir entre deux révolutions » (Missionnaires oblats de Marie immaculée, Richelieu, févriers 1965), p. 7.

Les nombreuses interactions entre les milliers de missionnaires québécois qui ont œuvré en Amérique latine et la population locale et ses clercs progressistes demeurent un pan méconnu de notre histoire nationale. Plusieurs de ces missionnaires, inspirés par la Théologie de la libération qui émane de la région dans les années 1970, se sont par la suite impliqués dans des organisations non gouvernementales de développement et des organismes de solidarité qui défendent les droits de la personne dans la région. Ces derniers ont eu un impact important en facilitant l’implantation, au Québec, de milliers de réfugiés chiliens à la suite du coup d’État du général Pinochet en 1973 : en dénonçant les abus des droits de la personne en Amérique latine et en organisant des manifestations en soutien aux populations latino-américaines; en travaillant en collaboration avec le ministère des Relations internationales du Québec et du Canada, ainsi qu’avec des organismes d’aide humanitaire comme le CECI et Développement et Paix; et, finalement, en conscientisant toute une génération de gens du Québec aux bienfaits de la solidarité internationale. Maurice Demers s’est entretenu sur ce sujet avec Jean Desclos et Henri Laban durant l’émission « Thèse et hypothèse » diffusée à Radio Ville-Marie la semaine dernière. L’entrevue retrace les débuts des missions québécoises en Amérique latine, la forte augmentation du nombre de missionnaires québécois.es qui œuvrent dans la région après la Deuxième Guerre mondiale, l’impact de la Révolution cubaine sur ce missionnariat, le rôle pour favoriser le développement des régions rurales, l’influence sur leurs vies de missionnaires de la Théologie de la libération et l’option préférentielle pour les pauvres, les dénonciations des régimes dictatoriaux et l’implication dans des organismes de solidarité internationale. Vous pourrez écouter l’entrevue en cliquant ici. Bonne écoute!

L’opposition du Conseil du patronat du Québec à la loi 101

Par Florence Provost-Turgeon, étudiante à la maîtrise en histoire à l’Université de Montréal, et Jacques Rouillard, professeur émérite du département d’histoire de l’Université de Montréal

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Photographie de la manifestation « McGill français », mars 1969. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Centre d’archives du Vieux-Montréal, Fonds Antoine Desilets, Cote : P697,S1,SS1,SSS18,D84.

Le président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Ghislain Dufour, a rédigé dans l’édition du journal Le Devoir du 24 août un texte sur la position de l’organisme qu’il a présidé de 1986 à 1996 à l’égard de la loi 101. Le journal, qui a publié un cahier spécial à l’occasion du quarantième anniversaire de la loi adoptée en 1977, a demandé à M. Dufour de rédiger ce texte[1]. Ce dernier a bien raison d’écrire que la loi « ne passait vraiment pas dans le milieu des affaires » même si l’organisme était d’accord pour promouvoir l’usage du français et « parvenir à en faire la langue principale des activités économiques et culturelles ».

Le CPQ a suggéré des « ouvertures » au projet de loi qui, aux dires de M. Dufour, n’ont pas fait broncher le gouvernement. Même intransigeance, écrit-il, du ministre Camille Laurin en 1983 aux « importantes modifications » réclamées par le CPQ au moment où le gouvernement souhaitait éliminer « certains irritants » de la loi. Mais M. Dufour ne donne pas de précisions sur ce que désirait véritablement le CPQ entre 1971 et 1983 pour faire du français la langue de travail et il ignore complètement d’aborder le point de vue de l’organisme sur un élément central de la loi qui irritait souverainement ses membres, le français comme langue d’enseignement pour les immigrants.

Race, racialisation et histoire : compte-rendu et réflexions sur la livraison d’automne 2016 des Cahiers d’histoire

Par Bernard Ducharme, titulaire d’un doctorat en histoire de l’Université de Montréal et en études romanes de l’Université Paul-Valéry-Montpellier III

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La livraison 33-2 de l’automne 2016 des Cahiers d’histoire de l’Université de Montréal fait le point sur l’histoire du racisme. La race, la racialisation et l’histoire est construit selon les procédés habituels des Cahiers : le numéro, bâti par une équipe d’étudiantes des cycles supérieurs du département d’histoire (mentionnons les rédactrices en chef Florence Prévost-Grégoire et Magalie Fournier-Plouffe et la responsable de publication Anaïs Hélie-Martel), est publié sous la direction d’un professeur du département, cette fois David Meren, un spécialiste de l’histoire des nationalismes au Canada. Au total, le dossier comporte 8 articles en plus de la présentation du directeur, écrits par des candidats à la maîtrise ou au doctorat de divers horizons. Les responsables de la publication ont eu la bonne idée de disposer les textes en ordre chronologique, du XVIIIe siècle à nos jours, ce qui facilite la tâche au lecteur soucieux d’envisager l’ampleur du phénomène dans la durée. Nous nous attacherons précisément ici à rendre compte des différentes contributions en nous efforçant de les restituer dans une vision d’ensemble de l’histoire du racisme. Nous tenterons par la suite d’indiquer, par une réflexion sur quelques absences, des directions que pourrait prendre la réflexion suite à la lecture de ce dossier fécond.

Le discours «néo-réactionnaire» : recension

Par Félix L. Deslauriers, candidat à la maîtrise en sociologie à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)[1]

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Il y a plus de treize ans, Daniel Lindenberg publiait Le Rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires. Ce pamphlet brossait le tableau d’une constellation émergente du paysage intellectuel français : issus pour la plupart de la gauche, ces écrivains semblaient désormais convertis à la critique de l’égalitarisme associé à l’«esprit» de Mai 68. Cette intervention allait déclencher une vive polémique et cristalliser les termes d’un débat qui n’a pas faibli depuis.

Les auteurs réunis dans Le discours «néo-réactionnaire» s’engagent donc sur un sentier que d’autres ont tenté de baliser avant eux, non sans difficultés et résistances. Conscients qu’il s’agit d’une route semée d’embuches, ils entendent contribuer à un «examen dépassionné» de la nébuleuse intellectuelle «néo-réactionnaire». Leur démarche cherche à s’inscrire davantage dans le registre de l’analyse sociologique que dans celui de l’intervention politique, sans renoncer à une posture critique. Sociologues de la littérature à l’Université de Liège, Pascal Durand et Sarah Sindaco ont rassemblé des spécialistes de différentes disciplines à l’occasion d’un colloque dont sont issus les textes du recueil. C’est entre guillemets qu’ils reprennent l’appellation de Lindenberg, afin de la soumettre à un travail d’objectivation conjuguant études de cas et analyses d’ensemble.

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