Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Mouvements sociaux Page 1 of 7

Le calme avant la tempête ? Épidémies et conflits sociaux

Noémie Charest-Bourdon, doctorante en histoire à l’UQAM,membre du Centre d’histoire des régulations sociales

Les maladies sont bien souvent des indicateurs des inégalités qui structurent les sociétés, et ce, même si virus et bactéries ne font à priori aucune distinction entre les classes sociales auxquelles appartiennent leurs hôtes. Avec plus d’intensité encore, les épidémies mettent ces iniquités en relief. Tout comme la pandémie actuelle, les dernières grandes épidémies qui ont frappé le Québec, soit la variole en 1885 et la grippe espagnole en 1918-1920, ont en effet été de puissants révélateurs des inégalités sociales. En accentuant les divisions sociales – notamment en ce qui a trait aux conditions de vie et de travail ainsi qu’à l’accès aux soins de santé des classes laborieuses – ces épisodes éprouvants ont, chacun à leur façon, donné lieu à des mouvements de contestations importants et ont ainsi accéléré le rythme du changement social. Dans les deux cas qui nous intéressent, le monde ouvrier et syndical a connu une importante période d’effervescence à la suite des crises sanitaires. On a peu insisté sur le fait que les crises sanitaires témoignent d’une profonde articulation entre le sanitaire et le social. Le survol des événements de 1885 et de 1918-1920 à Montréal, et plus sommairement à Winnipeg, permet de prendre la mesure de cette imbrication.

Relations de genre dans le projet insurrectionnel colombien : le cas des combattantes des FARC-EP et du M-19

Par Frédérique Montreuil, candidate à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

Résumé : Cet article s’intéresse à l’expérience des combattantes au sein de la gauche insurrectionnelle colombienne à la fin du XXe siècle, et plus spécifiquement au sein de deux guérillas, les Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple (FARC-EP) et le Mouvement du 19 avril (M-19). En s’interrogeant sur l’articulation des rapports de genre au sein de ces groupes, il met en lumière la tension entre les potentialités d’émancipation et la perpétuation de dynamiques de domination qui se déploient dans l’espace révolutionnaire.

Mots clés : Colombie; conflit armé; combattantes; Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple (FARC-EP); Mouvement du 19 avril (M-19); genre


Des pourparlers de paix entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple (FARC-EP) se sont déroulés à La Havane, Cuba entre 2012 et 2016. Ces négociations se sont distinguées par la mise sur pied, en septembre 2014, d’une sous-commission chargée de s’occuper spécifiquement des questions de genre. Il s’agit d’une première mondiale dans le cadre de négociations entre un groupe armé et un État. L’accord final, signé le premier décembre 2016, reconnaît «que les femmes font face à davantage de barrières sociales et institutionnelles dans l’exercice de leur participation politique»[1]. Des dispositions sont ainsi prévues pour la réincorporation et la participation citoyenne des ex-combattantes[2]. L’inclusion d’une perspective de genre dans le processus de justice transitionnelle n’allait pas de soi: elle est le fruit d’un long combat, mené de front par des activistes féministes et organisations de femmes colombiennes. Dès les débuts des négociations, la coalition Mujeres por la Paz dénonçait l’absence de femmes dans le processus, et condamnait le filtre masculin d’analyse des questions de paix et de justice, critique matérialisée par le slogan «La paz sin mujeres ¡no va!»[3].

La participation des Colombiennes au conflit armé ne s’est pas confinée au militantisme pour la paix. Elles ont également pris les armes. Le recensement socioéconomique mené par l’Université Nationale de Colombie auprès d’ex-combattant-e-s, en 2017, révélait une proportion de 23% de femmes dans les effectifs totaux des FARC-EP, dont une proportion de 33% dans le corps guérillero armé[4].

L’occupation de Sir George Williams

Affiche par Lateef Martin; Texte par Funké Aladejebi; Traduction par Marie-Laurence Rho

Le 29 janvier 1969, près de 200 étudiant·e·s universitaires se sont barricadé·e·s dans le centre informatique du 9e étage du Henry F. Hall Building de l’université Sir George Williams à Montréal (maintenant connue comme l’université Concordia). Ce mouvement, qui a marqué le début d’une occupation de deux semaines pour protester contre le racisme, a abouti à une intervention de la police anti-émeute. Celle-ci a évacué de force les manifestant·e·s hors du bâtiment et les a arrêté·e·s le 11 février 1969. Par le temps que l’occupation de Sir George Williams (à laquelle on réfère souvent comme une « affaire » ou une « émeute ») se termine, 97 personnes, dont des étudiant·e·s noir·e·s et des étudiant·e·s blanc·he·s, avaient été arrêtées et l’université avait subi des dommages matériels s’élevant à 1 million de dollars. La manifestation et les conséquences qui en sont découlées ont créé une rupture avec le mythe d’harmonie raciale au Canada. L’occupation de Sir George Williams demeure la plus importante des occupations étudiantes de l’histoire du pays.

Colloque Toujours debouttes! : entrevue avec Camille Robert

Les 21 et 22 novembre se tient à l’UQAM le colloque « Toujours debouttes. Perspectives sur le renouveau féministe au Québec ». HistoireEngagée vous propose une entrevue avec l’une des co-organisatrice de l’événement, Camille Robert, afin de présenter plus en détail les motivations derrière l’organisation de ce colloque ainsi que les différents panels et communications, dont les titres annoncent des réflexions et des critiques tout aussi intéressantes que pertinentes.

Le titre du colloque « Toujours debouttes. Perspectives sur le renouveau féministe au Québec » a quelque chose d’intéressant : il reprend une expression liée à un des mouvements féministes québécois des années 1970 tout en rendant compte d’une volonté de réfléchir à des enjeux plus actuels. Pour le détailler, peux-tu contextualiser l’utilisation du « debouttes » et aussi expliquer un peu ce qui est entendu par « renouveau féministe au Québec ».

« Québécoises deboutte! » a d’abord été un slogan lancé par des militantes du Front de libération des femmes du Québec (FLF) au printemps 1971. Au départ, il référait à l’appartenance québécoise et à l’engagement indépendantiste des militantes du début de la décennie 1970, avec une référence évidente au joual… Il a ensuite été imprimé sur des autocollants, apposés un peu partout à Montréal, et a donné le nom au journal publié par le FLF (novembre 1971), puis par le Centre des femmes (novembre 1972 à mars 1974). Plus récemment, le documentaire audio Debouttes! de Jenny Cartwright ou l’éditorial « Toujours debouttes » de la revue À bâbord! ont permis de faire ressurgir ce slogan.

Revisiter la révolte des travailleurs et des travailleuses de Winnipeg

Affiche de David Lester
Essai du Graphic History Collective
Traduction* : Benoit Marsan (révision : Adèle Clapperton-Richard)

Au mois de janvier 2017, le Graphic History Collective (GHC) a lancé Remember | Resist | Redraw: A Radical History Poster Project, un projet destiné à offrir une perspective artistique et critique aux conversations entourant Canada 150. Le projet a continué en 2018 et 2019, et est toujours en cours aujourd’hui.

Au mois d’avril dernier, le collectif a fait paraître la dix-neuvième affiche, réalisée par David Lester. Cette affiche vient souligner le centenaire de la grève générale de Winnipeg de mai et juin 1919, l’une des plus importantes de l’histoire du Canada.


En 1919, 35 000 ouvriers et ouvrières de Winnipeg, au Manitoba, territoire du Traité #1 (1871) et terre natale de la Nation Métisse, ont mené une grève générale de six semaines du 15 mai au 26 juin. Provenant de divers horizons, ils et elles ont arrêté toute production pour réclamer des salaires plus élevés, le droit à la négociation collective et plus de pouvoir pour la classe laborieuse. Cent ans plus tard, la grève générale de Winnipeg demeure l’une des plus grandes et des plus importantes de l’histoire du Canada.

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