Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

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Épaves, histoire et patrimoine maritime : quand le fleuve Saint-Laurent révèle ses archives Entretien avec Samuel Côté, Chasseur d’épaves

Par Véronique Dupuis, géographe, étudiante à la maîtrise en histoire à l’UQAR et et collaboratrice pour HistoireEngagee.ca

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L’Empress of Ireland. Bibliothèque et Archives Canada, PA-116389.

L’Empress of Ireland. Bibliothèque et Archives Canada, PA-116389.

Qu’ont en commun le Scotsman, la Lina Gagné, la Manseau et le Saturnus? Navigants autrefois sur le fleuve, ils jonchent désormais le lit du Saint-Laurent, véritable cimetière sous-marin. Ces quelques bâtiments reposent aux côtés de centaines d’autres, bien enfouis sous l’horizon. Comme les traces de leurs naufrages, leurs histoires et celle de leurs équipages se font discrètes. Gagnant parfois un caractère anecdotique auprès de communautés riveraines, elles demeurent trop souvent oubliées. C’est afin de leur redonner un nom et de faire revivre ces vestiges de l’activité maritime intense qui a laissé sa marque sur le fleuve Saint-Laurent que Samuel Côté est devenu chasseur d’épaves. Peu commun, ce titre intrigue et fait appel à l’imaginaire. Pourtant, il s’agit d’une profession qui gagne à être reconnue au-delà des préjugés qui l’entourent et dont Samuel Côté est l’un des rares représentants au Canada. HistoireEngagee.ca s’est entretenu avec ce passionné du fleuve Saint-Laurent originaire de Price, un village accroché à la rivière Mitis dans le Bas-Saint-Laurent, à propos de son parcours atypique. Soucieux de rapprocher les Québécois à l’histoire et au patrimoine maritime qu’il contribue à faire émerger et à diffuser depuis plusieurs années, Samuel Côté souligne les défis, mais aussi les opportunités que comporte la pratique de l’histoire en dehors du cadre académique. Présent dans les archives, sur le terrain, dans les salles de conférence, sur l’Internet, comme à la télévision, ce Chasseur d’épaves ne ménage aucun effort pour faire vivre l’histoire maritime du Saint-Laurent.


Véronique Dupuis : Le titre chasseur d’épaves est particulier et peu commun. En quoi consiste ton travail et quel est le processus qui t’a mené à t’aventurer dans le monde des épaves et à pousser la recherche en ce sens?

Samuel Côté : Dès mon plus jeune âge, j’ai su que j’avais un réel intérêt pour l’histoire maritime. Au cours des années, j’ai développé une véritable passion pour le monde maritime, mais particulièrement pour les épaves. Aujourd’hui, cette passion est devenue mon métier. Cependant, devenir et être un chasseur d’épaves exige beaucoup de travail, de rigueur et de persévérance. La recherche que l’on doit faire en amont demande du temps et de la patience. Lorsque l’on est jeune, on pense aux épaves en rêvant aux trésors qu’elles peuvent contenir. Maintenant, quand j’en découvre et que j’en identifie une, les artéfacts ne m’intéressent pas. Avec le temps, chaque épave et l’histoire qui s’y rattache sont en réalité ce trésor.

La Révolte de Rivière-au-Renard : quand le pêcheur ne veut plus être le poisson

Véronique Dupuis, Géographe et collaboratrice pour HistoireEngagee.ca

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Anse de pêche de Petite-Rivière-au-Renard. Source : Musée de la Gaspésie, Collection Marcel Lamoureux.

Anse de pêche de Petite-Rivière-au-Renard. Source : Musée de la Gaspésie, Collection Marcel Lamoureux.

Rivière-au-Renard, septembre 1909. Le soleil se lève sur ce village gaspésien bâti à coups de lignes, de rames et de barges. Un matin tranquille aux effluves salins, le premier depuis quelques jours. Ici, les pêcheurs réclament un juste prix pour leur morue et la fin de leur endettement perpétuel. Partout en Gaspésie, la pêche est menée par des compagnies étrangères avec en tête la Charles Robin, Collas and Co. Depuis plusieurs jours, la Révolte des pêcheurs est bel et bien entamée, après 200 ans d’exploitation aux bénéfices essentiellement jersiais. Une centaine d’années plus tard, qu’en est-il de la situation des pêcheurs professionnels ? Retour sur une vague de fond d’une Gaspésie insoumise qui jeta les bases des coopératives et associations de pêcheurs du Québec maritime.

Retour sur la journée d’étude « L’histoire orale en vaut-elle la peine ? Avantages et contributions d’une pratique en milieu francophone »

Andréanne LeBrun, candidate au doctorat en histoire à l’Université de Sherbrooke

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Affiche de la journée d'étude.

Affiche de la journée d’étude.

Le 10 avril dernier s’est tenue à Sherbrooke une journée d’étude portant sur l’histoire orale coorganisée par les candidates à la maîtrise en histoire Myriam Alarie et Christine Labrie ainsi que par la professeure Louise Bienvenue. Constatant depuis la dernière décennie un regain d’intérêt à l’endroit de cette pratique de la part des historiens québécois (en témoignent notamment la création du Centre d’histoire orale et de récits numérisés de l’Université Concordia (CHORN) en 2006 et la parution prochaine d’un numéro spécial de la Revue d’histoire de l’Amérique française sur les sources orales), elles proposaient de s’interroger sur ses avantages, ses limites et ses perspectives d’avenir. Si l’histoire orale se prête bien à la multidisciplinarité, les organisatrices ont choisi de rassembler uniquement des historiens afin de réfléchir sur les réticences qui semblent être le propre de leur profession. C’est donc dans une ambiance décontractée que 15 intervenants d’horizons variés ont puisé dans leur expérience pour répondre à la question « L’histoire orale en vaut-elle la peine ? ». Saluons le fait qu’il s’agisse d’un des rares évènements du genre en histoire à être consacré à des enjeux d’ordres méthodologique et épistémologique.

Dans son mot d’introduction, Louise Bienvenue distinguait les experts de l’histoire orale des explorateurs, qui ont croisé cette pratique sur leur route un peu par hasard. Je m’inscris dans cette seconde catégorie. Par conséquent, c’est en toute humilité que ce compte-rendu entend partager les réflexions qui sont ressorties de cette journée stimulante avec ceux et celles qui n’ont pu y assister.

Le Saint-Laurent : petite chronique d’une grande histoire entre un fleuve et ses pilotes

Véronique Dupuis, Géographe, chargée de projets et collaboratrice pour HistoireEngagee.ca

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Crédit : Etienne Valois (Flickr).

Crédit : Etienne Valois (Flickr).

De tous les cours d’eau sillonnant la planète, le « fleuve aux grandes eaux » fait partie de ceux qui donnent bien des maux de tête aux marins. Les vieux loups de mer le savent indomptable; les jeunes capitaines le redoutent dès Anticosti. Comme quoi le Saint-Laurent a la très juste réputation d’être un des fleuves les plus difficiles à naviguer au monde. De Samuel de Champlain jusqu’aux actuels pilotes du Saint-Laurent, en passant par Louis Jolliet et Joseph-Elzéar Bernier, tous s’accordent pour dire que si la navigation sur le Saint-Laurent peut parfois être longue, elle n’est jamais tranquille. Avec les milliers de navires aux cargaisons diverses qui empruntent chaque année cette artère commerciale qui pénètre au cœur de l’Amérique du Nord, sans parler des pétroliers qui transitent de plus en plus sur la voie maritime, qu’en est-il des risques encourus? Portrait d’un fleuve capricieux, mais fragile, et de ses indispensables pilotes.

Une navigation lestée de risques

Le chenal laurentien est un axe de développement incontournable en Amérique du Nord par lequel arrive quotidiennement un important flot de marchandises. Si sa beauté et sa grandeur émerveillent, les dangers que le Saint-Laurent réserve aux navigateurs sont multiples et gare à celui qui joue les cartes de l’imprudence et de la hardiesse. Sur ses flots, bien des situations peuvent survenir auxquelles les marins doivent s’adapter rapidement, à défaut de quoi les pires scénarios peuvent se produire.

Préserver ces phares que nous ne savons voir

Véronique Dupuis, géographe, chargée de projet au Site historique maritime de la Pointe-au-Père et collaboratrice pour HistoireEngagee.ca

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Phare Cap-des-Rosiers, Gaspésie. Crédits : Véronique Dupuis

Phare Cap-des-Rosiers, Gaspésie. Crédits : Véronique Dupuis

Pot à l’Eau-de-vie, Cap-des-Rosiers, Cap-au-Saumon, Cap-de-la-Table, Haut-fond Prince, Île du Grand Caouis, Pointe de la Prairie, Île du Corossol… Au XXe siècle, pas moins de 43 phares étaient en service sur les côtes du golfe et du fleuve Saint-Laurent et de la Baie-des-Chaleurs. De Mingan jusqu’aux portes de Charlevoix, en passant par Anticosti, les Îles-de-la-Madeleine et la rive sud gaspésienne, ces sentinelles ont longtemps été les repères de milliers de navigateurs. Pour plusieurs d’entre eux, ces phares étaient le signe d’un certain salut dans la tempête. À peine quelques décennies après leur déclassement, la survie de ces lieux de mémoire qui subliment nos paysages côtiers est pourtant bien incertaine. Les phares du Québec; chronique d’un patrimoine maritime en péril.

Il était une fois le Saint-Laurent

Que l’on se sente ou non concerné par le fleuve, cette porte d’entrée de l’Amérique du Nord est au cœur du développement historique, démographique et économique du Québec et du Canada. Ensemble géostratégique primordial pour des fins commerciales, logistiques, militaires et de transport, le fleuve Saint-Laurent revêt depuis des siècles une importance capitale. Les Premières Nations ne l’ont-elles pas utilisé pour assurer leur survie, leurs déplacements et l’établissement de leurs liens commerciaux? Vigies, gabiers et capitaines anglais n’ont-ils pas profité de cette voie navigable pour gagner les rives de Québec? Sans oublier qu’il a également porté les espoirs de centaines de milliers d’immigrants arrivant du Vieux Continent à la recherche d’une vie meilleure. Pendant des siècles il fut le gagne-pain d’autant de draveurs, de pêcheurs et de marchands transportant mille et une cargaisons sur les « voitures d’eau » cabotant sur ses rivages.

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