Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Politique québécoise Page 4 of 5

La campagne de 2012 entre vertu et corruption

Par Martin Pâquet et Michel De Waele, Professeurs en histoire politique à l’Université Laval

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Les élections sont des moments où s’expriment les tensions de la politique. Nous avons souvent tendance à concevoir la politique comme un sport avec des règles du jeu déterminées et connues de tous, deux grandes équipes relativement bien campées, des leaders pouvant faire la différence entre une victoire ou une défaite. Depuis plus de deux siècles, la conception du sport de la politique a engendré ainsi toute une série d’interprétations pour comprendre la culture politique au Québec.

Toutefois, cette conception s’avère limitée pour comprendre la dernière campagne électorale. En effet, ce ne fut pas seulement qu’une lutte entre la droite et la gauche, entre conservateurs et progressistes, entre souverainistes et fédéralistes. Ce ne fut pas non plus un simple concours de popularité entre Jean Charest, Françoise David, François Legault et Pauline Marois. Si nous analysons la campagne suivant ces seuls axes, nous risquons de simplifier non seulement les enjeux, mais aussi le portrait de la politique au Québec.

Grande Noirceur?

Par Alexandre Turgeon, candidat au doctorat en histoire à l’Université Laval, avec la collaboration de Raphaël Gani, étudiant à la maîtrise en histoire à l’Université Laval

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Maurice Duplessis

Alors que la grève étudiante perdure et s’envenime, notamment avec l’adoption de la loi 78, nombreux sont les commentateurs à y aller de comparaisons entre Jean Charest et Maurice Duplessis, entre aujourd’hui et la Grande Noirceur. La loi spéciale n’était encore qu’une rumeur que Gabriel Nadeau-Dubois, le porte-parole bien connu de la CLASSE, anticipait déjà un « retour au temps de Duplessis ». Josée Legault, chroniqueuse politique au journal Voir, n’est pas en reste. Elle s’en donne même à cœur joie. Un brin ironique, elle demandait le 16 mai 2012 si l’on verrait un « sourire s’esquisse[r] sur la photo de M. Duplessis dans le couloir du bureau du premier ministre ». Du même souffle, elle considère que le projet de loi 78 « devrait être renommé la Loi Duplessis-Charest », rien de moins! Une utilisatrice de Twitter, comme tant d’autres, tire pour sa part un trait définitif sur notre époque : « La grande noirceur, part II ».

Une loi scélérate et une infamie

Par Collectif d’historiens et de citoyens[1]

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« Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort. »

François Mitterrand, Discours à l’Assemblée nationale, 8 mai 1968

« Lorsque dans le silence de l’abjection, l’on n’entend plus retentir que la chaîne de l’esclave et de la voix du délateur, lorsque tout tremble devant le tyran, et qu’il est aussi dangereux d’encourir sa faveur que de mériter sa disgrâce, l’historien paraît chargé de la vengeance des peuples. C’est en vain que Néron prospère, Tacite est déjà né dans l’Empire. »

François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe.

Comme professeurs et professeures, historiennes et historiens, qui avons documenté, avec d’autres, l’histoire politique du Québec, nous affirmons que rarement a-t-on vu une agression aussi flagrante être commise contre les droits fondamentaux qui ont sous-tendu l’action sociale et politique depuis des décennies au Québec.

Le droit de libre expression, le droit de manifester, le droit d’association sont au cœur de notre démocratie. Ces droits civiques et politiques déterminent notre appartenance et notre participation à la vie de notre communauté politique. Ils permettent cette essentielle dissidence qui est au cœur de tout ce que le Québec a connu de changement dans son histoire, depuis les Patriotes jusqu’aux grandes luttes syndicales de la Révolution tranquille, en passant par les combats des femmes, des Autochtones et des autres groupes de citoyens pour leur reconnaissance politique. Sans l’exercice de ces droits garantis notamment par les Chartes, notre régime politique ne peut pas se réclamer entièrement de la démocratie. Une démocratie au sens fort du terme exige de ses citoyens et de ses citoyennes la capacité d’exercer pleinement leurs droits : c’est là l’assise de la primauté du droit en ce pays et l’objectif fondamental des luttes politiques au Québec depuis l’instauration du système parlementaire.

Pour s’assurer une place dans l’histoire : Paul Sauvé et la lutte à la corruption (1959)

Par Alexandre Turgeon, Université Laval

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Caricature parue dans Le Devoir du 23 octobre 1958 et dessinée par Robert La Palme.

Lorsque Paul Sauvé devient premier ministre de la province de Québec, le 11 septembre 1959, de nombreux défis l’attendent. D’emblée, la tâche lui revient de succéder à Maurice Duplessis, lui qui avait dominé, voire écrasé de toute sa stature la scène politique québécoise des quinze dernières années. Paul Sauvé doit également composer d’une part avec un héritage trouble, controversé, que lui a légué son prédécesseur, héritage entaché lourdement par maints scandales. D’autre part, il doit ménager la base électorale de l’Union nationale, fidèle à Maurice Duplessis. Sans compter que Paul Sauvé fait face à une opposition libérale farouche, ragaillardie, qui redouble d’efforts et d’énergie. Cette opposition sent que son heure est enfin arrivée et est pressée d’en découdre avec le nouveau premier ministre[1].

De Cannon à Bastarache : la commission d’enquête comme manœuvre d’évitement

Par Mathieu Lapointe, Université McGill

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L’actualité politique québécoise a été agitée, ces dernières années, par une recrudescence des soupçons vis-à-vis des gouvernants et de leur gestion de la chose publique, à Montréal comme ailleurs en province. Pas une semaine ne semble passer sans que les limiers des médias ou les partis d’opposition ne reniflent des odeurs de corruption ou ne révèlent des affaires franchement scandaleuses, dans un registre assez large allant de l’éthique douteuse aux malversations criminelles, avec l’implication parfois visible du crime organisé.

Comme Montréal semble au cœur de ces affaires scandaleuses, plusieurs intervenants évoquent la «ville ouverte» d’avant l’ère Drapeau et l’enquête Caron qui aurait lancé un grand ménage de la politique dans la métropole. Les débats publics actuels rappellent d’ailleurs l’effervescence scandalisée des années 1950, dans laquelle se sont préparées les réformes de la politique québécoise qui paraissent actuellement mises à mal par diverses tactiques de contournement. Avec une rare quasi-unanimité à travers la société québécoise, des représentants des mondes policier, judiciaire, syndical, patronal, politique, intellectuel et associatif réclament une enquête complète pour aller au fond des choses, même si les avis divergent sans surprise sur la définition de son mandat (liens entre la politique et le milieu de la construction, financement du Parti libéral, etc.). Malgré les scandales successifs et le mécontentement de l’opinion publique, le gouvernement Charest résiste et se retranche derrière la prérogative légale qui réserve à l’exécutif le pouvoir de déclencher une enquête et de délimiter son mandat. Comme néanmoins il est de mauvaise politique de sembler s’obstiner à ne rien faire, un gouvernement assiégé peut être tenté d’instituer une commission d’enquête sur un enjeu périphérique, histoire de détourner l’attention du public et de gagner du temps. C’est, de l’avis de plusieurs, ce qu’a fait le gouvernement Charest en instituant en 2010 la Commission d’enquête sur le processus de nomination des juges (présidée par l’honorable Michel Bastarache).

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