Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Politique Page 1 of 3

L’avortement en Pologne : (D)évolution d’une pratique aux XXe et XXIe siècles

Par Marie-Dominique Asselin, candidate au doctorat en histoire à l’Université d’Ottawa

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Crédit : Arslan (Flickr).

La Pologne a connu au cours de la dernière année de sévères critiques de la part de l’Union européenne concernant certaines des nouvelles politiques appliquées par le parti au pouvoir, Droit et Justice (PiS), depuis novembre 2015. L’évènement ayant le plus marqué les médias internationaux demeure sans aucun doute les nouvelles législations concernant le (non) droit à l’avortement qui a mené à la Protestation Noire (Czarny Protest), protestations des associations féministes et citoyennes contre les mesures antiféministes prises par le gouvernement, à l’automne 2016. Depuis ces importantes manifestations de femmes, le PiS a reculé devant un projet de loi qui interdisait l’avortement en Pologne. Pourtant, en janvier 2018, un nouvel amendement concernant le droit à l’avortement a été proposé. Ce dernier veut interdire l’avortement eugénique – normalement décidé après un examen prénatal démontrant une malformation du fœtus –, ce qui rendrait l’avortement légal uniquement si la vie des femmes est en danger ou lorsque la grossesse est issue d’un acte criminel (inceste ou viol). Si cet amendement à la loi se voit accepter, la Pologne ferait un immense pas en arrière et se retrouverait avec la loi anti-avortement la plus restrictive depuis l’indépendance du pays en 1919 et la création du premier code criminel en 1932 (nommé Kodeks Makarewicz).

À l’intérieur du pays, les politiciens.nes travaillent à changer les lois afin de redonner une place de choix au catholicisme, qui n’a pourtant jamais vraiment quitté le pays. La quête d’un retour à la famille traditionnelle polonaise catholique (où la femme-mère restait à la maison pour s’occuper des enfants et où seul l’homme travaillait) détermine les décisions du parti prises en lien avec le droit des femmes. Le PiS tente, depuis son élection en novembre 2015, de restreindre les femmes à l’espace domestique. Le gouvernement de Droit et Justice, en brimant les droits des femmes concernant le travail et l’avortement, a suivi une tangente opposée à celle prise par certains autres pays européens et tend à ramener la Pologne à une époque révolue où le catholicisme primait sur la constitution.

Élections municipales au Québec : devrait-on revoir le mode de scrutin?

Par David Lanneville, étudiant au doctorat en gérontologie de l’Université de Sherbrooke, détenteur d’une maîtrise en études politiques de la Pontificia Universidad Javeriana de Bogotá, Colombie

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Crédit : Kevin Ott (Flickr).

Le directeur général des élections du Québec a fait une campagne d’impact afin de stimuler la participation des électrices et des électeurs au niveau municipal. On y dénonce avec un peu d’humour le fait que, bon an mal an, moins de la moitié des électeurs et des électrices se prévalent de leur droit de vote, tout en y rappelant à quel point les enjeux municipaux font partie du quotidien des gens. Une autre campagne a aussi été faite afin d’attirer davantage de candidats, car faute d’opposition, les maires et les mairesses ont été élues par acclamation dans près de la moitié des municipalités québécoises[1]. Lorsque des citoyens constituent un parti politique municipal et n’obtiennent aucun siège malgré une part significative du vote populaire, est-ce qu’on peut blâmer les citoyennes et les citoyens de se désintéresser des élections municipales? Bien qu’il ne soit pas le seul facteur qui peut expliquer la faible participation, on peut se demander quel est l’impact du système électoral sur la vie politique municipale? Et si on repensait la démocratie municipale? Analyse du système électoral du point de vue municipal.

Le discours «néo-réactionnaire» : recension

Par Félix L. Deslauriers, candidat à la maîtrise en sociologie à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)[1]

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Il y a plus de treize ans, Daniel Lindenberg publiait Le Rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires. Ce pamphlet brossait le tableau d’une constellation émergente du paysage intellectuel français : issus pour la plupart de la gauche, ces écrivains semblaient désormais convertis à la critique de l’égalitarisme associé à l’«esprit» de Mai 68. Cette intervention allait déclencher une vive polémique et cristalliser les termes d’un débat qui n’a pas faibli depuis.

Les auteurs réunis dans Le discours «néo-réactionnaire» s’engagent donc sur un sentier que d’autres ont tenté de baliser avant eux, non sans difficultés et résistances. Conscients qu’il s’agit d’une route semée d’embuches, ils entendent contribuer à un «examen dépassionné» de la nébuleuse intellectuelle «néo-réactionnaire». Leur démarche cherche à s’inscrire davantage dans le registre de l’analyse sociologique que dans celui de l’intervention politique, sans renoncer à une posture critique. Sociologues de la littérature à l’Université de Liège, Pascal Durand et Sarah Sindaco ont rassemblé des spécialistes de différentes disciplines à l’occasion d’un colloque dont sont issus les textes du recueil. C’est entre guillemets qu’ils reprennent l’appellation de Lindenberg, afin de la soumettre à un travail d’objectivation conjuguant études de cas et analyses d’ensemble.

« La fachosphère. Comment l’extrême droite remporte la bataille du net » : compte rendu

Par Siegfried L. Mathelet, chercheur associé à la Chaire UNESCO d’études des fondements philosophiques de la justice et de la démocratique de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)

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Après leur Histoire du Front national (Talandier, 2014), Dominique Albertini et David Doucet nous proposent d’explorer la « fachosphère »[1].  Dans ce deuxième ouvrage écrit en commun, ils abordent ce phénomène récent dont ils prennent la peine de détailler la naissance et l’évolution dans le monde francophone depuis ses débuts, à la fin des années 1990. Ils relèvent d’entrée de jeu l’impact grandissant de certains sites militants sur l’actualité politique, de la controverse sur la pédophilie alléguée du ministre Frédéric Mitterrand vers 2008-09 à l’annulation du concert de Black M. en 2016. Si l’on ne recensait qu’un seul site internet dédié à la haine en 1995, il y en avait plus de 2000 en 1999. Dans ce livre, Domique Albertini et David Doucet entreprennent de raconter l’histoire de ces développements contemporains en s’appuyant sur une série d’entrevues avec les principaux acteurs de l’époque, ceux-là mêmes qui ont tissé ce réseau sur la Toile.

Les auteurs reconnaissent d’emblée que la définition de ce secteur d’activisme en ligne n’est pas aisée. Il recouvre toute la diversité des droites extrêmes, avec pour principale caractéristique, retenue par Nicolas Lebourg, d’entretenir une conception organiciste de la société, assortie d’un rejet de la modernité libérale et de son « idéal de société ouverte » ; un idéal déclaré en rupture avec un ordre naturel à restaurer et, de ce fait, tenu responsable de la décadence des sociétés européennes (p. 15). Ces droites se concentrent sur un ennemi commun, le « système » formé par des élites financières et politiques, ainsi que des médias jugés complices. Cette méfiance envers les médias traditionnels, voire leurs difficultés à les investir, expliquent probablement que ces droites extrêmes aient vu l’internet comme une possibilité de communiquer directement avec leur audience et une opportunité à exploiter. Très tôt, nous disent les auteurs, les activistes d’extrême droite voient le Web comme une arme.     

« Histoire et éducation à la citoyenneté » : brève réflexion critique sur les contenus du programme et d’un manuel de 3e secondaire

Par Adèle Clapperton-Richard, candidate à la maîtrise en histoire à l’UQÀM et collaboratrice pour HistoireEngagee.ca

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Salle de cours vide. Crédit : Alexandre Laurin (Flickr).

Salle de cours vide. Crédit : Alexandre Laurin (Flickr).

On sait bien que l’histoire, particulièrement depuis son intégration officielle dans le champ des sciences sociales vers le milieu du XIXe siècle, a évolué en fonction de changements théoriques et épistémologiques majeurs. Corollaires d’un mode de pensée prôné par des courants historiographiques bien précis, ces renouvellements de la discipline historique ont orienté non seulement la manière de faire de l’histoire, mais aussi de l’enseigner. En Occident, particulièrement en France, la connaissance historique a été réfléchie dans les bureaux ministériels avant de se retrouver dans les salles de classe. On pourrait affirmer qu’il en a été sensiblement de même avec la réforme de l’école québécoise, amorcée au début du XXIe siècle et officiellement implantée dans la formation secondaire en 2005[1]. Ce renouveau pédagogique se voulait d’abord la concrétisation d’un projet éducatif national parrainé par l’État.

Par la priorisation des compétences et la valorisation des réalités sociales, le programme d’« Histoire et éducation à la citoyenneté » ainsi mis sur pied s’arroge la mission d’« […] aider les élèves à développer une éthique citoyenne considérée dans ses dimensions sociales et politiques[2]». Cet enseignement de l’histoire, à travers le primat de la pensée narrative, devient en quelque sorte une « […] propédeutique du social, de sa diversité, de ses structures et de son évolution[3]. » La mise en récit qui en découle semble parfois frôler l’apologétique, et cette apparence de consensus historiographique paraît obscurcir les réels débats entourant l’étude des phénomènes du passé. Cet énoncé polémique ne fait certes pas l’unanimité ; il n’en demeure pas moins qu’une réflexion critique à propos du contenu lié aux exigences dictées par le programme « Histoire et éducation à la citoyenneté » ne peut que soulever certains aspects problématiques, liés non seulement à des lacunes historiques dans la matière en tant que telle, mais également à la manière avec laquelle celle-ci est présentée.

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