Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Rapport au territoire

Le système seigneurial? Quel système seigneurial?

Par Allan Greer, professeur au département d’histoire de l’Université Mcgill

Ce texte a d’abord paru en anglais sur le site Borealia, A Group Blog on Early Canadian History

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Plan de la seigneurie de Batiscan, 1725

Des manuels scolaires aux articles encyclopédiques en passant par les publications universitaires, aucun ouvrage concernant la Nouvelle-France n’est complet sans une section à propos du « système seigneurial ». Ce phénomène a supposément modelé la société agraire de cette colonie, la différenciant des autres colonies de peuplement[1]. On dit que ce système, imposé sur le Canada par la France absolutiste, accordait aux seigneurs différents droits et devoirs, contrebalancés par un autre ensemble de droits et devoirs consentis aux censitaires. Même si le système seigneurial a changé au fil du temps, ses caractéristiques principales et sa cohésion interne ont perduré depuis 1627, quand il a été instauré par décret royal, jusqu’à son « abolition » dans les années 1850. On sous-entend aussi que les autres colonies avaient bien leurs propres régimes fonciers, mais que seuls la Nouvelle-France et le Bas-Canada étaient sous la poigne d’un « système ». Le « système seigneurial » s’est avéré être un concept abstrait très résilient, inchangé presque en tout point même après un demi-siècle de recherches — par Louise Dechêne, Sylvie Dépatie, Thomas Wien et d’autres — à propos du fonctionnement réel des seigneuries du début de la colonie dans toute leur diversité et complexité.

Se basant sur l’état actuel de la recherche, mon plus récent livre, Property and Dispossession, se penche sur les régimes fonciers coloniaux de manière comparative. Cet angle d’analyse permet de remettre en question chaque détail de l’image très conventionnelle que l’on entretient par rapport au système seigneurial, en commençant par la notion que le régime agraire de la Nouvelle-France avait quelque chose de « systématique »[2]. J’aimerais ici mettre en lumière, brièvement et de manière quelque peu polémique, les points où mon livre diverge de l’interprétation plus orthodoxe (signalée ci-dessous par l’italique) sur le sujet.

« Pouvoir et territoire au Québec » : s’approprier l’espace (et les gens) pour les gouverner

Par Cédrik Lampron, étudiant à la maîtrise en histoire à l’Université de Sherbrooke

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L’affiche du séminaire.

Les 3 et 4 novembre 2016 avait lieu à l’Hôtel de Ville de Sherbrooke un séminaire ayant pour titre Pouvoir et territoire au Québec : acteurs, enjeux et processus de 1850 à nos jours. Cette activité était organisée par Harold Bérubé, Benoît Grenier et Michel Morissette, de l’Université de Sherbrooke, ainsi que par Stéphane Savard de l’Université du Québec à Montréal. De plus, le séminaire comptait parmi ses partenaires le Centre interuniversitaire d’études québécoises, le Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal, l’Université de Sherbrooke, les réseaux Villes Régions Mondes ainsi que la Ville de Sherbrooke.

L’objectif de cet évènement était de mieux comprendre l’histoire du Québec à travers l’étude de son espace et de son territoire. Ces mots polysémiques ont été au cœur même des explications offertes par les différents spécialistes qui se sont prononcés sur la question au cours de l’exercice. Contrairement à une journée d’étude, les participants de ce séminaire devaient s’échanger leur texte avant la tenue de l’activité, bien que certains étaient encore en cours d’écriture, pour que tous aient le temps de les lire et de les analyser. Cette démarche a permis l’émergence d’échanges intéressants entre les panellistes durant les diverses périodes de questions. Malheureusement, ce type d’interaction n’a pu bénéficier au public, ce dernier n’ayant pas eu accès aux textes.

« C’est notre médicament l’environnement ! » Individuation et support territorial en contexte autochtone

Par Brieg Capitaine, professeur adjoint au département de sociologie et d’anthropologie de l’Université d’Ottawa

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Photo de l'auteur.

Photo de l’auteur.

Nous ne savons pas où nous allons. Nous savons seulement que l’histoire nous a conduits à ce point […] Si l’humanité doit avoir un semblant d’avenir, ce ne saurait être en prolongeant le passé ou le présent. Et la rançon […] du refus de changer la société, ce sont les ténèbres » Eric Hobsbawm, L’âge des ténèbres.

Introduction

Cet article a pour objet le rapport que les Innus entretiennent au territoire. Il est convenu d’accepter l’idée selon laquelle les peuples autochtones entretiennent un lien inextricable au territoire[1]. Il constituerait en quelque sorte la « matrice de culture autochtone »[2]. Cependant, la sédentarisation, les politiques assimilationnistes successives – notamment celles des pensionnats indiens – ou la dépendance économique vis-à-vis des paiements de transferts dans les réserves constituent autant d’expériences vécues par les individus comme des bouleversements voire des traumatismes ayant affecté en premier lieu leur rapport au territoire. Ainsi, les récits de vie que j’ai pu collecter montrent que l’attachement à la terre de certains Innus a été détruit. Certains racontent également comment ils ont reconstruit ce lien au territoire de manière parfois surprenante. À partir d’une approche compréhensive[3], nous nous attacherons à explorer le sens que le territoire recouvre pour les Innus appartenant à la génération du pensionnat et qui sont âgé aujourd’hui de 45 à 65 ans. Quel sens possède le territoire traditionnel pour cette génération d’hommes et de femmes dont l’identité leur a été « volée » ? Cette présente contribution s’inscrit dans un mouvement plus large de recherches qui visent à éclairer les conséquences culturelles et sociales des pensionnats autochtones[4].

Un film coup de poing signé Alanis Obomsawin. Le peuple de la rivière Kattawapiskak, 2012, Office National du Film.

 Stéphanie Lanthier, cinéaste et chargée de cours à l’Université de Sherbrooke

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POKR Poster 24X36 FR_LREncore une fois, la cinéaste engagée Alanis Obomsawin a su tourner l’urgence. En 2011, alors qu’elle se trouve dans la communauté crie d’Attawapiskat pour filmer la création d’une école sécuritaire et chaude – un projet notamment porté par une jeune fille de 15 ans Shannen Koostachin – la chef Teresa Spence décrète l’état d’urgence et demande à la Croix-Rouge canadienne d’intervenir dans son village. La cinéaste est là et, intra-muros, elle captera les difficiles conditions de vie des habitants de la côte ouest de la Baie James. À sa manière, avec sobriété et compassion, elle documentera, filmera et interrogera la résilience de cette communauté crie.

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