Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Religion Page 1 of 4

La « Grande noirceur » catholique et duplessiste au Québec : entre mémoire et histoire.Note critique sur l’ouvrage L’Église et la politique québécoise, de Taschereau à Duplessis d’Alexandre Dumas

Par Jean-Philippe Bernard, étudiant au doctorat à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

L’Église et la politique québécoise, de Taschereau à Duplessis est le second ouvrage publié par l’historien Alexandre Dumas. Tiré de sa thèse de doctorat soutenue en 2016 à l’Université McGill, il paraît dans la prestigieuse série des Études d’histoire du Québec (Studies on the history of Quebec) chez McGill-Queen’s University Press. Soulignons, par ailleurs, que sa publication, en offrant de nouvelles perspectives sur les relations entre la religion et la partisanerie politique dans l’histoire du Québec, s’insère à merveille dans les houleux débats entourant la loi 21 et la question de la laïcité de l’État.

Le titre de l’ouvrage est à cet effet fort bien choisi : ce sont bien les rapports de l’Église à « la » politique dont on parle, et non des rapports de l’Église à l’État ou «au» politique, pris plus largement. L’Église et la politique québécoise explore donc les liens qu’entretiennent l’épiscopat et le clergé avec les députés, les candidats électoraux, les partis politiques, etc., des libéraux de Taschereau aux unionistes de Duplessis. La présence, pourtant importante, des institutions religieuses au sein des différents organes de l’État québécois (santé et services sociaux, éducation, colonisation, agriculture, etc.), de même que leur influence sur l’orientation des politiques, est un aspect qui est peu abordé par l’auteur[1].

Cela étant dit, on s’abstiendra d’insister sur les absences de l’ouvrage pour s’intéresser à ce qu’il contient. À cette fin, plutôt qu’un résumé chapitre par chapitre, j’ai privilégié une recension qui présente et analyse trois des nombreuses thèses soutenues tout au long des dix chapitres du livre. Deux d’entre elles concernent l’Église et ses représentations au sein d’une certaine mémoire collective, alors que la troisième s’intéresse à Maurice Duplessis et à ses relations avec l’institution religieuse.

Rencontre entre musulmans (es) et chrétiens (nes) dans la région des Grassfields du Cameroun : de la méfiance réciproque à la cohabitation pacifique

Par Martin DONLEFACK, Université de Yaoundé I (Cameroun)

Résumé

Dans de nombreux États africains sub-sahariens d’obédience religieuse chrétienne et musulmane, il s’est développé une vision politique qui a divisé les territoires nationaux en zones d’influence chrétienne et musulmane. Ce nouveau climat politique est intimement lié à l’expansion de l’islam au début du XIXe siècle et à l’avènement de la colonisation à la fin du même siècle. Après le départ du colonisateur vers la moitié du XXe siècle, ce clivage politique a favorisé une effervescence des conflits islamo-chrétiens. Aujourd’hui, le dialogue islamo-chrétien est devenu un impératif pour promouvoir la paix et la stabilité sociales. Toutefois, jusqu’à la fin du XIXe siècle, les Grassfields du Cameroun étaient encore un milieu incognito à l’islam et au christianisme. L’ironie du sort a voulu que les deux religions y pénètrent au même moment et pratiquement dans le même contexte. À travers une analyse critique de la littérature écrite faite d’ouvrages généraux, d’articles universitaires et autres documents portant sur l’islam et le christianisme, nous proposons d’évaluer les rapports entre l’islam et le christianisme dans les Grassfields du Cameroun entre 1895-1990. Il s’agit de déterminer l’impact des dynamiques socio-politiques et économiques sur la transformation des mentalités, des perceptions et des préjugés religieux.

Mots clés 

christianisme ; méfiance ; dialogue ; Grassfields ; islam. 

Introduction

Selon les musulmans, la croyance à un seul Dieu est ce qui distingue radicalement leur religion des autres, et même du christianisme qui se caractérise par son dogme de la Trinité. L’expansion de l’islam a toujours inquiété les chrétiens. Cette inquiétude est liée à l’arrivée tardive et aux volontés expansionnistes de l’islam. Elle rappelle aux consciences européennes et surtout chrétiennes les affres de la pénétration musulmane en Europe, la prise de Jérusalem en 1076 et la bataille de Vienne en 1683[1].

En Afrique, les grands épisodes de l’histoire de la colonisation et de l’islam n’ont pas permis d’identifier une véritable rupture entre les faits religieux et socio-politiques qui ont à un moment donné pris le devant de l’actualité sur ce continent. Au niveau du Cameroun, l’influence des lamibé[2] a négativement affecté les conquêtes et l’administration coloniale au Nord et par conséquent l’expansion du christianisme dans cette partie du pays[3]. Contrairement au Sud Cameroun, l’administration de cette partie du territoire a connu, pour les grandes étapes de l’occupation coloniale, une administration dite indirecte. Le choix de ce système d’administration est lié à la rigidité des sociétés musulmanes par opposition aux autres groupes socio-culturels présents au Cameroun et à la difficulté des impérialistes européens d’y imposer de véritables bases de la politique d’assimilation.

Prendre le voile: survivance, piété ou féminisme?

Par Mathilde Michaud, Doctorante à l’Université de Glasgow

Version PDF

Cour du pensionnat de la Congrégation de Notre-Dame, Montréal, Canada-est (Québec), 18??.
Archives Congrégation de Notre-Dame, Montréal.

Dans le monde Atlantique Nord, les religieuses ont historiquement été perçues comme le bras auxiliaire d’une l’Église catholique en pleine modernisation. Au centre de l’essor de la religiosité, elles prospèrent et leur nombre croît malgré l’adversité, sans entraves, et leur importance aux yeux du Saint-Siège est telle qu’en 1852, l’Archevêque Paul Cullen en dit qu’elles sont « the best support to religion[1] ». Toutefois, tel que souligné par Micheline Dumont, il est facile de l’oublier lorsqu’on traite de cette institution androcentrique puisque les femmes ont plus souvent qu’autrement été reléguées à l’arrière-plan dans les recherches en histoire religieuse, demeurant dans l’ombre de leurs collègues masculins[2]. L’explosion du nombre de couvents au XIXe siècle rend cependant la tâche très difficile à ceux et celles qui souhaiteraient ignorer plus longtemps le nombre et l’importance des femmes parmi les religieux.ses. À cette époque, les femmes du Québec et de l’Irlande intègrent en effet les ordres catholiques à un rythme et à une échelle sans précédent[3]. La décennie  1840 marque le début de cette expansion fulgurante dans les deux pays. En effet, au Québec, les religieuses qui n’étaient que 650 en 1840 passent à 6600 à la fin du siècle, représentant près de 6% des femmes non mariées[4]. Durant la même période en Irlande, la taille des congrégations est multipliée par huit, alors même que, sous le coup de la famine, la population diminue de moitié[5].  Ce phénomène que certain.e.s ont qualifié de « révolution de la piété » soulève des questions incontournables pour les historien.ne.s des femmes et du genre : qu’est-ce qui a motivé tant de femmes à prendre le voile au XIXe siècle au Québec et en Irlande? S’agit-il réellement d’un élan collectif de dévotion religieuse tel que le suggère l’idée de révolution? S’agit-il plutôt d’une réaction à une nécessité économique? Ou encore, tel que suggéré par Marta Danylewycz, observons-nous l’éclosion d’une première mouvance féministe et le déplacement des corps féminins vers la sphère publique?

Sermons du dimanche et violence conjugale : points tournants religieux des identités maritales québécoises dans les années 1890

Par Mathilde Michaud, doctorante à la University of Glasgow

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Lorsqu’on explore les trajectoires de vie des femmes dans la culture chrétienne moderne, le mariage est souvent considéré comme un point tournant dans la construction de « l’identité féminine ». Si cette pression sociale s’est relâchée depuis les années 1960 et 1970, le mariage représentait une étape incontournable dans la vie des femmes au XIXe siècle et, le plus souvent, leur éducation était dédiée au développement des traits considérés désirables chez la bonne ménagère. Dans le Québec du XIXe siècle, le principal producteur de cette « identité féminine » est l’ultramontanisme, une branche du catholicisme accordant le pouvoir absolu au Pape et se refusant la moindre influence du libéralisme ou des soi-disant « libertés modernes »[1]. Prenant contrôle de l’éducation publique des mains de l’État et en revendiquant l’autorité temporelle de dicter la loi – surtout en regard des pratiques maritales – l’Église Catholique gagne un pouvoir social autant que spirituel sur les paroissien.ne.s québécois.e.s dans les années 1840[2]. Cet article investiguera les façons par lesquelles l’Église Catholique québécoise de la fin du XIXe siècle exerça son influence afin de réguler les expériences maritales individuelles ainsi que les scripts de genre – concept développé par Joan W. Scott référant aux attentes socialement prescrites en fonction du genre perçu d’un individu[3] – qu’elle souhaitait imposer plus particulièrement sur les femmes à l’intérieur de l’institution du mariage.

Cette analyse se fera à travers l’étude de deux sermons n’ayant pas été étudiés à ce jour et qui furent prêché lors de deux services consécutifs par le Père François-Xavier Cloutier en 1891 : « Des devoirs du mari en sa qualité de supérieur » et « Devoirs de la femme envers son mari »[4]. Vicaire de la Cathédrale de l’Assomption, église mère de l’Évêché de Trois-Rivières, les sermons du Père Cloutier sont d’une importance particulière en raison de sa position, mais aussi de la paroisse dans laquelle il prédiquait. Ordonné en 1874, Cloutier devient le troisième Évêque de Trois-Rivières en 1899 et est connu pour son intérêt particulier pour l’implication de l’Église Catholique dans l’éducation publique. Lorsqu’il prêcha ses deux sermons, François-Xavier Cloutier avait déjà atteint un certain statut au sein de l’Évêché, ayant été nommé Chapelain ainsi que prédicateur principal de la Cathédrale en 1884[5].

Une libération rêvée!

Par Maurice Demers, professeur à l’Université de Sherbooke et directeur de la revue HistoireEngagée.ca[1]

Le Marron Inconnu de Saint-Domingue. Crédit : Kristina Just (Flickr).

Le peuple haïtien a lutté tout au long de son existence pour conquérir sa liberté : il y a d’abord eu l’abolition de l’esclavage en 1794, ensuite la déclaration d’indépendance en 1804 (première république noire libre au monde), puis l’opposition à l’impérialisme (français et étatsunien) et l’insurrection contre les dictateurs qui ont marqué son histoire politique. Depuis 1942, des centaines de missionnaires québécois sont allés en Haïti pour évangéliser la population et appuyer l’Église locale, mais aussi pour accompagner le peuple dans sa quête d’émancipation. L’expérience de Sr Marie-Paule Sanfaçon en Haïti, de 1971 à 1990, nous renseigne sur sa rencontre avec le peuple haïtien et sur ce que les missionnaires ont tenté de semer dans ce pays. Nous nous sommes entretenus avec Sr Marie-Paule pour recueillir ses réflexions sur son expérience missionnaire.

Ce qui est d’abord ressorti de notre entretien, c’est tout l’amour que Sr Marie-Paule a pour le peuple haïtien. Elle nous a confié : Le peuple haïtien nous rentre dans la peau, il est très attachant. Après avoir appris le créole, interagi avec les jeunes et côtoyé les Haïtiens et Haïtiennes tant en ville qu’à la campagne, Sr Marie-Paule s’est si bien intégrée à son pays d’adoption qu’elle aurait aimé y passer le reste de ses jours.

Elle a d’abord enseigné la catéchèse, l’anglais, la géométrie et le dessin à l’école normale du Cap-Haïtien. Elle nous explique que le père Yves Bélizaire, curé au Trou-du-Nord, lui a ensuite demandé de travailler à la pastorale paroissiale. Après un bref séjour au Canada, elle accepte l’invitation de Mgr François Gayot qui réclame ses services au Cap-Haïtien pour s’occuper de la catéchèse. Si elle juge sa contribution humblement, Sr Marie-Paule a quand même réussi à toucher, par la formation transmise dans ses cours, des centaines de filles et de garçons haïtiens.

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