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Là où le présent rencontre le passé

Re-visiter le récit colonial au musée et au théâtre : l’histoire de la conquête de l’Ouest et le western à Montréal

Par Adèle Clapperton-Richard, candidate à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et membre du comité éditorial

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Les commémorations publiques ont dernièrement fait l’objet de vives polémiques[1]. Ces débats ont pris une ampleur significative dans le cadre, notamment, des festivités du 150e anniversaire du Canada ou du 375e de la ville de Montréal. Des historien.ne.s, des militant.e.s, des artistes, entre autres, ont critiqué l’homogénéité des points de vue dans la sélection des faits et des événements publiquement commémorés[2]. Certain.e.s ont même proposé des façons d’envisager la commémoration autrement[3]. Tous ces débats sont issus d’un terreau commun : celui des questions identitaires, des représentations sociales et culturelles, et surtout, de leur poids dans la mémoire collective. Force est de constater que de nouvelles voies de remémoration des événements ou des personnages « importants » de l’histoire nous sont offertes. Les milieux culturels et artistiques sont sans aucun doute des espaces de diffusion et de transmission de contenus historiques. Ils participent directement, dans des registres ayant souvent une plus grande portée que ceux de la communauté historienne, au processus de médiation de l’histoire dans l’espace public. Les possibles dérives de telles médiations, qui parfois tombent dans la promotion d’une mémoire au service d’un récit historique biaisé et dominant, peuvent être à craindre. Il faut toutefois se réjouir lorsqu’elles permettent le déploiement d’une narration aux contenus diversifiés, critiques et hors des schèmes conventionnels.

À ce titre, deux espaces culturels distincts nous invitent – ou plutôt nous ont invité, dans l’un des cas – à revisiter l’histoire et l’imaginaire de l’Ouest : le Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM) et le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui (CTD’A). Le premier présente l’exposition Il était une fois… le Western : une mythologie entre art et cinéma jusqu’au 4 février 2018; la pièce Le Wild West Show de Gabriel Dumont était à l’affiche aux mois d’octobre et novembre derniers au CTD’A. En nous plongeant dans l’univers du western et des spectacles de type « wild west », le MBAM et le CTD’A remettent en question les grands récits nationaux américain et canadien, ainsi que les mythes qui les ont façonnés. Je me propose ici de présenter les perspectives critiques mises de l’avant tant par l’exposition que par la pièce. Non seulement ces propositions sont abordées à travers des thématiques similaires, mais elles permettent de mettre de l’avant une vision qui déboulonne la trame narrative d’une histoire nationale mettant en valeur les hommes blancs, leurs exploits militaires, et les événements politiques liés à l’idéologie coloniale. L’exposition du MBAM étant plutôt dense, la part d’analyse qui y est accordée ici est plus large.

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Une nouvelle collaboratrice régulière se joint à HistoireEngagee.ca

Le comité éditorial

HistoireEngagee.ca est constamment à la recherche de personnes intéressées à contribuer de façon régulière aux différentes sections et rubriques du site. L’équipe de collaboratrices et de collaborateurs sont des historiennes et des historiens, des chercheuses et des chercheurs, des étudiantes et des étudiants, qui ont à cœur la valorisation d’une histoire actuelle et incarnée dans les enjeux qui mobilisent nos sociétés, et ce, tout en demeurant accessible, rigoureuse et engagée. Les membres du comité éditorial sont fiers d’annoncer l’intégration d’une nouvelle collaboratrice, Cassandre Roy Drainville, qui viendra enrichir et diversifier encore davantage les champs d’intérêt et d’intervention de son équipe de collaboration.

Cassandre Roy Drainville est candidate à la maîtrise en histoire à l’UQAM. Elle se spécialise en histoire autochtone et son mémoire de maîtrise en cours traite des organisations politiques amérindiennes mises en place entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et le début des années 1970. Elle s’intéresse plus particulièrement aux discours de dirigeants autochtones situés au Québec ainsi qu’à leurs revendications. Fervente de vulgarisation, elle se donne pour mission d’apporter au sein d’HistoireEngagee.ca un point de vue nuancé sur les questions autochtones et intégrer à ses articles l’histoire canadienne et québécoise. Ses champs d’intérêt, bien qu’ils s’inscrivent dans l’histoire autochtone du XXe siècle, comprennent aussi les questions faisant intervenir le patrimoine, la mémoire et les représentations identitaires. Cliquez ici pour accéder aux différentes contributions de Cassandre Roy Drainville.

 

Affiche du GHC – Le fleuve sacré intérieur

Par Fanny « Aïshaa » (affiche et introduction)

Au mois de janvier 2017, le Graphic History Collective (GHC) a lancé Remember | Resist | Redraw: A Radical History Poster Project. Celui-ci se voulait un projet d’une année destiné à offrir une perspective artistique aux conversations entourant Canada 150.

La semaine dernière, une douzième affiche, réalisée par Fanny « Aishaa », a été lancée afin de marquer le 5e anniversaire du mouvement Idle No More. Celle-ci s’intéresse à l’une des organisatrices du mouvement, soit la militante Melissa Mollen Dupuis.


Cette peinture est une illustration de Melissa Mollen Dupuis, femme inspirante et fière, mère innue, chef et ambassadrice culturelle. Mélissa est également co-organisatrice du mouvement Idle no More au « Québec ». Cette œuvre est basée sur une peinture créée lors d’une retraite artistique, Projet Rioux, dans l’estuaire du Saint-Laurent (au Bic), région qui reflète notre relation d’interdépendance avec les eaux. C’est un hommage à la biodiversité habitant notre grande rivière, l’estuaire et le golfe appelés aujourd’hui Saint-Laurent. Cette peinture a été réalisée alors que Mélissa portait son premier enfant, dans le but de représenter la beauté et la responsabilité des femmes en tant que porteuses d’eau, donneuses de vie et protectrices de l’eau.

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La fin de la biopolitique? Les transformations contemporaines de la santé publique

Alexandre Klein, chercheur postdoctoral au Département des sciences historiques de l’Université Laval et coordonnateur du réseau de recherche Historiens de la santé

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La Goutte de Lait de Belleville. La consultation, toile de Henri Jules Jean Geoffroy.

La santé est une préoccupation centrale de nos sociétés contemporaines. Nous souhaitons tous maintenir, voire même améliorer notre santé. Nous y œuvrons d’ailleurs activement au quotidien, en mangeant sainement, en pratiquant de l’exercice, et en évitant soigneusement tous les comportements décrits ou démontrés comme pathogènes. Les industriels l’ont d’ailleurs bien compris, et attribuent à leurs produits – que ce soit des yogourts, des shampoings ou des aspirateurs – des vertus sanitaires plus ou moins effectives. Mais, la santé est aussi au cœur de notre organisation sociale et de notre vie politique. La gestion des épidémies, l’encadrement des campagnes de vaccination, les difficultés d’accès aux soins ou – et c’est de plus en plus fréquent – la problématique du coût de la santé sont des sujets qui défraient régulièrement la chronique. Des lois sont également souvent votées, que ce soit pour tenter de mieux répartir l’offre de soins (projet de loi 20), pour réorganiser le réseau de santé (projet de loi 10), pour renforcer la lutte contre le tabagisme (projet de loi 44) ou pour encadrer la légalisation du cannabis (projet de loi C-45). La santé est, depuis près de trois siècles au moins[1], un objet politique à part entière. Pourtant, il semble que son statut ait changé au cours des dernières décennies. Elle n’est plus au cœur de la stratégie de nos gouvernements. Elle n’apparait plus comme cet outil de gouvernance puissant et efficient qu’elle a longtemps été. La santé semble être devenue un poids, principalement économique, à gérer, voire même un obstacle à surmonter. C’est sur l’histoire de cette mutation des rapports entre santé, économie et politique que je souhaiterais revenir ici.

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Maghreb-Afrique noire : derrière le drame des migrants, le poids des préjugés raciaux

Par Bocar Niang, doctorant en histoire à l’Université de Sherbrooke et collaborateur pour HistoireEngagee.ca

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Le 14 novembre 2017, la chaîne américaine CNN diffusait un reportage bouleversant montrant de jeunes Africains subsahariens vendus aux enchères comme esclaves dans les périphéries de Tripoli, la capitale de la Libye. Les images, poignantes, montrent de jeunes hommes noirs dans la vingtaine et la trentaine, présentés par les vendeurs comme des personnes robustes, dont le prix proposé est déclamé de façon à faire monter les enchères[1]. La journaliste de CNN, Nima Elgabir, qui a réalisé le reportage, a du mal à cacher son émotion et s’écrie : « je ne sais pas quoi dire. C’est probablement l’une des choses les plus incroyables que j’ai jamais vues[2]! »

Ce reportage de CNN a créé la stupeur et une onde de choc sur le continent africain. Elle a suscité un déferlement rarement vu sur les réseaux sociaux ainsi que des condamnations de la part de l’ONU, mais également de la société civile et de gouvernements africains. Une manifestation s’est aussi tenue le 17 novembre 2017, en France, à l’initiative de militants.es africains.es et antillais.es[3]. Acculé, le gouvernement libyen annonçait l’ouverture d’une enquête et la saisie de la justice deux jours plus tard.

Si les actes de tortures frappant les migrants.es africains.es en Libye sont connus de longue date, le poids des images de CNN, en réveillant de douloureux souvenirs, semble fouetter une classe politique et une société civile africaines restées jusque-là paradoxalement discrètes sur le sujet. Au-delà de ce reportage et du drame des migrants.es subsahariens.nes, c’est la question du racisme anti-noir au Maghreb et dans les pays du Machrek qui est posée. Véritable sujet tabou, puisqu’il a longtemps déserté le débat public, le racisme anti-noir qui écume une partie des sociétés arabes est de plus en plus inscrit à l’ordre du jour. La massification de l’immigration subsaharienne dans l’espace maghrébin depuis la fin des années 1990 fait en effet bouger les lignes. À l’image de l’écrivain algérien Kamel Daoud, nombre d’intellectuels.les et de chercheurs.ses maghrébins.es s’impliquent de plus en plus dans ce débat en gestation[4].

Il porte entre autres sur la difficulté des pouvoirs politiques maghrébins à concevoir des politiques d’intégration pour leurs propres minorités noires et les communautés migrantes subsahariennes. L’exemple libyen, ainsi que la situation prévalant en Algérie et au Maroc, posent en fin de compte la question de la représentation des Noirs.es dans les sociétés arabo-berbères, un sujet échappant rarement aux passions, mais encore mal documenté par les historiens.es.

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