HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé

Auteur : Histoire Engagée (Page 1 of 5)

De l’histoire au théâtre : entrevue avec Alexis Martin

Crédit : Tim Roper (Flickr).

Par Christine Chevalier-Caron, doctorante en histoire à l’Université du Québec à Montréal, et coordonnatrice à histoireengagée.ca

Depuis sa création, le Nouveau théâtre expérimental (NTE) a fait de l’histoire un matériel de création privilégié, et a, par le fait même, participé à une (re)lecture des récits historiques dominants. À la fin de l’automne dernier, fêtant son 40e anniversaire, le NTE lançait une impressionnante plate-forme interactive rendant accessibles ses archives. Ainsi, cette compagnie théâtrale, créée par Robert Claing, Robert Gravel, Anne–Marie Provencher et Jean-Pierre Ronfard, et actuellement sous la direction artistique d’Alexis Martin et Daniel Brière, participe doublement au renouvellement historiographique. Je suis allée à la rencontre d’Alexis Martin, qui est notamment l’auteur de la trilogie L’histoire révélée du Canada français de 1608 à 1998 et Camillien Houde, « le p’tit gars de Sainte-Marie », afin de discuter avec lui de ce projet de valorisation des archives et du recours à l’histoire comme matériel de création.

Christine Chevalier-Caron : À l’occasion du 40e anniversaire du Nouveau théâtre expérimental, vous avez lancé une plate-forme où l’on trouve l’ensemble de vos archives, j’aimerai donc dans un premier temps discuter de cette plate-forme, puis ensuite parler de votre utilisation de l’histoire dans vos productions théâtrales. Est-ce que vous pouvez me décrire le projet de mise en ligne des archives et l’objectif de ce projet?

Alexis Martin: Il faut vraiment en faire l’expérience, il faut y aller, ce sont 40 ans de création théâtre qui y sont illustrées et commentées à travers ce site-là. Donc, on a une importante réserve photographique, on a des extraits vidéographiques des œuvres, on nous propose aussi des voyages thématiques. Les gens peuvent explorer les œuvres de notre théâtre à travers ces voyages thématiques, par exemple l’histoire. On a souvent traité d’histoire dans nos spectacles, la rencontre avec les autres, c’est-à-dire tout ce qui concerne les voies inhabituelles, ou les gens dont nous entendons moins parler. Il y a cinq voyages qui sont proposés à travers les archives, sinon il y a un catalogue, plus habituel, où se trouve la liste de tous les spectacles depuis 40 ans, et pour chaque spectacle, nous pouvons aller à la rencontre des artisans, des extraits du texte, des extraits de la production, et des articles autour de ça.

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La colonisation n’a pas apporté la civilisation

Par Jade Almeida, doctorante en sociologie à l’Université de Montréal, chroniqueuse à Néoquébec, et coresponsable du dossier Imaginations, existences et spatialités noires en (ré)émergences

« Attention, l’histoire des NoirEs ne débute pas avec l’esclavage, parce que c’est vraiment, la borne temporelle qui semble débuter l’expérience noire, et c’est ce que l’on met constamment de l’avant avec le mois de l’histoire des NoirEs, y compris dans les milieux scolaires, on va commencer avec l’esclavage et ça va arriver à Obama, ou à la limite à Black lives Matter, donc on a l’impression que l’expérience noire ce sont des chaînes. (…) L’idée pernicieuse, sous-entendue avec ce type de bornes c’est que finalement avant l’esclavage, il n’y avait rien, on a découvert les NoirEs avec l’esclavage et l’expérience noire a débuté avec les chaines, et il y a l’idée que la colonisation a apporté la civilisation ».

Cette citation est tirée d’une chronique de Jade Almeida à l’émission Néoquébec à quelques jours du début du mois de l’histoire des NoirEs. Elle nous y livre des réflexions et une critique sur la temporalité, ainsi que sur l’épistémologie eurocentrique qui marquent la discipline historique et la manière dont l’histoire est enseignée. Mettant de l’avant des exemples concrets, elle démontre comment la chronologie eurocentrique mène à l’invisibilisation de tout ce qui se passe à l’extérieur de l’histoire occidentale, et nous fournit des pistes de réflexion incontournables pour renverser cette tendance dominante.

Les congrès internationaux des écrivains et artistes noirs (1956 et 1959)

Par Adeline Darrigol, chercheuse associée au Laboratoire 3L.AM de l’Université du Maine

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Les participant.es au premier congrès de 1956.

Du 19 au 22 septembre 1956 s’est tenu à Paris le premier Congrès international des écrivains et artistes noirs, sous l’initiative d’Alioune Diop, Directeur de la revue Présence Africaine[1]. C’est dans l’amphithéâtre Descartes de l’Université de la Sorbonne que s’est rassemblée une soixantaine de délégués venus d’Afrique, d’Amérique, de Madagascar et des Caraïbes. On notait la présence de personnalités telles que Richard Wright (États-Unis), Jean Price Mars (Haïti), Marcus James (Jamaïque), Jacques Rabemananjara (Madagascar), Aimé Césaire, Frantz Fanon et Édouard Glissant (Martinique), Léopold Sédar Senghor et Cheikh Anta Diop (Sénégal) ou Amadou Hampâte Bâ (Mali). Dans l’assistance, se trouvaient aussi de nombreux étudiants noirs résidant en France. La similitude de leur situation et l’identité de leur sort face à l’Occident liaient les participants. Ces points communs créaient une certaine fraternité entre eux. Dans son discours d’ouverture, Alioune Diop a affirmé : « l’événement dominant de notre histoire a été la traite des esclaves. C’est le premier lien entre nous […]. Noirs des États-Unis, des Antilles et du continent africain […], nous avons ceci d’incontestablement commun que nous descendons des mêmes ancêtres[2] ».

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Appel à candidature – Coordination du dossier thématique « Où sont les femmes ?»

Par le Comité de coordination du
dossier « Où sont les femmes ?»

HistoireEngagée.ca est une plate-forme de diffusion des savoirs et des connaissances historiques qui vise à rejoindre les milieux académiques et le grand public. Le dossier « Où sont les femmes ?» joue un rôle important dans la triple mission que se donne la revue, qui consiste en l’analyse de l’actualité dans une perspective historique, la participation active aux débats historiographiques et la valorisation des récits historiques mettant de l’avant les oubliés.es de l’histoire.

Publiant un dossier thématique permanent visant à contrer l’occultation des femmes des récits historiques depuis plus de deux ans, l’équipe d’HistoireEngagée.ca  souhaite poursuivre les débats sur l’histoire des femmes, du genre et des féminismes en abordant les défis et enjeux – épistémologiques, méthodologiques, archivistiques, institutionnels, etc. – propres à ces champs d’études. Nous croyons que ces histoires doivent être problématisées à l’aune d’enjeux liés aux rapports de pouvoir, notamment marqués par le genre, la « race » et les classes sociales.

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Entrevue avec Louise Toupin*

Par Camille Robert, doctorante en histoire à l’Université du Québec à Montréal et membre du Centre d’histoire des régulations sociales

Louise Toupin au lancement de Luttes XXX photo: Carol Leigh Scarlot Harlot

Louise Toupin est politologue, enseignante retraitée de l’UQAM et chercheuse indépendante. Elle s’est engagée dans le Front de libération des femmes du Québec (1969-1971) et a cofondé les Éditions du remue-ménage en 1976. Son ouvrage Le salaire au travail ménager : chronique d’une lutte féministe internationale, 1972-1977 (Remue-ménage, 2014) a récemment été traduit en anglais chez UBC Press et Pluto Press. Elle est en outre coauteure de trois anthologies de textes de militantes féministes : Québécoises Deboutte! (1982-1983, avec Véronique O’Leary), La pensée féministe au Québec. Anthologie 1900-1985 (2003, avec Micheline Dumont), et de Luttes XXX (2011, avec Maria Nengeh Mensah et Claire Thiboutot). En octobre dernier, elle a publié Travail invisible. Portraits d’une lutte féministe inachevée (2018), ouvrage qu’elle a codirigé avec Camille Robert.

Louise Toupin et Camille Robert au lancement de l’ouvrage Travail invisible photo: Chloé Charbo

Camille Robert : J’aimerais tout d’abord que vous nous parliez un peu de votre engagement dans le mouvement féministe des années 1970. Comment avez-vous rejoint le Front de libération des femmes, et quel était le contexte politique de l’époque? Quelles actions ont été les plus marquantes pour vous?

Louise Toupin : Tout d’abord, il faut dire que le mouvement portant l’épithète « féministe » n’existait pas en 1969-1970 au Québec. D’ailleurs, personne ne se disait féministe. Il y avait des associations de femmes, mais aucune ne se qualifiait de « féministe » (ni la Fédération des femmes du Québec, ni l’Association féminine d’éducation et d’action sociale, l’Afeas, fondées en 1966). C’était un mot-repoussoir. C’est le FLF, le Front de libération des femmes, qui a le premier je crois inversé le sens de ce mot, et l’a revendiqué haut et fort.

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