Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Auteur : Histoire Engagee Page 2 of 77

Partager, guérir, militer

Par Evelyn Amony

Version PDF

Voici le troisième texte d’une série de cinq articles portant sur l’exposition Ododo Wa : Filles en temps de guerre, présentée au Musée canadien pour les droits de la personne jusqu’en novembre 2020. Cette série a également été publiée en anglais sur ActiveHistory.ca. Vous trouverez les autres textes de la série ici.


Une grande partie de ma vie a été marquée par des hauts et des bas, et je sais qu’elle continuera ainsi. À l’âge de 11 ans, presque 12, j’ai été enlevée par l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) – un groupe de rebelles qui a combattu le gouvernement ougandais pendant plus de 20 ans. Avant mon enlèvement, je vivais avec mes parents et j’allais à l’école à Gulu, une petite ville du nord de l’Ouganda. J’ai été séparée de ma famille et retenue en captivité pendant plus de dix ans. Comme beaucoup d’autres personnes enlevées, j’ai été emmenée au Soudan du Sud où je vivais dans un camp de la LRA. Et, comme beaucoup d’autres filles, j’ai été forcée d’épouser un commandant et de mettre au monde des enfants.

J’ai échappé de justesse à la mort en 2005, lorsque j’ai été capturée avec mon nouveau-né dans une embuscade militaire par l’armée ougandaise. La jupe verte que je portais ce jour-là est exposée au Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP) de Winnipeg, au Manitoba. On y voit les trous des balles qui ont effleuré mon corps lorsque j’ai levé les bras, en tenant mon bébé au-dessus de ma tête.

L’assurance-chômage : sécurité du revenu ou sécurité publique

Par Jérémie Dhavernas, Mouvement Action-Chômage de Montréal

Grande marche pour l’emploi en 1983
Crédit : Yves Huneault

Avec la Prestation canadienne d’urgence (PCU), le gouvernement Trudeau lançait le 6 avril dernier un nouveau régime de remplacement de revenu, une première depuis la création de l’assurance-chômage en 1940. Si ces deux mesures répondaient à des crises économiques (passées ou anticipées), l’on doit aussi garder en tête qu’elles sont de puissants outils de régulation sociale.

En effet, la PCU a été d’abord été présentée comme une réponse humaniste à la crise. Le communiqué de presse du ministère des finances annonçant la mesure avançait notamment : « Dans des périodes difficiles comme celle?ci, les Canadiens ne devraient pas avoir à choisir entre protéger leur santé et continuer à soutenir leur famille. Nous avons bien pris conscience de la situation, et nous sommes là pour eux. »[1]

Cette posture morale va traditionnellement de pair avec la préoccupation de l’État de freiner toute atteinte potentielle à l’ordre public. Si, à la fin du 19e siècle, la pensée libérale abandonne peu à peu ses thèses sur la dégénérescence morale des démuni.es comme cause de leur pauvreté, elle considère toujours cette même dégénérescence comme une de ses conséquences majeures[2]. Par l’assistance sociale, on réhabilite ainsi l’activité économique des plus pauvres, tout en les empêchant d’en venir à des moyens illégaux ou violents pour assurer leur survie.[3]

« Ododo Wa » : Recherche et communication de connaissances difficiles*

Par Annie Bunting, avec Patricia Trudel

Version PDF

Voici le deuxième texte d’une série de cinq articles portant sur l’exposition Ododo Wa : Filles en temps de guerre, présentée au Musée canadien pour les droits de la personne jusqu’en novembre 2020. Cette série a également été publiée en anglais sur ActiveHistory.ca. Vous trouverez les autres textes de la série ici.


Nous considérons souvent la recherche universitaire comme un retour en arrière. Elle documente le passé et collecte des données sur des expériences vécues. En travaillant avec le Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP), notre partenariat financé par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) – Esclavage conjugal en temps de guerre : Partenariats pour l’étude de l’esclavage, du mariage et des masculinités (ECtG) – a pu diffuser ses recherches de façons créatives. Mobiliser cette recherche et ces expériences vécues en tant qu’« histoire active » est une démarche orientée vers l’avenir. Elle permet de donner vie aux données et de rejoindre des publics nouveaux et variés.

L’exposition temporaire Ododo Wa : Filles en temps de guerre, conçue par Isabelle Masson du MCDP, et la version itinérante de l’exposition sont ancrées dans les expériences de Grace Acan et d’Evelyn Amony, qui ont toutes les deux survécu à leur enlèvement par l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) en Ouganda dans les années 1990. Elles sont aujourd’hui chercheuses et militantes dans le nord de l’Ouganda et ont collaboré étroitement au projet ECtG et avec le MCDP sur Ododo Wa. L’exposition donne vie à leur expérience en captivité et d’unions conjugales forcées d’une manière qui informe le public et transforme sa compréhension de la situation des femmes en temps de guerre. Le développement efficace d’une exposition de cette nature nécessite des choix judicieux en matière d’orientation, de récits, d’objets, d’images et de films; il est également essentiel d’établir des relations de confiance significatives entre toutes les parties concernées et de planifier des méthodes de communication nuancées dans différents lieux.

Nous sommes toujours là : parcs nationaux, dépossession coloniale et résilience autochtone

Image par Nancy Kimberley Philipps

Présentation : Wacey Little Light Traduction : Laure Henri

Pour de nombreux•ses Canadiens et Canadiennes, le réseau des parcs nationaux est une source de fierté et reflète un important effort collectif de conservation d’une nature « vierge » visant à faire profiter de ces espaces les générations futures. Cette affiche révèle toutefois un point de vue différent : la « conservation » des parcs nationaux canadiens est en effet vécue par plusieurs peuples autochtones comme la continuation du processus violent qu’est la colonisation.


À partir des années 1880, ainsi que tout au long des premières décennies du XXe siècle, le gouvernement fédéral a mis sur pied un réseau national de parcs dont l’objectif était la conservation et la marchandisation de zones « naturelles » – on cherchait ainsi à faire contribuer ces terres à l’économie capitaliste ainsi qu’au processus d’édification de la nation. Dans le cadre de cette opération, toutefois, de nombreuses communautés autochtones furent déplacées de force hors des limites nouvellement établies de ces parcs.

En 1885, mes ancêtres, ainsi que tous les autres peuples Niitsitapi et Îyâhe Nakoda, furent arrachés de leur territoire traditionnel (celui qui porte maintenant le nom de l’Alberta) afin de permettre la création du parc national Banff. D’abord baptisé Banff Hot Spring Reserve, puis Rocky Mountain Park, le parc de Banff fut le tout premier parc national du Canada. Depuis, plus de quarante parcs nationaux ont vu le jour sur le territoire qu’on considère aujourd’hui comme le Canada, chacun d’entre eux ayant sa propre histoire de dépossession coloniale.

Concevoir Ododo Wa/Nos histoires*

Par Isabelle Masson

Version PDF

Cette semaine, nous entamons la publication d’une série de cinq articles portant sur l’exposition Ododo Wa : Filles en temps de guerre, présentée au Musée canadien pour les droits de la personne jusqu’en novembre 2020. Le présent texte en est l’introduction. Cette série a également été publiée en anglais sur ActiveHistory.ca. Vous trouverez les autres textes de la série ici.

L’équipe d’HistoireEngagée.ca est heureuse de partager avec ses lectrices et ses lecteurs ces textes d’Isabelle Masson, d’Annie Bunting et de Patricia Trudel, de Grace Acan, d’Evelyn Amony et de Gilbert Nuwagira. Allant d’importants témoignages de femmes ayant vécus des expériences de guerre à des réflexions sur l’élaboration de l’exposition et ses pérégrinations, en passant par les enjeux de la recherche, ces textes nous mènent au cœur d’une expérience muséale unique et d’un pan important de l’histoire des droits de la personne. Nous espérons que vous serez inspiré.e.s par ces récits et intéressé.e.s par cette proposition muséale importante. Bonne lecture!

L’exposition Ododo Wa : Filles en temps de guerre a été inaugurée au Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP) le 23 octobre 2019. Située au cœur d’une galerie appelée « Les droits aujourd’hui  », l’exposition combine des images, des objets et des films présentant les histoires de Grace Acan et d’Evelyn Amony. Les deux femmes ont toutes deux été enlevées par l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), dans le nord de l’Ouganda, et contraintes à l’esclavage conjugal pendant leurs années de captivité.

Mon approche conceptuelle cherche à amplifier la voix des femmes et à mettre en valeur leur action en se concentrant sur leurs expériences avant, pendant et après le conflit armé. Le processus d’élaboration de l’exposition, qui s’est étendu sur trois ans, a été marqué par une volonté résolue de (dé)faire les représentations culturelles des expériences des filles et des femmes en temps de guerre. Les décisions relatives à la conservation ont été prises en étroite collaboration avec Grace Acan et Evelyn Amony ainsi qu’avec notre partenaire d’exposition, le projet Esclavage conjugal en temps de guerre : Partenariats pour l’étude de l’esclavage, du mariage et des masculinités (ECtG). Le projet de recherche ECtG, financé par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH), est un partenariat international entre organisations qui travaillent avec des communautés touchées par la guerre sur la question de la violence sexuelle. Il est dirigé par la professeure Annie Bunting, de l’Université York, et coordonné par Véronique Bourget.

Page 2 of 77

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén

%d blogueurs aiment cette page :