HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé – ISSN 2562-7716

Auteur : Histoire Engagée Page 1 of 3

Pour une histoire littéraire des femmes dans la presse anarchiste française au 19e siècle

Par Marie-Pier Tardif, Université du Québec à Montréal / Université Lumière-Lyon-2

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Au dix-neuvième siècle français, nombreuses sont les femmes de lettres qui s’engagent activement dans la presse anarchiste en collaborant autant à des périodiques à vocation propagandiste, qu’à des revues d’orientation anarchiste associées à l’avant-garde littéraire. Malgré une production textuelle massive, elles n’ont encore aujourd’hui qu’une faible visibilité au sein de l’historiographie littéraire de l’anarchisme. Force est de constater que seule une approche épistémologique du genre peut permettre d’interroger la place qu’elles ont réellement occupé dans la vie culturelle de l’anarchisme en problématisant, d’un même coup, les paramètres traditionnels qui en ont jusqu’à présent structuré le récit historique. Dans un premier temps, il s’agit de dresser un état des lieux de l’historiographie littéraire de l’anarchisme afin de comprendre les modalités d’exclusion à partir desquelles les femmes ont été écartées du discours dominant. Dans un deuxième temps, il s’agit d’aborder les défis méthodologiques qu’entraîne l’adoption d’une telle perspective critique au regard de la recherche documentaire sous-jacente à l’étude de la presse anarchiste.

Mots-clés : presse anarchiste ; histoire des femmes ; approche du genre ; historiographie littéraire de l’anarchisme

Introduction

Depuis les années 1990, les études littéraires s’intéressent à l’histoire du mouvement anarchiste sous l’angle des pratiques d’écriture qui ont assuré son rayonnement dans la culture française. Généralement centrées autour de la fin du dix-neuvième siècle, période associée à un âge d’or de l’anarchisme[1] en raison de la vigueur politique et de la visibilité médiatique qu’il acquiert, ces recherches explorent le nouage inédit qui s’opère entre le fait littéraire et le mouvement anarchiste au sein de la sphère culturelle. En marge des disciplines de l’histoire et de la sociologie, le développement de cette frange de l’histoire littéraire a contribué à mettre au jour l’articulation étroite entre littérature et anarchisme en les étudiant comme des réalités socioculturelles hautement imbriquées. Décloisonnant ainsi la perception jusqu’alors entretenue vis-à-vis du mouvement anarchiste, en tant que phénomène proprement politique, celle-ci a ouvert un nouveau champ d’investigation universitaire en examinant comment leur rencontre a participé à la configuration d’un nouvel espace de signification collective, ancré dans un imaginaire politique, social et culturel commun[2]. Sans vouloir remettre en doute la pertinence des recherches qui ont été menées dans le domaine des études littéraires sur l’anarchisme, il importe toutefois de s’interroger sur le peu d’intérêt qu’elles ont jusqu’à présent accordé aux femmes, qui semblent à première vue totalement absentes de cette mouvance. Un consensus tacite laisse effectivement entendre que les femmes de lettres n’auraient contribué au développement d’une sous-culture journalistique anarchiste que de manière tout à fait anecdotique. Or leur présence organisée et collective au sein du mouvement anarchiste, qui s’exprime notamment avec force lors de la Commune de Paris en 1871[3], invite à repenser la place qu’elles ont pu réellement occuper au sein des milieux lettrés de l’anarchisme.

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Douze mille lunes

Affiche par Angela Sterritt

Texte par Erica Violet Lee

Traduction par Florence Prévost-Grégoire

Quand je serai vieille, je te raconterai que je me rappelle avoir dansé. Que je me souviens des cérémonies matinales à Squamish, xʷməkʷəθkýəm, sur le bord de l’eau à Tsleil-Waututh, d’avoir occupé les centres d’achats à amiskwaciwâskahikan, d’avoir organisé des protestations nocturnes à Iqaluit, et du chef qui installait le camp à côté de cette drôle de petite flamme de béton.  

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Donald Duck et le contrôle de la population, un document d’archive insoupçonné

Par Thomas Nadeau-Mercier, Université Laval

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Du Population council à Disney, un document d’archive peu exploité

Si les tensions entre les blocs de l’est et de l’ouest animées par la peur de la bombe atomique ont constitué des balises importantes dans l’historicisation de la guerre froide, une autre bombe, d’une aussi grande importance selon l’historien Matthew Connelly, structura les dynamiques internationales du conflit[1]. La « bombe démographique » souleva de grandes craintes à travers le globe, en partie grâce à la publication d’ouvrages polémiques comme celui d’Hugh Moore, « Population bomb » en 1954[2].

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Quel est le problème avec un chèque? Un appel pour des réparations pour l’esclavage au Canada

Par Anthony Morgan, avocat spécialiste en droits civils[1]

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3 octobre 1782. La Gazette de Québec, p. 2. Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Pour la première fois depuis longtemps, le sujet des réparations pénètre le discours politique ambiant. Plusieurs candidat.e.s à la présidence américaine pour 2020—incluant Kamala Harris, Beto O’Rourke, Elizabeth Warren et Bernie Sanders—ont développé une position sur l’enjeu des réparations pour les Afro-américain-e-s. Chacun d’entre eux, sauf Warren, ont contesté le concept même de réparations, principalement à cause de l’incertitude et des suspicions entourant la mécanique derrière l’idée de fournir des réparations à des individus et des familles. Par exemple, dans une entrevue récente, alors qu’on lui demandait s’il supporte l’idée des réparations, Sanders a répondu « Yeah—but not if it means just a cash payment or a check to families. I would not support that. »

Au Canada, très peu de réflexions ont porté sur la question des réparations. En effet, le pays n’a pas encore entamé de réelle réflexion quant à sa participation dans l’esclavage pernicieux des peuples africains à l’intérieur de ses frontières contestées. Il est donc temps que nous adressions la question de l’implantation d’un plan de réparations pour les Afro-canadien.ne.s descendant.e.s d’esclaves.

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Le Génocide tutsi : L’impossible justice

Par Amadou Ghouenzen Mfondi, doctorant à l’école d’études des conflits de l’Université Saint-Paul (Ottawa)

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Introduction

La Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide adoptée par l’Organisation des Nations Unies (ONU) le 8 décembre 1948 définit le crime de génocide comme tout acte « commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux »[1]. Ce terme est certes nouveau mais l’histoire nous apprend que le fait décrit est tout aussi vieux que le monde. Au moment où le Rwanda commémore le 25e anniversaire du génocide tutsi, il est utile d’analyser la manière dont la soif de justice et la nécessité du pardon ont été gérées dans ce petit pays de montagnes coincé au cœur de la région des grands lacs africains.

A la suite de l’attentat qui coutât la vie au président rwandais Juvénal Habyarimana en avril 1994, un massacre furieux se déclencha à Kigali, la capitale, et se transforma aussitôt en génocide sous les yeux médusés de la « communauté internationale ». Entre le 6 avril et le 1er juillet 1994, près d’un million de personnes, en majorité Tutsi, furent tuées. Un massacre vite fait. Perpétré en seulement cent jours, soit un ratio macabre de plus de 8 000 vies supprimées quotidiennement. Le tout devant les caméras du monde entier. Un génocide diffusé presqu’en direct à la télé. Du plus loin de ce que l’on sait des crimes de masse, le génocide tutsi est l’extermination à grande échelle la plus rapide de l’histoire humaine.

La gestion de l’héritage des crimes de masse pousse des sociétés sortant des conflits comme le Rwanda à envisager des solutions qui prennent en compte les blessures du passé, les ressentiments du présent et le besoin de réconciliation.  Cette rationalité de l’histoire installe de fait  les conditions d’un choix alambiqué entre la justice et le pardon.  Le Rwanda post génocide n’a pas échappé à cette encombrante dialectique.  L’expérience rwandaise du traitement de la période post-génocide fait apparaitre deux approches ambitieuses qui, dans leur relative complémentarité, eurent pour objectif de rendre justice et de favoriser le pardon et la réconciliation entre les victimes et leurs bourreaux. Un-quart de siècle après cette tragédie qui marqua à jamais l’histoire du Rwanda, toutes les juridictions spéciales qui ont été mises sur pieds pour rendre justice aux victimes et réconcilier le pays ont clôturé leurs travaux.

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