Par Brieg Capitaine, professeur adjoint au département de sociologie et d’anthropologie de l’Université d’Ottawa

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Photo de l'auteur.

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Nous ne savons pas où nous allons. Nous savons seulement que l’histoire nous a conduits à ce point […] Si l’humanité doit avoir un semblant d’avenir, ce ne saurait être en prolongeant le passé ou le présent. Et la rançon […] du refus de changer la société, ce sont les ténèbres » Eric Hobsbawm, L’âge des ténèbres.

Introduction

Cet article a pour objet le rapport que les Innus entretiennent au territoire. Il est convenu d’accepter l’idée selon laquelle les peuples autochtones entretiennent un lien inextricable au territoire[1]. Il constituerait en quelque sorte la « matrice de culture autochtone »[2]. Cependant, la sédentarisation, les politiques assimilationnistes successives – notamment celles des pensionnats indiens – ou la dépendance économique vis-à-vis des paiements de transferts dans les réserves constituent autant d’expériences vécues par les individus comme des bouleversements voire des traumatismes ayant affecté en premier lieu leur rapport au territoire. Ainsi, les récits de vie que j’ai pu collecter montrent que l’attachement à la terre de certains Innus a été détruit. Certains racontent également comment ils ont reconstruit ce lien au territoire de manière parfois surprenante. À partir d’une approche compréhensive[3], nous nous attacherons à explorer le sens que le territoire recouvre pour les Innus appartenant à la génération du pensionnat et qui sont âgé aujourd’hui de 45 à 65 ans. Quel sens possède le territoire traditionnel pour cette génération d’hommes et de femmes dont l’identité leur a été « volée » ? Cette présente contribution s’inscrit dans un mouvement plus large de recherches qui visent à éclairer les conséquences culturelles et sociales des pensionnats autochtones[4].

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