Par Pascal Scallon-Chouinard, doctorant en histoire à l’Université de Sherbrooke, et Mathieu St-Hilaire, historien et journaliste pigiste[1]

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Hugo Girard et son fils, Tyler Girard

Hugo Girard est sans contredit une figure marquante de l’espace sportif et culturel du Québec. Reconnu comme l’un des hommes les plus forts de la planète, il a une force et un caractère qui lui ont permis de s’illustrer dans des compétitions nationales et internationales. Son parcours est d’ailleurs impressionnant : finaliste, de 1998 à 2003, à la compétition du World Strongest Man; homme le plus fort du Canada de 1999 à 2004; homme le plus fort de l’Amérique du Nord de 2000 à 2001; champion du Wolrd Muscle Power de 1999 à 2000 (Écosse) et de 2001 à 2004 (Canada); champion du monde IFSA lors des Supers-Séries de 2002; détenteur de plusieurs records canadiens de dynamophilie, etc[2]. Dans la foulée de la sortie du film Louis Cyr (2013), il nous semblait intéressant et pertinent de nous entretenir avec celui qui a souvent été surnommé le « Louis Cyr des temps modernes ». Cette rencontre avait pour objectifs, d’une part, d’en apprendre un peu plus sur Hugo Girard lui-même, sur ses réalisations et sur son parcours sportif; d’autre part de voir les traces qui peuvent subsister, aujourd’hui, de Louis Cyr et de sa « légende ». L’histoire et la tradition ont-elles une place dans la pratique contemporaine des sports de la force ?


Girard, tout d’abord bonjour, et merci d’avoir accepté notre proposition d’entrevue. Vous avez commencé à vous entrainer très tôt dans votre jeunesse. Qu’est-ce qui a déclenché cette passion pour l’entrainement et pour la force? Aviez-vous des motivations précises dès votre jeune âge, et quel support avez-vous reçu de votre entourage familial et sportif?

Les Héros du samedi était une émission de Radio-Canada qui s’intéressait aux jeunes athlètes du pays et qui en présentait les exploits.

Moi, ce n’est pas compliqué, mon père s’entrainait. À l’âge de 5 ans, j’ai eu mes premiers haltères et je faisais les mouvements que lui faisait. Mon père, à mes yeux, c’était le plus fort. Il était costaud, c’était mon idole. Un peu plus tard, je lisais des bandes dessinées, et les personnages étaient musclés et très forts. Dans ma tête d’enfant, je m’imaginais être un superhéros; je m’imaginais être doté d’une force surhumaine et d’un physique impressionnant. Puis, à l’âge de douze ans, j’ai vu une compétition d’hommes forts à la télévision, c’était aux Héros du samedi, et à partir de ce moment-là, c’était ça… Je suis allé voir ma mère et je lui ai dit qu’un jour j’allais être l’homme le plus fort du monde.

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