Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Catégorie : Pierre Cras

Recension de l’ouvrage de Robyn Maynard, Policing Black Lives : State Violence in Canada from Slavery to the Present

Par Pierre Cras, historien, docteur en civilisation américaine et chargé d’enseignement à l’Institut Catholique de Paris (ICP)

Féministe intersectionnelle et intellectuelle, Robyn Maynard milite depuis une dizaine d’années au sein de la sphère activiste canadienne. Elle a notamment participé à la création du groupe militant « Montreal Noir » qui lutte contre le racisme envers les populations noires du Québec et est très engagée contre les violences policières et le profilage racial. Robyn Maynard est régulièrement invitée à s’exprimer sur ces problématiques dans nombre de médias locaux et nationaux.

Dans son dernier ouvrage publié fin 2017, Policing Black Lives: State Violence in Canada from Slavery to the Present, elle analyse les éléments constitutifs d’une violence d’État envers les Noirs.es qui se manifeste à travers des dynamiques économiques, politiques, judiciaires et éducatives et contredit de facto le mythe tenace d’une société canadienne unie autour d’un idéal multiculturel. Source précieuse pour quiconque s’intéresse à la question afro-canadienne, Policing Black Lives vient combler un manque dans l’historiographie du pays qui, hormis de rares exceptions, n’a laissé que peu de place aux voix des Noirs.es. La démarche adoptée par l’auteure se situe à mi-chemin entre travail de recherche et manifeste militant. Robyn Maynard s’inscrit de ce fait dans la lignée de l’historienne Dorothy Williams qui, dès 1986, pointait déjà du doigt l’absence d’études universitaires canadiennes sur les spécificités de la question noire canadienne dans son livre Blacks in Montreal : 1628-1986.

Super-héro.ïnes africain.es de Marvel à Comic Republic : politiques internationales de décolonisation des images et imaginaires (1934 – 2016)*

Par Pierre Cras, docteur et chargé de cours en civilisation américaine et cinéma à l’Université Paris III – Sorbonne Nouvelle et collaborateur pour HistoireEngagee.ca

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Les « African Avengers ».

Résumé

Qu’on se le dise : les super-héro.ïnes noir.es ont non seulement du livrer bataille à la fois contre des hordes de super-méchants machiavéliques, mais aussi contre des ennemis encore plus insidieusement glissés au cœur de leur quotidien comme le racisme, l’exclusion ou encore l’oppression systémique induite par des dynamiques coloniales et impérialistes. Qu’elles et qu’ils soient originaires du continent africain, de sa diaspora ou afro-descendant.es, les super-héro.ïnes en question se sont graduellement vu attribuer – en sus de leur qualité de bienfaiteurs de l’humanité – un statut de résistant.es dont le combat s’inscrit à l’aune des luttes sociales et culturelles du monde réel.

Mots clés

super-héros ; marvel ; comic cepublic ; décolonisation ; altérité ; wakanda ; Jide Martin ; Roye Okupe ; guardian prime ; avengers africains


Introduction

C’est assez dire que pour notre part, nous ne voulons plus nous contenter d’assister à la politique des autres. Au piétinement des autres. Aux combinaisons des autres. Aux rafistolages de consciences ou a la casuistique des autres. L’heure de nous-mêmes a sonné.

Aimé Césaire, Lettre à Maurice Thorez, 24 octobre 1956.

Lorsqu’il rédige la lettre de rupture à l’encontre du Parti Communiste Français (PCF), d’où est issue cette citation, le poète et homme politique martiniquais Aimé Césaire exprime sa volonté d’éloignement vis-à-vis d’une idéologie qu’il juge trop empreinte de « fraternalisme ». Ce dernier, empruntant à la fois au paternalisme et à la fraternité, porterait selon lui atteinte à une véritable politique de convergence des luttes qui aurait su combiner les revendications particulières des peuples colonisés et celles du Parti Communiste.

Cette revendication par la séparation d’Aimé Césaire s’inscrit dans un contexte international de Guerre froide et de décolonisation au sein duquel l’écho des velléités d’indépendance des pays/états colonisés est de plus en plus prégnant. Cette vague d’indépendances qui connaît son apogée durant la décennie 1960 possède non seulement un caractère politique, mais également culturel. L’indépendance prônée par Césaire et incarnée par l’aphorisme « l’heure de nous-mêmes a sonné » sied assurément à un certain nombre de disciplines artistiques et culturelles au sein desquelles les populations colonisées se réapproprient leur image et livrent au monde leur propre vision de leurs combats, de leur condition et de leur existence.

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