HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Merci Amadou et bonne suite !

L’équipe d’HistoireEngagée.ca tient à souligner le départ d’Amadou Ghouenzen Mfondi, membre du comité de rédaction depuis 2019. Durant les trois dernières années et demi, nous avons pu compter sur l’apport avisé et la fiabilité constante d’Amadou Ghouenzen Mfondi, doctorant en études des conflits à l’Université Saint-Paul d’Ottawa. Avec son expérience d’historien formé à l’université de Yaoundé 1 au Cameroun, Amadou a enrichi les expertises et les réseaux de notre comité éditorial de plus d’une façon, en plus de contribuer à la plateforme à titre d’auteur (ici et ici). Présence calme et posée, Amadou occupait un rôle clé dans l’équipe, nous invitant à regarder vers l’avant et à imaginer pour la revue de nouvelles avenues. Son intelligence et sa rigueur nous ont inspirés et nous avons beaucoup appris à ses côtés.

Nous lui souhaitons une bonne suite dans ses projets et nous l’accueillerons toujours en nos pages pour ses contributions ouvrant à une compréhension plus profonde du passé et de ses conséquences sur notre présent.

Au revoir Amadou, et merci !

L’équipe éditoriale d’HistoireEngagée.ca

Pour rappel – notice biographie d’Amadou Ghouezen Mfondi

Historien de formation et diplômé de l’université de Yaoundé 1 au Cameroun, Amadou Ghouenzen Mfondi s’intéresse à l’épistémologie et à la philosophie de l’histoire. Depuis plusieurs années, son principal objet d’étude est la tragédie dans l’accomplissement des sociétés humaines. Il suit  actuellement un programme doctoral interdisciplinaire à l’école d’études des conflits de l’université Saint-Paul à Ottawa. Ses recherches portent sur des questions d’exclusion, de marginalité, de violence et de crimes de masse perpétrés contre l’altérité au nom des idéologies racistes, ethniques ou religieuses. En effet, il accorde une attention particulière aux conflits identitaires dans les sociétés pluriculturelles. S’appuyant  sur un cadre de référence ouvert il explore dans une perspective comparative les tensions identitaires et la crise de l’hétérogénéité socioculturelle qui agitent le Cameroun et le Canada en tant que pays multiculturels. L’objectif étant de dégager dans ces deux sociétés les régularités qui les unissent dans une même trame de conflictualité et les singularités qui attachent chacune d’elles à son contexte politique et sociohistorique.

L’archive vidéo et photo au cœur de la vingt-cinquième édition des Rencontres internationales du documentaire de Montréal

Samia Dumais, membre du comité éditorial d’Histoireengagée.ca et candidate à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Montréal

TW : consommation de drogues, suicide

Photo prise par Samia Dumais lors de l’événement.

 

Après deux ans à se tenir en ligne, la vingt-cinquième édition des Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM) était de retour entièrement en présentiel, du 17 au 27 novembre 2022. Honorer le documentaire et ses subtilités, voilà le but du festival, qui diffuse des œuvres traitant « de la réalité de façon artistique ».  La programmation de cette année, qui comprend des courts, moyens et longs-métrages, était constituée de plus de 140 œuvres de 55 pays différents, faisant du RIDM l’un des plus importants festivals de films en Amérique du Nord. Pour la première fois en vingt-cinq ans, plus de 55% de ces œuvres sont réalisées par des femmes. J’ai eu l’énorme privilège de participer à cette édition du RIDM[1]. Est-il possible de lier documentaire contemporain, histoire et archives ? Avec le lancement de la nouvelle rubrique « L’histoire à travers », qui cherche à mettre de l’avant des médiums alternatifs pour se détacher des logiques académiques, j’ai décidé de me prêter moi-même à l’exercice en couvrant le RIDM et en me penchant sur ses origines. J’ai eu la chance de visionner cinq documentaires qui se distinguent par la mobilisation (et même par l’omniprésence, dans deux cas) de l’archive vidéo par les cinéastes. Cet usage démontre que même lors de la documentation d’enjeux contemporains, l’utilisation de sources primaires demeure incontournable pour contextualiser des faits réels ; pour démystifier le passé ; pour revisiter des moments clés.

Recension de l’ouvrage « Trouve-toi une job ! : petite histoire des luttes pour le droit à l’assurance-chômage » du Mouvement Action-Chômage de Montréal

Par Benoit Marsan, stagiaire postdoctoral au département de sociologie de l’Université McGill et chargé de cours au département de relations industrielles de l’Université du Québec en Outaouais

Fondé en 1970, le Mouvement action-chômage de Montréal (MAC) est un groupe communautaire de défense des droits des travailleuses, des travailleurs et des sans-emploi. Son action s’articule autour de trois axes : l’éducation populaire, la représentation des chômeuses et des chômeurs auprès de Service Canada et l’action collective. Il milite pour un système d’assurance-chômage universel et substantiellement plus généreux. En prévision des célébrations de son cinquantième anniversaire en 2020, l’organisation a entrepris de dépoussiérer ses archives afin d’écrire un roman-feuilleton. C’est dans la foulée qu’est apparue l’idée du livre Trouve-toi une job ! : petite histoire des luttes pour le droit à l’assurance-chômage. Paru en septembre 2022 aux éditions Écosociété, l’ouvrage a pour but de présenter l’évolution du MAC au cours des années, en plus de vouloir retracer une « histoire populaire et ouvrière des sans-emploi de Montréal, mais aussi du Québec » (p. 15). Principalement rédigé par Jérémie Dhavernas, avocat et employé de l’organisation, l’ouvrage est signé MAC afin de souligner la prise de parole des militantes et des militants qui y ont œuvré depuis sa fondation. Quant à son titre, il synthétise les propos désobligeants et basés sur des préjugés auxquels doivent souvent faire face les sans-emploi, et ce, particulièrement lorsqu’ils dénoncent leur condition.

Le Moungo, une contrée stratégique à l’essor du maquis au Cameroun 1950-1971**

Source : https://www.researchgate.net/figure/Occupation-du-sol-dans-la-zone-du-Moungo-en-2001_fig2_342116782, consulté le 25 octobre 2022.

Cédric Stéphane Mbah, Université de Yaoundé 1-Cameroun

Résumé

Le propos de cet article est de renouveler la réflexion sur l’histoire des troubles et du maquis au Cameroun à partir du Moungo. Il s’agit de confirmer à travers une étude sociologique et géographique du Moungo, que la structure cosmopolite et les facteurs naturels furent les matrices des revendications politiques et des propensions « maquisardes » dans cette localité. La constance des luttes, la témérité et la pérennité des revendications politiques dans le Moungo nonobstant leur interdiction, emmènent à considérer cette région comme le lieu vital et le fleuron du maquis pendant la lutte pour la décolonisation. De cette perspective, l’on peut être conforté dans l’hypothèse selon laquelle la région du Moungo fut une zone stratégique dans le déploiement du maquis au Cameroun.

Mots-clés : insurrection ; maquis ; UPC ; Moungo ; chemin de fer.

Introduction

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les pays sous la domination européenne ont manifesté, sous plusieurs formes, le désir de redevenir maître de leur souveraineté. Ce désidérata n’a pas épargné le Cameroun qui a vu naître les mouvements de revendications tels les syndicats et les partis politiques à l’exemple de l’Union des Populations du Cameroun (UPC) né le 10 avril 1948. L’UPC, dans le contexte des décolonisations et des libérations, requérait l’indépendance du Cameroun en vertu de l’article 76 (b) de la charte de l’ONU qui promeut « le progrès politique, économique, social et éducatif des hommes des territoires sous tutelle, de leur évolution vers le gouvernement automne[1] ». Dès 1950, les interdictions par l’administration coloniale des revendications upécistes se juxtaposent quelquefois aux échauffourées qui se soldent au mois de mai 1955 par des émeutes dans la région de la Sanaga-Maritime et le pays Bamiléké[2]. Ces manifestations répondaient aux vœux des Camerounais et Camerounaises épris.es de liberté et désireux.ses de voir leurs pays accéder à l’indépendance immédiate et à la réunification du Kamerun[3] ; comme l’exprimaient les doléances émises au congrès de l’ONU en 1952 par Ruben Um Nyobe sous l’égide de l’UPC[4]. L’ampleur inquiétante des violences liées aux revendications des upécistes valut une interdiction pure et simple du parti UPC dès le 13 juillet 1955[5].

À la suite de cette décision administrative, l’UPC est entrée dans la clandestinité pour continuer de manifester son désir d’obtenir l’indépendance par. Quoique celle-ci est accordée le 1er janvier 1960, l’UPC estime toutefois que ladite indépendance est partielle. Dans le but d’acquérir une libération complète malgré son interdiction, l’UPC utilise d’autres stratagèmes, notamment celui du « maquis » qui, en réalité, était la continuité de la résistance armée menée dès 1955. C’est sous cette bannière que commence une autre guerre dite de l’indépendance à travers le phénomène des maquisards qui consiste à semer la terreur à travers la violence, et à ériger des campements et des milices irrégulières dans des zones difficiles d’accès (forêts, grottes, montagnes, etc.). Dans cette logique, la mise sur pied d’une armée renforcée et reformée au sein de l’UPC confortait les « maquisards » sur l’idée d’une prochaine indépendance achevée[6]. Dans la recherche des issues pour acquérir cette indépendance par voie armée, le Moungo se dressait comme zone stratégique relativement au modus operandi de la milice de l’UPC. Les questions qui découlent de ce constat sont les suivantes : quelles sont les raisons ayant contribué au choix du département du Moungo comme lieu vital à l’essor du maquis au Cameroun ? Quel est l’apport du Moungo à la réussite du maquis camerounais ? Répondre à ces interrogations revient à analyser géographiquement le Moungo comme localité-carrefour située entre la zone francophone et anglophone ; relais tactique entre One Kamerun (OK) de Wilson Ndeh Ntumazah[7] et l’UPC, mais aussi entre les pays Bassa et Bamiléké via le chemin de fer Eséka-Bonaberi-Mbanga-Nkongsamba et Mbanga-Kumba. L’emplacement à cheval entre les flancs des différents massifs montagneux constitués de collines et de forêts justifie le choix du Moungo comme contrée favorable à la clandestinité de l’UPC jusqu’à l’arrestation d’Ernest Ouandié l’un des pionniers de l’ALNK à Mbanga dans le Moungo en 1971.

Les thèses d’histoire au Québec (2016-2022) : survol

Par Will Langford, professeur au département d’histoire de l’Université Dalhousie

Le Groupe de travail sur l’avenir du doctorat en histoire au Canada – formé par la Société historique du Canada et composé des historien.ne.s Catherine Carstairs, Sam Hossack, Tina Loo, Christine O’Bonsawin, Martin Pâquet, John Walsh, et moi-même – a récemment publié son rapport (disponible en français et en anglais). Le rapport contient de nombreux faits et chiffres qui proviennent de la recherche que nous avons effectuée, laquelle fut soutenue par l’assistante de recherche Danielle Mahon. Nous avons mené des sondages, tenu des consultations, organisé des ateliers, examiné les exigences des programmes de doctorat, étudié les conventions collectives, calculé les frais de scolarité, considéré le marché du travail, consulté des statistiques gouvernementales, et plus encore.

Dans le cadre de cette recherche, j’ai compilé une série de données concernant les thèses d’histoire au Canada. Il existe 24 programmes de doctorat en histoire, au sein de 26 départements d’histoire. Cinq cents soixante-deux thèses d’histoire ont été complétées entre septembre 2016 et août 2022 au pays, parmi lesquelles 102 ont été rédigées en français et 460 en anglais. La majorité des thèses en français ont été réalisées dans des universités francophones au Québec. Néanmoins, sur les 17 thèses de l’Université d’Ottawa huit étaient en français; l’une des 16 de l’Université de Guelph; l’une des 42 de l’Université York; à McGill, trois thèses sur les 30 déposées étaient dans cette langue et l’une des 11 de l’Université Concordia également. De même, l’une des 20 thèses de l’Université Laval et l’une des 36 thèses à l’Université de Montréal étaient écrites en anglais.

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