Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Amérique du Nord Page 2 of 3

De curiosité à légende d’un peuple

Par Paul Ohl, écrivain et auteur d’une biographie sur Louis Cyr[1]

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Reproduction d'un portrait de Louis Cyr (Fonds Armour Landry).

Reproduction d’un portrait de Louis Cyr (Fonds Armour Landry).

Un boulevard, des rues, des parcs, une école, un centre sportif, des commerces, un palais de justice portent son nom. À Montréal, à Napierville, à Joliette, à Saint-Jean-de-Matha. Deux statues se dressent à sa mémoire. La première, monumentale, dans l’ouest de la métropole, angle Saint-Jacques et De Courcelle. L’autre, à peine plus petite, au centre de Saint-Jean-de-Matha, en face de l’église. Il naquit quelque temps avant le Pacte confédératif de 1867 et mourut l’année de la tragédie du Titanic. Fils du terroir, illettré, exilé dans l’enfer des usines de textile de la Nouvelle-Angleterre, humilié par la réputation de « porteurs d’eau » faite aux Canadiens français de l’époque, cet être hors du commun s’illustra à un point tel qu’il en vint à personnifier la force ultime, toutes époques confondues. Il s’appelait Louis Cyr et on le considère aujourd’hui comme l’homme le plus fort de tous les temps.

La contribution canadienne à la démocratisation du Mexique : une entrevue de Maurice Demers avec Jean-Pierre Kingsley à propos du processus électoral en 2012

Maurice Demers, Université de Sherbrooke

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Jean-Pierre Kingsley

Encore une fois, le résultat des élections présidentielles au Mexique est contesté. Il faut dire que le processus de démocratisation du pays est encore jeune et fragile. Pendant près de 70 ans, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) a gouverné ce pays. Un allié des États-Unis, bénéficiant d’une économie florissante de la fin des années 1940 au début des années 1970, le Mexique a longtemps été gouverné par un parti politique qui dominait tous les leviers politiques et socioéconomiques du pays; une dictature parfaite diront plusieurs. L’élection de 1976 fait tomber les prétentions démocratiques du régime, car José López Portillo (PRI) est élu avec près de 92 % des voix, étant le seul candidat dont le nom figurait sur les bulletins de vote… Cette fâcheuse situation incite le parti au pouvoir à lancer un processus de démocratisation en 1977, afin de mieux intégrer les partis d’opposition dans la démarche électorale. C’est la première phase de l’ouverture démocratique. En 1988, alors que le candidat de la coalition de gauche semble sur le point d’emporter l’élection présidentielle, le système qui comptabilise les votes flanche… et fait ressortir une tendance complètement différente lorsqu’il reprend du service trois heures plus tard. L’élection de Carlos Salinas de Gortari (PRI) est entachée par les irrégularités du processus électoral. On décide donc de créer un institut indépendant pour gérer les élections, l’Instituto Federal Electoral (IFE), afin d’approfondir les procédures de réformes démocratiques. À terme, ces dernières permettront aux partis d’opposition d’obtenir une majorité de députés au Congrès (en 1997) et au candidat du Partido Acción Nacional (PAN), Vicente Fox, de ravir la présidence au PRI en 2000. Mais le virage démocratique du Mexique est loin de se terminer avec la perte de pouvoir du PRI.

Invité par des collègues travaillant pour l’Institut Fédéral électoral (IFE) mexicain, je me suis rendu au Mexique pour assister au processus électoral de 2012 en tant qu’observateur international. Lors des journées d’information organisées par l’IFE pour les observateurs étrangers, Jean-Pierre Kingsley, directeur général des élections du Canada de 1990 à 2006, a présenté une communication concernant le processus de réformes électorales au Mexique entrepris depuis le début des années 1990. Il révélait pour la première fois la collaboration étroite du Canada à l’élaboration du système actuel. Je me suis entretenu avec M. Kingsley pour en savoir plus sur la contribution canadienne à ce processus d’amélioration du système électoral mexicain. M. Kingsley, qui a reçu du Président Fox, en 2006, la médaille de l’aigle d’or aztèque, le plus grand honneur décerné à un étranger par le Mexique, m’a aussi fait part de ses impressions sur le processus électoral de 2012.

Entretien exclusif d’André Poulin avec Mark Rudd, figure emblématique du mouvement étudiant américain dans les années 1960

André Poulin, Université de Sherbrooke

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Mark Rudd s’est retrouvé, en 1968, à l’avant-scène du mouvement étudiant aux États-Unis. Il fut avec Bernadette Dohrn l’une des figures emblématiques de ce mouvement. En 1969, comme plusieurs jeunes, il rêvait de révolution. Cette année-là, il participa à la fondation des Weathermen et des Weather Underground. Par ses actions, il fut contraint de vivre en clandestinité pour échapper à son arrestation. Sorti de clandestinité à la fin de l’année 1977, il refusa longtemps de parler de son passé. La mobilisation contre la guerre en Irak l’a fait sortir de son mutisme. En 2009, il publie son autobiographie, Underground My Life with The SDS and the Weathermen, et depuis, il parcourt les campus universitaires pour partager son expérience avec les étudiants.

Intéressé par le conflit étudiant québécois, il a accepté de répondre aux questions d’André Poulin, historien à l’Université de Sherbrooke. L’entretien a été réalisé le 23 mai 2012.

Signification et impact de la Révolution haïtienne sur le monde atlantique

Par Alain Saint-Victor

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Toussaint Louverture.

Toussaint Louverture.

Depuis plus de vingt ans, l’historiographie étasunienne (en particulier) développe une nouvelle approche et une nouvelle compréhension de ce qu’on appelle le «monde atlantique.»  À la fin de la Première Guerre mondiale et durant la période qui suivit la Deuxième Guerre mondiale, des tentatives ont été faites pour définir ce monde comme une nouvelle réalité historique qui servirait de pont entre l’Amérique (États-Unis et Canada) et l’Europe. Ces approches, qui prirent différentes formes (articles de journaux, ouvrages importants), revêtaient une méthodologie imprégnée d’eurocentrisme, ce qui finalement servait d’outils idéologiques dans le contexte de la guerre froide : l’objectif était de souligner les particularités de l’Occident vis-à-vis de l’Est communiste, particularités qui seraient fondées sur des différences insurmontables liées aux traditions gréco-romaines et judéo-chrétiennes. Les historiens Robert Palmer et Jacques Godechot (1947) ont essayé de «théoriser» ces différences, et ont voulu expliquer du même coup l’évolution historique et politique de cette communauté atlantique et ses particularités sociopolitiques dans le monde contemporain.

Reconstruction d’Haïti, (re-)construire l’État

Par Yves-Michel Thomas

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Le marron inconnu, symbole de l'indépendance haïtienne.

Le marron inconnu, symbole de l’indépendance haïtienne.

Résumé

Porter l’interrogation sur les relations entre les élites et les masses ou entre «l’État» et la «Nation» en Haïti permet de mettre en lumière les continuités, au-delà ou en-deçà, du passage de la colonie française de Saint-Domingue à l’État-nation d’Haïti. Ces continuités ont engendré de fortes inégalités sociales et l’exclusion des masses rurales (majoritairement) dans la définition du bien public, de l’espace politique. Cependant, il y a nécessité de pouvoir rétablir la part d’indétermination de l’expérience haïtienne, constitutive de toute expérience historique, et de se défaire d’une vision figée de la réalité contemporaine haïtienne.

Mots-clés

État; Nation; Élites; Masses; Citoyenneté; Haïti

Introduction

Le séisme du 12 janvier 2010 en Haïti a mis à nu les faiblesses de l’appareil étatique et son incapacité à répondre même minimalement aux attentes de la population en cas d’urgence majeure. En effet, devant le drame des habitants de Port-au-Prince et de Léogâne et l’angoisse de millions d’Haïtiens en Haïti et hors d’Haïti, la direction politique du pays a été absente pendant environ quarante-huit heures; mais les citoyens des zones touchées étaient bien présents pour s’entraider, porter secours à un voisin, un ami, un membre de la famille. Évidemment, les rumeurs évoquant une décapitation totale de l’exécutif de l’État haïtien ont circulé, et lors de sa première apparition – véritable épiphanie – le Président d’alors, en l’occurrence René PRÉVAL, n’a fait qu’avouer son impuissance. Officiellement les pertes humaines s’élèvent à 222 570 morts et les dommages matériels à 7,9 milliards de dollars américains (120 pour cent du PIB en 2009). Comme cela tend à devenir courant en pareille circonstance, le 31 mars 2010 a lieu à New York une conférence internationale sur la reconstruction d’Haïti, au cours de laquelle a été adopté un plan de relèvement qui fait de la refondation institutionnelle pour arriver à un État prestataire de services, un État au service des intérêts fondamentaux de la nation une des priorités. Formulé en ces termes, cela peut laisser penser que les rapports entre l’État et la nation semblent avoir été diagnostiqués comme un problème technostructurel. Avec cet article nous nous proposons de montrer que ces rapports ont été historiquement constitués et politiquement institués au XIXe siècle et qu’ils ne relèvent pas simplement de la défaillance de la technostructure.

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