Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

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La rébellion des Patriotes (1837-1838) : le renforcement du colonialisme de peuplement au Canada

Affiche par Orion Keresztesi, artiste et un militant, texte par Jarett Henderson, professeur agrégé au Département d’histoire de l’Université Mount Royal à Calgary, et Traduction par Laure Henri

Dans les années 1830 s’organise une lutte contre le régime colonial en place dans le Haut et dans le Bas-Canada, une lutte qui vise à instaurer un gouvernement contrôlé par les colons plutôt que par le pouvoir impérial et ses représentants, et qui donne lieu à d’importants débats, protestations publiques, menaces de violences et actes de rébellion. Bien qu’elles soient très souvent célébrées et considérées comme certains des événements les plus décisifs de l’histoire du Canada, pendant lesquels les colons opprimés se sont battus pour le droit d’intervenir dans leur propre gouvernement, il ne faut pas oublier que les rébellions de 1837 et de 1838 ont également entraîné l’instauration du cadre politique qui était nécessaire à la mise en œuvre radicale de la colonisation de peuplement en Amérique du Nord.

Le travail des aides familiales au Canada

Affiche par le Collectif Kwenton Bayan

Texte par Ethel Tungohan

Traduction par Laure Henri

Au mois de janvier 2017, le Graphic History Collective (GHC) a lancé Remember | Resist | Redraw: A Radical History Poster Project, un projet destiné à offrir une perspective artistique et critique aux conversations entourant Canada 150. Le projet a continué en 2018 et 2019, et est toujours en cours aujourd’hui.

La troisième affiche du projet aborde avec une perspective historique les réalités et les conditions des travailleuses domestiques et des aides familiales au Canada, qui sont principalement des femmes racisées et vivant dans des conditions précaires. Elle montre que ces femmes s’organisent et luttent pour la reconnaissance de leurs droits.

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Les familles canadiennes ont toujours dépendu de l’aide des travailleuses domestiques. Avant la Confédération, des femmes autochtones et des femmes noires ont été utilisées comme esclaves par de nombreuses familles; après la Confédération, ce sont des femmes recrutées outre-mer par le gouvernement canadien qui ont été employées comme domestiques, et, en raison des politiques coloniales blanches du gouvernement, ce recrutement se faisait surtout en Grande-Bretagne et dans l’Europe de l’Est – les femmes de ces régions étaient considérées comme des « mères de la nation ». Au contraire de ces domestiques blanches – à qui ont octroyait la citoyenneté –, celles qui arrivèrent au Canada en provenance des Caraïbes dans la première moitié du XXe devaient être soit parrainées individuellement par des familles canadiennes ou issues du « Programme concernant les employées de maison antillaises » – (Caribeean Domestic Scheme ou CDS). Dans le cadre des deux premières itérations de ce programme, qui ont eu lieu respectivement de 1910 à 1911 et de 1955 à 1966, les domestiques antillaises étaient considérées par le gouvernement comme des « servantes » bénéficiant de la « générosité » canadienne. La plupart des participantes à la première version du programme furent déportées à la fin de leur contrat tandis que, la seconde fois, on a permis à certaines d’entre elles de soumettre une demande de résidence permanente lorsqu’elles avaient travaillé pour leur employeur pendant une année entière.

« Elle a crié violemment et a résisté » : Chloe Cooley et l’esclavage au Canada

Affiche par Naomi Moyer, texte par Funké Aladejebi, traduction par Marie-Laurence Rho

Au mois de janvier 2017, le Graphic History Collective (GHC) a lancé Remember | Resist | Redraw: A Radical History Poster Project, un projet destiné à offrir une perspective artistique et critique aux conversations entourant Canada 150. Le projet a continué en 2018 et 2019, et est toujours en cours aujourd’hui.

La seconde affiche de la série est réalisée par Naomi Moyer et Funké Aladejebi. Elle présente une figure largement méconnue dans l’histoire canadienne, qui incarne la présence et la résistance des Noir·e·s depuis la période coloniale : Chloe Cooley. 

Bien que l’on sache peu de choses au sujet de Chloe Cooley, on se rappelle souvent d’elle comme étant derrière l’initiative du lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe en faveur de l’abolition de l’esclavage dans le Haut-Canada. En s’opposant avec véhémence à son traitement et à sa vente imminente, Cooley incarnait une version forte et assumée de la féminité noire qui a permis de chambouler les conceptions de la liberté et de l’égalité au Canada.

Dans la trame narrative de l’histoire canadienne, le Canada est souvent représenté comme une « Terre promise », un endroit où les esclaves Afro-américains ont retrouvé leur liberté et échappé à la brutalité de l’esclavage aux États-Unis. Pourtant, le Canada a son propre historique d’esclavage et de séparation raciale qui met en lumière la longue présence de peuples afro-descendants au sein de la nation. Depuis la première personne esclave recensée au Canada, environ 4000 Panis (Autochtones) et esclaves noir·e·s auraient été acheté·e·s, vendu·e·s et exploité·e·s dans le Canada colonial. Leur expérience a ainsi révélé la nature complexe et fragile de la liberté et de l’esclavage au Canada.

Le traitement réservé à Chloe Cooley par son propriétaire, William Vrooman, reflète la nature injuste et brutale de l’esclavage au Canada. William Vrooman, qui habitait près de Queenston à Niagara Falls, était un loyaliste de New York qui souhaitait vendre Colley aux États-Unis de l’autre côté de la Rivière Niagara à la veille du 14 mars 1793. Résistant à son transport, Chloe Cooley a causé une telle perturbation qu’il a fallu trois hommes pour la maîtriser. Selon des témoins, « elle a crié violemment et a voulu résister, mais elle était attachée… » (William Renwick Riddell, 1924). Malgré sa résistance, Cooley a finalement été livrée à un homme sur la rive et n’a plus jamais été vue par la suite.

La saisie et la vente de Chloe Cooley ont suscité la controverse parmi les citoyens du Haut-Canada, dont plusieurs ont été scandalisés par la conduite de Vrooman. Malgré les tentatives de plusieurs administrateurs coloniaux blancs pour empêcher l’abolition de l’esclavage, le lieutenant-gouverneur John Graves Simcoe s’est appuyé sur l’histoire de Cooley pour mobiliser la communauté grandissante d’abolitionnistes au Haut-Canada. En est ressortie, en 1793, la Loi visant à restreindre l’esclavage dans le Haut-Canada qui a mené à l’abolition graduelle de l’esclavage au Canada. Bien que la loi n’ait pas permis la libération d’esclaves dans l’immédiat, elle a réduit l’importation de nouveaux·elles esclaves au Haut-Canada et a assuré la liberté de toute personne née dans une situation d’esclavage à l’atteinte de l’âge de 25 ans. De plus, tous les enfants nés dans cette cohorte étaient libérés. La loi a constitué un gain juridique important dans la lutte contre l’esclavage au Haut-Canada jusqu’à son abolition, en 1833, dans tout l’Empire britannique.

Le corps des femmes noires était étroitement lié au travail, au travail domestique et à la maternité dans le contexte esclavagiste canadien. Le refus de Chloe Cooley de céder à la servitude témoigne ainsi des stratégies raciales et genrées employées par les femmes noires dans les limites restrictives et violentes de l’esclavage. Contestant la nature patriarcale de l’esclavage au Canada, la vie de Chloe Cooley, marquée par la contestation, rappelle la résistance et la présence des peuples d’ascendance africaine dans le paysage canadien.

Texte sur l’affiche :

« La résistance de Chloe Cooley face à la persistance de l’esclavage aux États-Unis était si virulente que son ravisseur a eu besoin de l’aide de deux autres hommes pour la faire embarquer à bord du bateau qui devait la faire traverser de l’autre côté de la rivière Niagara en 1793. Ce n’était pas la seule fois où elle s’est battue contre l’esclavage avant de quitter le Canada. Elle a régulièrement protesté contre sa soumission en utilisant les biens d’autrui, en résistant contre la servitude et en quittant le travail sans permission. Alors que les rumeurs de l’abolition et de la liberté imminentes se propageaient, les propriétaires d’esclaves ont décidé de liquider leurs avoirs pour protéger l’argent qu’ils avaient investi. Observant d’autres esclaves autour d’elle être vendu·e·s de l’autre côté de la frontière, Chloe devait avoir prédit ce qui l’attendait. Sa défiance a donc joué un rôle catalyseur qui a finalement conduit à un changement de législation et qui a contribué aux mouvements anti-esclavagistes dans le Haut-Canada, tout en préparant le terrain pour le chemin de fer clandestin. »

Biographies

Naomi Michelle Moyer est une artiste et écrivaine multidisciplinaire autodidacte dont le travail explore souvent les thèmes de la communauté, des perceptions reliées au fait d’être noir·e, des histoires de la diaspora africaine et de la façon dont elles sont reliées à l’expérience noire. Naomi est connue pour son zine Black Women and Self Care : Thoughts on Mental Health, Oppression & Healing et, plus récemment, pour sa série d’impressions Black Women in Canada qui rend hommage à certaines des féministes noires canadiennes les plus radicales de 1793 à 2006. Le travail de Naomi découle d’une collaboration avec des organisations et des éditeurs locaux et de la conception d’affiches, de t-shirts et d’illustrations qui portent sur les thèmes de la résistance et de l’empowerment.

Funké Aladejebi enseigne l’histoire afro-canadienne à l’Université York. Dans sa thèse titrée « Girl You Better Apply to Teachers’ College: The History of Black Women Educators in Ontario, 1940s-1980s », elle explore l’importance des femmes afro-canadiennes dans le maintien de leurs communautés et dans la préservation d’une identité noire malgré les barrières de genre et de race. Elle a publié des articles dans les revues Ontario History, Southern Journal of Canadian Studies et Education Matters. Ses intérêts de recherches concernent l’histoire orale, l’histoire de l’éducation au Canada, la pensée féministe noire et l’histoire transnationale.

Pour en savoir plus

Cooper, Afua. “Acts of Resistance: Black Men and Women Engage Slavery in Upper Canada, 1793-1803.” Ontario History 99, no. 1 (Spring 2007): 5-17.

Cooper, Afua. The Hanging of Angélique: The Untold Story of Canadian Slavery and the Burning of Old Montréal. Toronto:
HarperCollins Publishers, 2006.

Elgersman, Maureen G. Unyielding Spirits: Black Women in Slavery in Early Canada and Jamaica. New York: Garland, 1999.

Riddell, W.R. “The Slave in Upper Canada.” The Journal of Negro History 4, no. 4 (October 1919): 372-95.

Shadd, Adrienne. The Journey from Tollgate to Parkway: African Canadians in Hamilton.Toronto: Dundurn Press, 2010.

Notre terre : 150 ans de colonialisme

Affiche et texte de Lianne Marie Leda Charlie
Traduction de Marie-Laurence Rho

Au mois de janvier 2017, le Graphic History Collective (GHC) a lancé Remember | Resist | Redraw: A Radical History Poster Project, un projet destiné à offrir une perspective artistique et critique aux conversations entourant Canada 150. Le projet a continué en 2018 et 2019, et est toujours en cours aujourd’hui.

Réalisée par Lianne Marie Leda Charlie, l’affiche qui a lancé la série offre un regard critique du colonialisme au Yukon.

Digressions sur la boxe, les fourrures et autres histoires politiques de Wendake

Par Jonathan Lainey, Musée canadien de l’histoire.[1]

Archives Conseil de la Nation huronne-wendat (ACNHW), fonds CNHW, PH-14-15.

Évocatrices et éloquentes, bien que muettes par leur nature même, les photographies anciennes sont autant des sources de souvenirs que des mines de renseignements de toutes sortes. Un visage, un détail, un décor, un paysage, tout peut être propice à l’interprétation et chaque élément représenté peut contribuer à une meilleure compréhension du passé, pour qui s’attarde à les faire parler. Comme elles sont riches en information, utiliser les photographies comme véritables sources de renseignements plutôt que comme simples agréments visuels d’un texte peut s’avérer fort profitable et tout autant intéressant. Au hasard des découvertes et des trouvailles, qu’elles errent au fond d’un tiroir ou qu’elles soient précieusement conservées dans un placard ou dans un centre d’archives, les photographies peuvent servir à illustrer un propos, à fournir une preuve légitime, ou bien tout simplement à servir de point de départ à une réflexion plus large et digressive.

Georges Lainé, boxeur ?!

Alors que je menais des recherches iconographiques aux archives de Wendake afin de compléter mon mémoire maitrise en histoire à l’Université Laval[2], j’ai aperçu une photographie ancienne qui a immédiatement capté mon attention. Et pour cause ! On y voit deux jeunes boxeurs amateurs s’affronter le temps d’une photographie dans le studio du photographe professionnel Alphonse Boivin de Loretteville. Ceux et celles qui me connaissent savent bien que je suis un mordu de boxe et de sports de combat en général.

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