Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

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L’évolution des salles de cinéma canadiennes entre 1905 et 1940 et les expériences cinématographiques

Par Marc-Antoine Belzile, Université Laval

Allen Theatre de Toronto, construit en 1917 (Hilary Russell, All that glitters : a memorial to Ottawa’s Capitol Theatre and its predecessors, Ottawa, National Historic Parks and Sites Branch, Parks Canada, Indian and Northern Affairs, 1975, p. 41)

Les archives nous permettent de voyager. Arlette Farge affirme dans son ouvrage Le goût des archives que « celui qui travaille en archives se surprend souvent à évoquer ce voyage en termes de plongée, d’immersion, voire de noyade… la mer est au rendez-vous »[1]. Les premières plongées dans des sources primaires peuvent provoquer plusieurs sentiments : excitation, inquiétude, voire même une sensation de vertige devant une quantité importante de documents.  Ayant examiné les photographies des salles de cinéma du Canada du 20e siècle contenu à l’intérieur d’ouvrages sur le sujet, un sentiment de curiosité m’a incité à imaginer l’expérience cinématographique proposée au public de l’époque. Je définis l’expérience cinématographique comme étant tout ce qui englobe l’ensemble des sensations provoquées par la consommation des films au cinéma. Les expériences cinématographiques peuvent être influencées par le contenu des vues animées, mais également par les émotions causées à l’extérieur et à l’intérieur des cinémas. Elles peuvent également être influencées par les rencontres faites à l’intérieur du cinéma. Après la curiosité, c’est un sentiment d’insatisfaction qui a pris le dessus. En effet, il me semblait que les photographies utilisées à l’intérieur des ouvrages secondaires[2] servaient principalement d’appuis visuels. Je trouvais donc que ce corpus recueilli par ces auteurs.trices n’était pas exploité à son plein potentiel et qu’il pourrait constituer un objet d’étude sérieux.

La période comprise entre 1905 et le début des années 1940 correspond au Canada à une phase exploratoire durant laquelle le cinéma s’affirme comme une forme d’art à part entière et qui, à ce titre, se dote de ses propres lieux de diffusion[3]. En observant des photographies des nickelodeon, les premières salles permanentes, munies de chaises de bois et d’un drap blanc, construites entre 1905 et 1915 un peu partout à travers le Canada, j’imagine un public hétérogène, constitué d’enfants et d’adultes de la classe ouvrière qui échappent pour quelques minutes à leur quotidien devant des vues animées qui leur font entrevoir des mondes qui leur seraient autrement inaccessibles. En examinant des photographies des movie palaces construits principalement entre 1915 et 1930, décorés de fresques grandioses ou d’éléments orientaux et égyptiens, je visualise un public beaucoup plus aisé qui désirait pousser l’expérience des vues animées encore plus loin.

Revisiter la révolte des travailleurs et des travailleuses de Winnipeg

Affiche de David Lester
Essai du Graphic History Collective
Traduction* : Benoit Marsan (révision : Adèle Clapperton-Richard)

Au mois de janvier 2017, le Graphic History Collective (GHC) a lancé Remember | Resist | Redraw: A Radical History Poster Project, un projet destiné à offrir une perspective artistique et critique aux conversations entourant Canada 150. Le projet a continué en 2018 et 2019, et est toujours en cours aujourd’hui.

Au mois d’avril dernier, le collectif a fait paraître la dix-neuvième affiche, réalisée par David Lester. Cette affiche vient souligner le centenaire de la grève générale de Winnipeg de mai et juin 1919, l’une des plus importantes de l’histoire du Canada.


En 1919, 35 000 ouvriers et ouvrières de Winnipeg, au Manitoba, territoire du Traité #1 (1871) et terre natale de la Nation Métisse, ont mené une grève générale de six semaines du 15 mai au 26 juin. Provenant de divers horizons, ils et elles ont arrêté toute production pour réclamer des salaires plus élevés, le droit à la négociation collective et plus de pouvoir pour la classe laborieuse. Cent ans plus tard, la grève générale de Winnipeg demeure l’une des plus grandes et des plus importantes de l’histoire du Canada.

Quel est le problème avec un chèque? Un appel pour des réparations pour l’esclavage au Canada

Par Anthony Morgan, avocat spécialiste en droits civils[1]

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3 octobre 1782. La Gazette de Québec, p. 2. Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Pour la première fois depuis longtemps, le sujet des réparations pénètre le discours politique ambiant. Plusieurs candidat.e.s à la présidence américaine pour 2020—incluant Kamala Harris, Beto O’Rourke, Elizabeth Warren et Bernie Sanders—ont développé une position sur l’enjeu des réparations pour les Afro-américain-e-s. Chacun d’entre eux, sauf Warren, ont contesté le concept même de réparations, principalement à cause de l’incertitude et des suspicions entourant la mécanique derrière l’idée de fournir des réparations à des individus et des familles. Par exemple, dans une entrevue récente, alors qu’on lui demandait s’il supporte l’idée des réparations, Sanders a répondu « Yeah—but not if it means just a cash payment or a check to families. I would not support that. »

Au Canada, très peu de réflexions ont porté sur la question des réparations. En effet, le pays n’a pas encore entamé de réelle réflexion quant à sa participation dans l’esclavage pernicieux des peuples africains à l’intérieur de ses frontières contestées. Il est donc temps que nous adressions la question de l’implantation d’un plan de réparations pour les Afro-canadien.ne.s descendant.e.s d’esclaves.

Recension de Tax, Order, and Good Government. A New Political History of Canada, 1867-1917 de Elsbeth Heaman

Par Gabriel Monette, Université de Montréal

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Il peut être surprenant qu’un philosophe s’intéresse à un ouvrage d’histoire fiscale. On s’attendrait plutôt des philosophes qu’ils réagissent à des enjeux normatifs, comme la justification de l’impôt ou les enjeux entourant les paradis fiscaux. Dans son plus récent livre, l’historienne Elsbeth Heaman se garde bien d’une approche normative et privilégie plutôt l’analyse du discours politique sur la taxation au Canada. Cet aspect fait de son ouvrage une contribution historique utile pour les philosophes: elle y dissèque et discute ce qu’on a dit sur la fiscalité dans les décennies charnières de la construction du pays. L’auteure reconnaît d’entrée de jeu que son projet est ambitieux : présenter une histoire politique du Canada par le biais de la fiscalité.

Les questions discutées avec érudition et détail par Heaman résonnent avec l’actualité, car l’enjeu de la fiscalité canadienne n’est pas clos. Déjà le gouvernement canadien sous la gouverne de Justin Trudeau a récemment relancé les discussions sur l’impôt en proposant quelques changements de paliers d’imposition et de règles concernant l’incorporation des professionnels.les. Une proposition de cette nature était toute faite pour faire polémique et faire réagir les commentateurs.trices et l’opinion publique[1]. Heaman nous montre dans son ouvrage que ce genre de débat faisait réagir d’une manière semblable il y a plus d’un siècle. Cela témoigne de l’imminente actualité de cet ouvrage pour la mémoire militante de tous ceux et celles qui veulent une fiscalité plus juste. Les enjeux de fond sont toujours les mêmes : les enjeux distributifs, la variété des types de taxation, la question du libéralisme et le fédéralisme. La tension entre une redistribution juste et le contrôle oligarchique des institutions politiques demeure le point central de la problématique et Heaman présente avec perspicacité les tensions autour de la réforme de la taxation.

Pour l’Université de l’Ontario français

Avec deux lignes de son énoncé budgétaire, le gouvernement de Doug Ford a annoncé le 15 novembre dernier l’abolition de l’Université de l’Ontario français. Joint à la fermeture du Commissariat aux services en français, ce geste atteint les droits acquis des francophones de l’Ontario à l’éducation postsecondaire exclusivement dans leur langue, des droits qu’ils ont obtenus de haute lutte avec la création de l’Université le 1er juillet dernier. À notre connaissance, il s’agit d’un précédent dans le monde contemporain : pour la première fois, un État abolit une université pour des considérations budgétaires. Ce précédent remet en cause le rôle accordé au haut savoir et le maintien d’une communauté, principes au cœur même de notre vie en société

Au-delà de la simple préparation à l’emploi, une université est une institution cruciale dans toute communauté. C’est encore plus le cas si celle-ci est minoritaire. L’université, est un lieu d’émancipation et de responsabilisation. Grâce à la formation des personnes et au développement des connaissances, elle habilite les citoyens et les citoyennes à l’exercice de leurs droits. En étant en contact avec le haut savoir, il est possible de faire des choix éclairés et de contribuer pleinement à son épanouissement individuel comme collectif.

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