Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

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« Pas d’histoire, les femmes! » Réflexions critiques d’une historienne de l’accouchement

À propos du livre de Denis Goulet, Chronologie de l’histoire de l’obstétrique-gynécologie au Québec. [1]

Par Andrée Rivard, chargée de cours à l’Université du Québec à Trois-Rivières, chercheuse associée à la Chaire Claire-Bonenfant – Femmes, Savoirs et Sociétés

Le titre de ce texte reprend à quelques mots près celui d’un ouvrage de l’imparable Micheline Dumont, pionnière de l’histoire des femmes au Québec.[2] Il m’arrive de retourner à ses écrits lorsque j’ai besoin d’inspiration et quand je veux retrouver du courage pour, comme elle, continuer à « faire » l’histoire des femmes et la mettre en valeur dans un contexte qu’il m’arrive de trouver désespérant.

Cette réflexion est destinée à montrer, par un exemple représentatif, la persistance de la vision masculine du monde en histoire et à en souligner les effets sur la profession historienne et la société.

 

Présentation

L’ouvrage dont il est question dans cette note critique est celui de Denis Goulet, Chronologie de l’histoire de l’obstétrique-gynécologie au Québec, publié en 2017 par l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec (AOGQ) pour souligner ses 50 ans. Goulet était alors professeur associé et chargé d’enseignement à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal et professeur associé au département d’histoire de l’UQAM. Il a à son actif un nombre impressionnant de travaux relatifs à l’histoire de la médecine dont plusieurs livres portant sur l’histoire des hôpitaux, des facultés de médecine, des spécialités médicales et autres sujets connexes.

Les prescriptions normatives sur la sexualité féminine dans les pages du magazine Filles d’Aujourd’hui : déconstruction d’un discours tenace

Catherine Dumont-Lévesque, Université de Sherbrooke

La récente vague de dénonciations d’agressions sexuelles dans l’espace médiatique soulève plusieurs questionnements dans notre société, notamment sur la difficulté des survivantes à prouver devant la justice et devant l’opinion publique les abus subis. Le fait que la parole des femmes qui dénoncent soit systématiquement remise en question laisse supposer qu’il existe un réel problème à reconnaître qu’elles ne sont pas responsables de ce qui leur est arrivé. Cette polémique révèle qu’on s’attend toujours des femmes à ce qu’elles se comportent selon un idéal de pureté, faute de quoi, elles s’exposent de manière inévitable aux abus. Comme l’explique la journaliste et autrice E.J. Graff, le viol est toujours largement conçu comme une chose qui arrive aux femmes qui provoquent un homme et qui se montrent « trop » attirantes.[1] L’étude des chercheures Amy Grubb et de Emily Turner à propos de ce qu’elles appellent les « mythes du viol » révèle aussi que la responsabilité d’un viol ou d’une agression sexuelle est souvent attribuée aux survivantes elles-mêmes lorsque ces dernières dénoncent ce qu’elles ont subi.[2] Comme le démontrent ces autrices, le phénomène appelé « victim-blaming » a fait l’objet de nombreuses études féministes dans les dernières années, car ce dernier n’est pas anecdotique mais, au contraire, largement répandu. Cette tendance générale à faire porter le chapeau aux survivantes possède des racines historiques qui sont liées à deux choses : la représentation du désir féminin comme étant suspect et la pureté comme étant intrinsèque à l’expérience de la féminité. Cette récente prise de parole par les survivantes et la résistance rencontrée par leurs propos démontrent qu’il existe un réel malaise dans notre société à voir les femmes exprimer leur sexualité (et à en réclamer le contrôle). Les vives réactions suscitées par les nombreux témoignages dans l’espace public traduisent également l’idée selon laquelle les femmes sont entièrement responsables du désir qui est projeté sur elles, mais n’en éprouvent pas elles-mêmes. Si l’on souhaitait réellement faire l’histoire de ce discours qui oblitère le désir féminin, il faudrait remonter au moins jusqu’à la première moitié du 19e siècle au Québec. Pour cet article, j’ai choisi de présenter une partie des recherches que j’ai réalisées pour mon mémoire de maîtrise, et pour lequel j’ai étudié une revue québécoise pour adolescentes publiée dans la décennie 1980.

Cet article vise à analyser les discours sur la sexualité et la contraception chez les adolescentes québécoises durant la décennie 1980, par l’entremise du magazine Filles d’Aujourd’hui.[3] Force est de constater que ce qu’on peut lire dans cette revue tend toujours à effacer les besoins sexuels des jeunes femmes, tout en les responsabilisant face à la contraception, cette dernière réalité étant nouvelle pour cette génération de jeunes. À l’époque, Filles d’Aujourd’hui constitue une source d’informations inédite (et substantielle) sur les méthodes de contraception, le cycle menstruel et le fonctionnement des organes génitaux. Toutefois, ce qu’on y lit n’est pas entièrement en rupture avec les discours de la période qui précède l’avènement de la pilule contraceptive. Qu’il s’agisse de la modestie encouragée face à la sexualité ou de l’absence de représentations du désir féminin, les jeunes femmes sont toujours mises en garde contre les pulsions sexuelles des hommes et on considère qu’elles doivent attendre d’être plus âgées avant d’expérimenter les relations sexuelles.

Épisode 3: Silences, paroles et témoignages. Une lecture décoloniale des féminicides*

Par le Collectif – Voix silencieuses –

Pour écouter le podcast: https://soundcloud.com/polytechnique1989/esilence-paroles-et-temoignage?fbclid=IwAR3bCpn-nmX-9wkJH0OJRW4GmVkiUSN9cVIQc1rtRUhhGx9xLZhk8BX1W7U

Dans ce troisième podcast inédit qui a pour titre « Silence, Paroles et témoignage ». Nous partons du premier podcast sur Polytechnique : pourquoi est-ce si difficile d’en parler, trouver les mots, comprendre, rendre compte ? Puis, avec le deuxième podcast, nous constatons que la violence et les rapports de pouvoir, dans un contexte encore et toujours marqué par des rapports coloniaux, justifie le fait que – malheureusement – certaines vies comptent plus que d’autres. Dans le troisième balado, donc, en partant des conclusions des deux premiers, nous nous intéressons aux mécanismes de confiscation et de reprise de la parole. Qui est légitime pour parler ? Pourquoi est-ce souvent les mêmes qui sont entendus ? Pourquoi certaines paroles restent inaudibles ? Pour questionner les effets – mais aussi l’autorité – des témoignages dans la construction du récit, vous entendrez Célia Romulus, doctorante en science politique à l’Université de Queens, qui travaillent sur la question des récits post-conflits, et Annie O’Bomsawin Bégin, enseignante de philosophie au Cégep de Saint- Jérôme et membre de la communauté des Abénakis d’Odanak.

Ce 3ème épisode nous permet donc de comprendre les effets des violences structurelles et systémiques sur la parole et la construction des récits. Ainsi, Celia Romulus, Annie O’Bomsawin-Bégin et Emmanuelle Walter expliquent comment des témoignages existent déjà dans différents espaces discursifs sans qu’ils ne soient nécessairement écoutés ou entendus. Enfin, nos invitées nous montrent également comment le silence peut être porteur d’action et de résilience selon les contextes.

Nous remercions les éditions Mamamélis pour les droits des extraits issus de l’ouvrage Sister Outsider. Essais et propos d’Audre Lorde. Sur la poésie, l’érotisme, le racisme, le sexisme. Des textes traduits de l’américain par Magali C. Calise, Grazia Gonik, Marième Hélie-Lucas et Hélène Pour en 2003.

Nous remercions aussi Véronique Hébert d’avoir cédé gracieusement les droits sur sa magnifique pièce de théâtre « Oka ».

Ce projet a été réalisé par le collectif -Voix Silencieuses-

Montage technique : David Cherniak

Musique : Alexandra Negru

Voix Off: Margo Ganassa

Graphisme : Carl-Vincent Boucher – www.facebook.com/CRL.B.Design –

*Les podcasts du collectif ont été réalisés dans le cadre de la semaine de commémoration organisée l’année dernière pour les 30ans de l’attentat. Et le chantier sur l’antiféminisme du reqef a contribué financièrement.

Ta jupe est trop courte: sors de l’église… ou plutôt la classe

Par Mat Michaud, University of Glasgow

Je ne choquerai personne en disant que les sociétés occidentales ont, aujourd’hui et par le passé, tenté de contrôler l’apparence des femmes. Il est cependant plus difficile de convaincre que la rhétorique derrière cette gestion corporelle au 21e siècle ressemble presque en tout point à celle mise en œuvre par l’Église catholique québécoise du 19e siècle. Depuis plus d’une semaine déjà, l’actualité québécoise est traversée par cette seconde tentative d’élèves du secondaire de provoquer un changement quant à l’application des codes vestimentaires dans leur école. Cet évènement, et plus particulièrement la mise en exergue des codes adressés aux adolescentes, m’offre une occasion parfaite pour dresser les ressemblances entre ce mouvement et la gestion des corps des femmes par l’Église catholique il y a plus de 100 ans.

Recension : Sarah Beaudoin et Gabriel Martin. Femmes et toponymie : de l’occultation à la parité

Par Kathleen Durocher, Université d’Ottawa

Source: http://www.editionsdufleurdelyse.com/

Publié en 2019 aux éditions du Fleurdelysé, Femmes et toponymie paraît à une époque où l’enjeu de la parité homme-femme est dans l’air du temps. Parallèlement, la remise en question de la pertinence certains personnages masculins honorés dans l’espace public nous amène aussi à reconsidérer l’idée du mérite en ce qui a trait à la toponymie. Rédigé par Sarah Beaudoin, conseillère en communication, et Gabriel Martin, linguiste, une autrice et un auteur engagé.e.s dans différentes causes féministes, notamment liées à la toponymie[1], cet ouvrage assez bref de ses 125 pages est riche en contenu et en profondeur. Malgré l’intérêt grandissant pour la question, le travail de Beaudoin et Martin est le premier ouvrage offrant  un tour d’horizon de la place des femmes au sein de la toponymie québécoise. Cette publication s’intéresse à la fois aux aspects historiques et contemporains de cet enjeu ainsi qu’à ses avancées et défis à venir. De manière agile et efficace, ce livre nous offre une vue d’ensemble accompagnée d’exemples précis et concrets à l’appui. Au final, Femmes et toponymie offre une première monographie entièrement dédiée à cette problématique, une publication qui « représente un jalon, qui contribue à consacrer l’importance d’un enjeu parfois négligé. (p. 3) »

Pour ce faire, cet ouvrage se divise en cinq sections distinctes. L’historique de la parité toponymique au Québec se fait d’entrée de jeu (chapitre 1), suivi d’un inventaire de mythes et de réticences face à l’intégration accrue de noms féminins (chapitre 2) puis de la proposition d’une banque de toponymes potentiels et la Charte pour une toponymie paritaire (chapitre 3 et 4). Le tout se conclut par un épilogue féministe rédigé par Sarah Beaudoin.

La perspective historique présentée s’attarde à deux cas particuliers, Montréal et Sherbrooke. Ceux-ci illustrent les progressions et les défis rencontrés pour une plus grande prise en compte des femmes dans la toponymie québécoise. Sans remonter le long parcours de l’évolution toponymique en sol québécois, l’auteur et l’autrice soulèvent les progrès observés depuis les années 1980, en particulier dans la dernière décennie.

Dans « Montréal est-elle bien une femme? », l’auteur et l’autrice nous invitent à revoir l’histoire récente du débat entourant la parité toponymique à Montréal, principalement à partir de 2014 lorsque les conseillères Érika Duchesne et Valérie Plante se sont emparées du dossier. Le 375anniversaire de la Ville sert alors de contexte propice pour faire progresser la parité toponymique, notamment avec la banque Toponym’Elles qui voit le jour. Dès lors, Montréal « devient la première municipalité québécoise à s’attaquer vigoureusement et avec éclat à la question de la féminisation de sa toponymie (p. 19) ». D’autres projets s’ensuivent, par exemple avec les noms potentiels pour une éventuelle ligne rose dans le métro de Montréal. De plus, plusieurs noms de femmes se sont depuis ajoutés aux paysages urbains. 

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