Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

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Chercher l’absence des femmes

Par Adèle Clapperton-Richard, candidate à la maîtrise en histoire à l’UQAM et membre du comité éditorial, et Camille Robert, candidate au doctorat en histoire à l’UQAM et collaboratrice pour HistoireEngagee.ca

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Crédit: Pierre Guinoiseau (Flickr).

Le 20 octobre dernier à la Grande Bibliothèque, une table ronde s’est tenue avec, pour thème, « Les défis de l’historien dans l’espace public ». Le masculin « historien », dans ce cas-ci, ne visait pas seulement à « alléger » le texte. Il se concrétisait par le fait que quatre hommes – dont les deux organisateurs de cette table ronde – ont pris la parole, devant une salle comble, pour réfléchir aux enjeux de l’histoire et de ses usages hors de la sphère universitaire. Si une femme a eu accès à cette séance plénière, c’est parce qu’on lui en a confié l’animation. Il n’a été question, à aucun moment, des défis des historiennes, et particulièrement des historiennes des femmes, dans la diffusion de connaissances à un large public. En plein cœur du Mois de l’histoire des femmes, et au terme d’une semaine forte en prise de parole féministe, cette omission était frappante. Force est de constater que la célébration de ce mois est passée pratiquement inaperçue.

À l’occasion du 150e de la Confédération, le ministère de la Condition féminine du Canada nous invitait à souligner le Mois de l’histoire des femmes, en mentionnant qu’il s’agissait de « l’occasion pour tout le pays de reconnaître les pionnières d’ici et de célébrer les réalisations des Canadiennes de tous âges qui ont contribué à faire du Canada ce qu’il est aujourd’hui ». Avec le mot-clic #prendresaplace, on souhaitait alors « célébrer les réussites des femmes et des filles qui ont profondément marqué notre pays et qui ont mérité leur place dans les livres d’histoire ». Ici, il n’était pas question d’histoire des femmes, mais de certaines femmes. Face à l’absence totale des historiennes d’un débat sur « l’espace public » et à la célébration de certaines pionnières exceptionnelles, nous avons identifié une série de problèmes liés à la pratique et à l’utilisation de l’histoire des femmes qui, selon nous, freinent sa juste valorisation.

Rosie the Riveter et Ronnie the Bren Gun Girl : les racines historiques d’un symbole visuel genré

Par Sarah Van Vugt[1]

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Histoire et actualité de « Rosie »

Lorsqu’il est question des symboles nord-américains du féminisme, peu d’entre eux surpassent « Rosie the Riveter » en termes d’omniprésence et de popularité. Bien que les représentations de Rosie remontent à la Deuxième Guerre mondiale, celles-ci demeurent des référents facilement reconnaissables et puissants. Lorsque Rosie est aujourd’hui mentionnée, la plupart des gens pensent à l’affiche « We Can Do It ! » crée par l’artiste J. Howard Miller et accrochée brièvement dans les usines de l’entreprise Westinghouse : une jolie femme en uniforme de travail y était représentée, les manches retroussées, le bras levé et le poing fermé. Il est évident que cette image spécifique de Rosie demeure familière et est constamment réinventée. Il suffit, à titre d’exemple, d’entrer le mot-clic #wecandoit n’importe quel jour sur Instagram, et il est garanti que vous trouverez bon nombre de photographies de personnes personnifiant Rosie, s’habillant comme elle, prenant sa pose emblématique ou portant des accessoires lui étant associés tels que son bandana rouge à pois blancs. Plusieurs produits dérivés ont aussi fait leur apparition au fil du temps, notamment ce baume à lèvre que j’ai récemment reçu en cadeau.

Pour bien comprendre le sens d’images historiques, il est particulièrement important de saisir le contexte dans lequel elles ont été produites : à qui s’adressaient-elles, qui les a réellement vues et qu’ont-elles représenté pour celles et ceux qui les ont consultées. De plus, il faut considérer ce que vous pensez percevoir, quand vous regardez l’image[2]. Dans ce texte, je souhaite analyser un certain nombre d’images historiques avec l’objectif de fournir un contexte valable pour une interprétation moderne de leur symbolique. Une version revisitée de l’affiche « We Can Do It ! », réalisée par Abigail Gray Swartz et intitulée « The March », a récemment servi de couverture à l’édition du 6 février 2017 du New Yorker[3]. On pouvait y voir une Rosie présentée sous les traits d’une femme noire portant un chapeau tricoté en laine rose. Le chapeau est devenu un symbole controversé des récentes marches pour les femmes du 21 janvier 2017. Évoquant le pouvoir collectif des femmes à organiser et à faire le changement de même que l’importance d’une approche intersectionnelle au féminisme, l’image reprenait, à bien des égards, le symbolisme déjà présent dans la version de Miller : expression confiante et déterminée, manches retroussées et poing levé[4]. L’image du New Yorker a également conservé d’autres éléments visuels originels tels que les couleurs, notamment le jaune vibrant et le marine du fond, le bleu de la chemise de Rosie et le rouge de son vernis à ongles.

« Femmes, genre et régulations sociales » : retour sur la journée d’étude du 20 novembre 2015

Par Camille Robert, étudiante à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Montréal, assistante de recherche au Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS)[1] et collaboratrice pour HistoireEngagee.ca

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Affiche de la journée d'étude.

Affiche de la journée d’étude tenue par le Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS) à l’Université du Québec à Montréal le 20 novembre 2015.

Le 20 novembre 2015, le Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS) tenait une journée d’étude à l’UQAM, qui visait à penser le genre, la situation des femmes et de la famille à travers le cadre analytique des régulations sociales. Il s’agit d’une approche qui « tente de saisir les processus de transformation historique en accordant une place privilégiée à l’étude des cadres normatifs qui structurent la vie sociale, à commencer par l’État, les institutions et le droit »[2]. Le cadre des régulations sociales permet donc d’envisager le conflit social à la fois dans une dynamique d’imposition et de résistance, puis de le considérer comme moteur de changement historique[3].

Cette journée faisait suite à l’événement L’École comme institution des régulations sociales, qui, en mars dernier, avait favorisé les échanges et les réflexions communes sur une thématique reliant les intérêts de recherches des professeur-e-s, des étudiants et des étudiantes du CHRS. Organisée par Anne-Marie Buisson et moi-même, la journée « Femmes, genre et régulations sociales » a permis de rassembler des chercheuses et chercheurs en histoire, en science politique, en criminologie et en études féministes. Reprenant une formule ouverte et expérimentale, plusieurs intervenantes ont pu y exposer des questionnements de recherche et des pistes de réflexion.

Infuser le féminisme par l’université : retour sur le colloque « Sexe, amour et pouvoir : il était une fois à l’université »

Par Adrien Rannaud, candidat au doctorat en études littéraires à l’Université Laval

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L'affiche du colloque, une création de Mireille Laurin Burgess.

L’affiche du colloque, une création de Mireille Laurin Burgess.

C’est en 2012 qu’Yvon Rivard fait paraître Aimer, enseigner, essai qui, selon l’auteur, agit doublement comme traité sur l’enseignement et comme manifeste pour une nouvelle relation professeur-élève. Citant l’écrivain et philosophe Georges Steiner, Rivard écrit dès les premières pages : « Éros et enseignement sont inextricables. Les modulations du désir spirituel et sexuel, de la domination et de la soumission, l’interaction de la jalousie et de la foi, sont d’une complication, d’une délicatesse qui défie l’analyse exacte »[1]. L’auteur pointe à la fois le système basé sur la course aux subventions de recherche qui éloigne le professeur de son métier de transmission du savoir, mais aussi la relation floue, complexe, sublimée et sublimante entre le professeur et l’étudiant. A posteriori, le livre de Rivard, dont on dépasse rapidement les visées parfois moralisatrices, porte les mêmes questionnements que le printemps étudiant. Aimer, enseigner met en lumière le péril de l’institution universitaire par un biais moins commenté, plus tabou, et qui reconduit sur bien des points la réflexion sur les rapports de pouvoir entre hommes et femmes.

L’étude des rapports sociaux de sexe dans l’histoire ne peut se faire sans problématisation

Par Marie-Hélène Brunet, candidate au doctorat au département de didactique à l’Université de Montréal et chargée de cours[1]

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Dans le cadre de la consultation publique en cours, nous tenons à exprimer notre opinion en nous penchant plus spécifiquement sur la question de la place des femmes dans le programme.

Le document de consultation semble se contredire sur l’apport de l’histoire sociale à l’histoire nationale. Certaines sections laissent croire que ces deux types d’histoire vont de pair, alors qu’ils semblent s’opposer ailleurs dans le document. Cela ne laisse pas envisager une réelle intégration de la « complexité de l’histoire ». Par exemple, à la page 17, on oppose le « cadre national » à « d’autres fils conducteurs comme la transformation des classes sociales ou celle des rapports sociaux de sexe » comme si les deux choses s’opposaient. Femmes et autres minorités peuvent et doivent en effet s’insérer dans l’histoire nationale.

Nous saluons la volonté des auteurs de ce document (p. 15 et p. 17) de faire une place, dans les contenus, aux « rapports sociaux de sexe ». Nous sommes en accord avec le fait que la structure actuelle est « peu cohérente » (p. 17), mais nous ne croyons toutefois pas que les solutions proposées puissent satisfaire les justes attentes exprimées par les auteurs du rapport.

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