Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Histoire culturelle Page 2 of 4

Louis Cyr, ou le pari de l’histoire. Compte-rendu du film « Louis Cyr : l’homme le plus fort du monde » (2013) du réalisateur Daniel Roby

Par Marc-André Robert, candidat au doctorat en histoire à l’Université Laval[1]

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Plusieurs critiques l’ont souligné, Louis Cyr: l’homme le plus fort du monde prend l’affiche au grand écran à un moment tout désigné où, ironiquement, le cinéma québécois a grand besoin d’être soulevé, d’être sauvé[2]. Les piètres recettes des productions québécoises lors des deux dernières années ne laissaient planer aucun doute; l’espoir suscité par cette sortie tant attendue se voulait à la hauteur de la légende qu’incarne Louis Cyr dans notre histoire. Double pari donc que celui de convaincre le public de préférer une (méga)production québécoise à la horde de blockbusters fraîchement sortis d’Hollywood (et pendant la saison estivale, rien de moins!) et de rendre justice à la mémoire de cet homme fort, de ce héros canadien-français. À la lumière des éloges qui ne cessent de l’accueillir[3] ainsi que de sa deuxième place au box-office pour l’ensemble du weekend de sa sortie (389 198 dollars), devancé à peine par la comédie américaine Grown Ups 2 (466 060 dollars)[4], on peut certainement féliciter ce pari (risqué) somme toute réussi. Du moins jusqu’à maintenant.

Louis Cyr et Horace Barré, respectivement interprétés par Antoine Bertrard et Guillaume Cyr. Cliquez ici pour visualiser la bande-annonce du film.

Louis Cyr et Horace Barré, respectivement interprétés par Antoine Bertrand et Guillaume Cyr. Cliquez ici pour visualiser la bande-annonce du film.

 

Sur les épaules d’un géant : entretien avec Hugo Girard autour de Louis Cyr et de la tradition de la force au Québec*

Par Pascal Scallon-Chouinard, doctorant en histoire à l’Université de Sherbrooke, et Mathieu St-Hilaire, historien et journaliste pigiste[1]

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Hugo Girard et son fils, Tyler Girard

Hugo Girard est sans contredit une figure marquante de l’espace sportif et culturel du Québec. Reconnu comme l’un des hommes les plus forts de la planète, il a une force et un caractère qui lui ont permis de s’illustrer dans des compétitions nationales et internationales. Son parcours est d’ailleurs impressionnant : finaliste, de 1998 à 2003, à la compétition du World Strongest Man; homme le plus fort du Canada de 1999 à 2004; homme le plus fort de l’Amérique du Nord de 2000 à 2001; champion du Wolrd Muscle Power de 1999 à 2000 (Écosse) et de 2001 à 2004 (Canada); champion du monde IFSA lors des Supers-Séries de 2002; détenteur de plusieurs records canadiens de dynamophilie, etc[2]. Dans la foulée de la sortie du film Louis Cyr (2013), il nous semblait intéressant et pertinent de nous entretenir avec celui qui a souvent été surnommé le « Louis Cyr des temps modernes ». Cette rencontre avait pour objectifs, d’une part, d’en apprendre un peu plus sur Hugo Girard lui-même, sur ses réalisations et sur son parcours sportif; d’autre part de voir les traces qui peuvent subsister, aujourd’hui, de Louis Cyr et de sa « légende ». L’histoire et la tradition ont-elles une place dans la pratique contemporaine des sports de la force ?


Girard, tout d’abord bonjour, et merci d’avoir accepté notre proposition d’entrevue. Vous avez commencé à vous entrainer très tôt dans votre jeunesse. Qu’est-ce qui a déclenché cette passion pour l’entrainement et pour la force? Aviez-vous des motivations précises dès votre jeune âge, et quel support avez-vous reçu de votre entourage familial et sportif?

Les Héros du samedi était une émission de Radio-Canada qui s’intéressait aux jeunes athlètes du pays et qui en présentait les exploits.

Moi, ce n’est pas compliqué, mon père s’entrainait. À l’âge de 5 ans, j’ai eu mes premiers haltères et je faisais les mouvements que lui faisait. Mon père, à mes yeux, c’était le plus fort. Il était costaud, c’était mon idole. Un peu plus tard, je lisais des bandes dessinées, et les personnages étaient musclés et très forts. Dans ma tête d’enfant, je m’imaginais être un superhéros; je m’imaginais être doté d’une force surhumaine et d’un physique impressionnant. Puis, à l’âge de douze ans, j’ai vu une compétition d’hommes forts à la télévision, c’était aux Héros du samedi, et à partir de ce moment-là, c’était ça… Je suis allé voir ma mère et je lui ai dit qu’un jour j’allais être l’homme le plus fort du monde.

La saga des héritiers de Louis Cyr

Par Serge Gaudreau, historien

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Introduction

Louis Cyr. Image tirée de l'ouvrage Les rois de la Force d'Edmond Desbonnet, p. 465.

Louis Cyr. Image tirée de l’ouvrage Les rois de la Force d’Edmond Desbonnet, p. 465.

Il y a un peu plus d’un siècle, le 10 novembre 1912, Louis Cyr s’éteignait. La mort de celui qui, à son apogée, était considéré comme l’homme le plus fort au monde, survient au cœur d’une période creuse pour les concours d’haltérophilie qui peinent à intéresser le public. Loin de ranimer la ferveur, la rivalité entre ceux qui se proclament ses héritiers contribue au contraire à accélérer la disparition de cette fragile tradition qui se confirme au cours des années 1920[1].

Une petite page d’histoire se tourne au cours de l’année 1900 alors que le célèbre Louis Cyr annonce publiquement qu’il renonce à son titre de champion du monde des hommes forts pour le céder à son ami et compagnon de tournée, Horace Barré[2].

Champion du monde des hommes forts ! Le titre paraît prétentieux. Pourtant, Cyr le revendique avec une légitimité qui est reconnue non seulement dans le pays où il a vu le jour, le 10 août 1863, mais également aux États-Unis et en Angleterre où il a eu la chance de faire la démonstration de sa puissance[3].

Noël nouveau : construction, déchristianisation et modulation de la symbolique d’une fête

Philippe Volpé, candidat à la maîtrise en histoire à l’Université Laval

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Hé! Regarde-moi donc ça : une pomme, deux oranges, une poignée de Klondykes, deux dix cents puis 5 cents en cents. Non, mais ça se peut-y-ça? Juste pour moi? Hé pis le matin de Noël à part de ça! […] Ça, c’est d’être heureux! Merci mon Ti-Jésus. […]

Représentation de Santa Claus parue dans le Montreal Illustrated en 1894. (Les collections de BAnQ)

Représentation de Santa Claus parue dans le Montreal Illustrated en 1894. (Les collections de BAnQ)

Par ces paroles, Nestor, personnage créé par l’acteur et le chanteur québécois Claude Blanchard, exprime bien ce que nombre de nostalgiques envient à un soi-disant Noël d’antan. Un Noël qui, selon eux, était bien éloigné de la commercialisation que la société moderne a faite de cette fête. Une commercialisation qui, toujours selon leurs dires, aurait détourné Noël des «vraies» valeurs traditionnelles et l’aurait amené à devenir synonyme d’abondance. Cela dit, ces derniers devraient toutefois se détromper puisque, comme l’affirmait le sociologue et historien Julien Massicotte dans l’une de ses chroniques du journal Le Madawaska en 2011, il est faux de croire que cet encouragement à la consommation qui prend place autour de la fête de Noël est de création récente.

C’est en effet au cours du deuxième quart du 19e siècle que la création d’un Noël nouveau et qu’une réinvention de la tradition s’est opérée par le biais de la presse et des marchands du temps. Comme le soutient le sociologue Jean-Philippe Warren dans son ouvrage Hourra pour Santa Claus!, cette modulation qu’a subie la fête de Noël s’est forgée autour de deux batailles au Canada français. D’une part, Noël en est venu à supplanter le jour de l’An comme fête par excellence des Canadiens français. D’autre part, «Santa Claus» s’est substitué au «petit Jésus» comme pourvoyeur des étrennes et comme figure emblématique du temps des fêtes.

Pour une histoire totale… et culturelle*

Alex Tremblay

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Marc Bloch

L’idée n’a  rien de nouveau. Déjà, au début du XXe siècle Marc Bloch et Lucien Febvre plaidaient pour une histoire totale, une histoire sortant de l’événementiel qui saurait permettre une compréhension globale d’une époque. Il importait que l’histoire soit  aussi sociale et économique, et non plus seulement politico-militaire. Or, je soutiens qu’il ne faut pas seulement s’en tenir à ces dimensions, mais bien élargir les champs d’action de l’historien.

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