Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Histoire des femmes Page 2 of 10

Le travail des aides familiales au Canada

Affiche par le Collectif Kwenton Bayan

Texte par Ethel Tungohan

Traduction par Laure Henri

Au mois de janvier 2017, le Graphic History Collective (GHC) a lancé Remember | Resist | Redraw: A Radical History Poster Project, un projet destiné à offrir une perspective artistique et critique aux conversations entourant Canada 150. Le projet a continué en 2018 et 2019, et est toujours en cours aujourd’hui.

La troisième affiche du projet aborde avec une perspective historique les réalités et les conditions des travailleuses domestiques et des aides familiales au Canada, qui sont principalement des femmes racisées et vivant dans des conditions précaires. Elle montre que ces femmes s’organisent et luttent pour la reconnaissance de leurs droits.

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Les familles canadiennes ont toujours dépendu de l’aide des travailleuses domestiques. Avant la Confédération, des femmes autochtones et des femmes noires ont été utilisées comme esclaves par de nombreuses familles; après la Confédération, ce sont des femmes recrutées outre-mer par le gouvernement canadien qui ont été employées comme domestiques, et, en raison des politiques coloniales blanches du gouvernement, ce recrutement se faisait surtout en Grande-Bretagne et dans l’Europe de l’Est – les femmes de ces régions étaient considérées comme des « mères de la nation ». Au contraire de ces domestiques blanches – à qui ont octroyait la citoyenneté –, celles qui arrivèrent au Canada en provenance des Caraïbes dans la première moitié du XXe devaient être soit parrainées individuellement par des familles canadiennes ou issues du « Programme concernant les employées de maison antillaises » – (Caribeean Domestic Scheme ou CDS). Dans le cadre des deux premières itérations de ce programme, qui ont eu lieu respectivement de 1910 à 1911 et de 1955 à 1966, les domestiques antillaises étaient considérées par le gouvernement comme des « servantes » bénéficiant de la « générosité » canadienne. La plupart des participantes à la première version du programme furent déportées à la fin de leur contrat tandis que, la seconde fois, on a permis à certaines d’entre elles de soumettre une demande de résidence permanente lorsqu’elles avaient travaillé pour leur employeur pendant une année entière.

Des poussières et des femmes : Santé, militantisme et rapports de genre lors de la grève de Thetford Mines (1975)

Par Sandrine Labelle, Université du Québec à Montréal

Le 18 mars 1975, 3000 travailleurs des mines d’amiante de la région de Thedford Mines déclenchent une grève. Les enjeux principaux du conflit sont les risques environnementaux et sanitaires que pose l’exposition à la poussière d’amiante pour les travailleurs. Cette grève est marquée par l’importante mobilisation des épouses de mineurs. Elles s’organisent notamment à travers le Comité des femmes d’appui aux mineurs (CFAM). L’analyse des activités du CFAM permet de mieux comprendre la manière dont ces militantes politisent leur expérience en tant que femmes d’ouvrier au cours de cette lutte. Cet article met en lumière les préoccupations propres à ces femmes d’ouvriers et vise à cerner les motifs qui les amènent à se mobiliser. Il souhaite également valoriser le travail de ces femmes qui, par leur militantisme, réinterprètent le sens de leur identité féminine et ouvrière. Ainsi, elles se positionnent comme des actrices clés de leur communauté.

Mots-clés : Thetford Mines; militantisme féminin; grève; femmes; mines; amiante; santé; rapports de genre; familles ouvrières

Chronique d’archives. Entre colonialisme et adaptation : les récits d’infirmières canadiennes et américaines en milieux autochtones (1930-1970)

Par Myriam Lévesque, candidate à la maîtrise en histoire, Université Laval

The nurse, Nan Gallagher, on St. Lawrence Island, (Elinor D. Gregg, «A Federal Nursing Service above the Arctic Circle», The American Journal of Nursing, Vol. 36, No. 2, 1936, p. 131-132)

Les années 1930 marquent, aux États-Unis, la mise en place par le Bureau des Affaires indiennes (BAI) d’un nouveau programme en matière de services médicaux pour les populations autochtones. Largement influencée par la publication du Meriam Report[1], l’administration augmente les services en matière d’assistance médicale, privilégie l’éducation en santé publique et accroît le nombre d’infirmières sur le terrain, en particulier dans les régions excentrées[2]. La réforme est caractérisée par deux objectifs clairs : tout en souhaitant l’amélioration globale de la santé dans les communautés, le BAI souhaite se départir de ses prérogatives envers elles et vise leur assimilation et leur intégration.

Près de deux décennies plus tard, au Canada, ce même rapport influence la réorganisation et l’expansion du « Service de santé des Indiens » (Indian Health Services) au lendemain de la Seconde Guerre mondiale[3]. En misant principalement sur la prévention et l’éducation en santé publique, le Service vise à atteindre les régions éloignées et nordiques auparavant non desservies[4] et s’appuie ainsi essentiellement sur le travail de médecins itinérants et d’un nombre important d’infirmières ambulantes et saisonnières[5]. En ce sens, les infirmières américaines et canadiennes, dans un intervalle de quelques années, occupent une place centrale dans ces stratégies coloniales qui surpassent les frontières, où elles deviennent des représentantes médicales de première ligne auprès des populations locales. Tout en fournissant l’essentiel des soins, elles favorisent néanmoins aussi leur assimilation. Si cette stratégie coloniale change de voie aux États-Unis à partir des années 1950, elle est maintenue au Canada jusqu’à la fin des années 1970.

Une histoire des femmes et de la musculation*

Par Dr. Conor Heffernan, University College Dublin

“Immersed in a cultural moment in which it may seem that strong women are more celebrated than ever, are women in fitness in fact bursting into weight rooms, packing on plates, cranking out sets, feeling the thrills and benefits of tight skin stretched across bulging, growing muscles?

Or do many women hold back on weights so as to negotiate what might be termed a culturally produced glass ceiling – or upper limit – on their muscular strength?[1]

Shari Dworkin and Michael Messner, 1999.

Dans un article publié en 1999, les sociologues Shari Dworkin et Michal Messner ont jeté la lumière sur un enjeu qui semble aller de soi, mais qui n’est finalement que rarement abordé de front : la nature controversée de la place des femmes dans la musculation et la culture de l’entraînement en salle. Des articles précédemment publiés sur le site web américain BarBend, plus spécifiquement sur l’émergence d’une culture de l’entrainement physique vers la fin du 19e siècle et au début du 20e, ont montré l’attrait grandissant de la musculation pour les hommes. Il s’agit là d’un contraste frappant avec une expérience féminine qui tarde à se matérialiser, particulièrement dans les domaines de la musculation, de l’haltérophilie et du culturisme.

Les premières formes officielles de « strenght sports » féminins arrivent avec la dynamophilie en 1978 alors que les femmes compétitionnent pour la première fois aux World Weighlifting Championships en 1987. Quant aux spectacles de culturisme, quoique les femmes peuvent y participer pour la première fois en 1977, le premier événement strictement féminin « World’s Strongest Woman » n’a vu le jour qu’en 1997.  À la même époque, seul CrossFit annonce des compétitions à la fois masculines et féminines. En raison de la conception que la société se fait du corps des femmes, l’émergence de compétitions féminines a été lente, en dépit des progrès importants accomplis par une quelques pionnières. L’article d’aujourd’hui  cherche donc à retracer un pan de l’histoire de ces athlètes féminines, précurseures dans un sport traditionnellement réservé aux hommes, afin de mieux comprendre la généalogie dans laquelle s’inscrivent les athlètes contemporaines.

La figure d’Émilie Bordeleau: reflet de la condition des institutrices rurales?

Par Annick Desmarais, étudiante en histoire,  Université du Québec à Montréal

Le roman et la série les Filles de Caleb d’Arlette Cousture ont empreint l’imaginaire collectif d’une image forte d’une institutrice rurale avant-gardiste et passionnée. Mais le personnage d’Émilie Bordeleau est-il représentatif de toutes les institutrices rurales de la fin du 19e et début 20e siècle ? Dans cette capsule audio, Annick Desmarais s’est penchée sur le contexte historique entourant ces institutrices en explorant l’école de rang, leurs conditions de vie et de travail, l’enseignement par les femmes mariées et leur militantisme.

Les maitresses d’école étaient des personnages importants dans leur communauté et leur conduite se devait d’être irréprochable. Elles jouaient plusieurs rôles – directrice, concierge, surveillante, cuisinière et enseignante à une classe d’enfants de la première à la septième année –, sans compter les multiples services pouvant lui être demandés par la communauté. Elles vivaient bien souvent seules à même l’école et le soir, éclairées à la lampe à l’huile, corrigeaient et préparaient les leçons.

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