Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Histoire noire Page 2 of 3

Quel est le problème avec un chèque? Un appel pour des réparations pour l’esclavage au Canada

Par Anthony Morgan, avocat spécialiste en droits civils[1]

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3 octobre 1782. La Gazette de Québec, p. 2. Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Pour la première fois depuis longtemps, le sujet des réparations pénètre le discours politique ambiant. Plusieurs candidat.e.s à la présidence américaine pour 2020—incluant Kamala Harris, Beto O’Rourke, Elizabeth Warren et Bernie Sanders—ont développé une position sur l’enjeu des réparations pour les Afro-américain-e-s. Chacun d’entre eux, sauf Warren, ont contesté le concept même de réparations, principalement à cause de l’incertitude et des suspicions entourant la mécanique derrière l’idée de fournir des réparations à des individus et des familles. Par exemple, dans une entrevue récente, alors qu’on lui demandait s’il supporte l’idée des réparations, Sanders a répondu « Yeah—but not if it means just a cash payment or a check to families. I would not support that. »

Au Canada, très peu de réflexions ont porté sur la question des réparations. En effet, le pays n’a pas encore entamé de réelle réflexion quant à sa participation dans l’esclavage pernicieux des peuples africains à l’intérieur de ses frontières contestées. Il est donc temps que nous adressions la question de l’implantation d’un plan de réparations pour les Afro-canadien.ne.s descendant.e.s d’esclaves.

Black Earth Rising : il y a eu un génocide contre les Tutsi, mais…

Par Sandrine Ricci, candidate au doctorat en sociologie et chargée de cours (UQAM), autrice de Avant de tuer les femmes, vous devez les violer ! Rapports de sexe et génocide des Tutsi (2014, Syllepse) et Lisa Ndejuru, candidate au doctorat en études interdisciplinaires (Université Concordia) et boursière John F. Lemieux fellowship en études sur le génocide et les droits de la personne.

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Black Earth Rising, Netflix

Black Earth Rising, Netflix

Alors que s’amorcent les activités visant à commémorer le 25e anniversaire du génocide des Tutsi du Rwanda, des discours révisionnistes circulent, au Québec comme ailleurs, et il est parfois difficile de les détecter. Diverses voix critiques s’indignent par exemple au sujet de la série Black Earth Rising diffusée sur Netflix (titre en français : Passé sous silence). Ce thriller judiciaire véhiculerait, en creux, une thèse révisionniste : celle d’un double génocide qui aurait atteint symétriquement Tutsi et Hutu. À l’instar de l‘expression « génocide rwandais », on peut reprocher à cette thèse de poursuivre l’objectif d’effacement inhérent au projet génocidaire dont il importe de rappeler qu’il visait spécifiquement les Tutsi en raison de cette identité abusivement établie comme « ethnique » par le pouvoir colonial.

« Protests and Pedagogy » : La commémoration de l’occupation étudiante de 1969 à Concordia

Par Amanda Perry, doctorante en littérature comparée à la New York University

Source: Concordia University Records Management and Archive (1074-02-037).

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Qu’est-ce que cela veut dire quand une institution commémore ses propres échecs? Cette question était l’une des principales de la série d’évènements « Protests and Pedagogy » qui a eu lieu à l’Université Concordia du 29 janvier au 11 février 2019. Les dates de la programmation elles-mêmes étaient très significatives : elles correspondaient exactement aux jours de l’occupation du centre informatique par des centaines d’étudiants.es il y a cinquante ans, une occupation menée par des étudiants.es antillais.es ayant accusé un professeur de racisme et reprochant à l’université de n’avoir pas suffisamment répondu à leurs plaintes.  Bien que l’université impliquée ait changé de nom, de Sir George Williams à Concordia, les bâtiments restent les mêmes. Le 4th space, la salle d’exposition où la plupart des évènements de « Protests and Pedagogy » étaient organisés, est directement en face de l’édifice Hall, dont la façade apparaît sur presque toutes les photos de l’occupation. Sur quelques-unes d’entre elles, les étudiants.es apparaissent à travers les fenêtres du neuvième étage brandissant les poings iconiques du Black Power, ou simplement fumant des cigarettes et bavardant. Sur d’autres, une quantité immense de cartes perforées tombent en cascade vers le sol, jetés par les manifestants.es après avoir appris que l’administration avait annulé les négociations et appelé la police antiémeute pour les arrêter.

Enfin, il y a des photographies de fumée et de vitres cassées qui rappellent le feu mystérieux qui a mis fin à l’occupation le 11 février. Un geste radical des étudiants.es pris.es au piège par les autorités, ou une tactique policière pour les faire sortir qui risquait de les tuer pendant qu’ils et elles étaient barricadés.es dans le centre informatique? Personne n’a été reconnu coupable d’avoir provoqué l’incendie, mais en raison des dégâts, « l’affaire Sir George Williams » a mérité le titre de manifestation étudiante la plus coûteuse de l’histoire canadienne. La réaction de la foule en dehors du bâtiment, qui a commencé à scander « Let the n****** burn », « Laisse les n***** brûler », reste un des chapitres les plus infâmes dans l’histoire du racisme anti-noir de ce pays. Par la suite, 97 étudiants.es ont été arrêtés.es, et après un procès, plusieurs des étudiants.es antillais.es ont été renvoyés.es dans leurs pays d’origine sans la possibilité de terminer leurs études. Les répercussions de cette affaire aux Caraïbes ont dépassé le sort de quelques individus : le Canada se voyait accusé de racisme et d’impérialisme économique, tandis que le procès de dix étudiants.es de Trinidad-Tobago contribuait à l’éruption des manifestations du « Black Power » de 1970 qui ont presque fait tomber le gouvernement trinidadien.

Les congrès internationaux des écrivains et artistes noirs (1956 et 1959)

Par Adeline Darrigol, chercheuse associée au Laboratoire 3L.AM de l’Université du Maine

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Les participant.es au premier congrès de 1956.

Du 19 au 22 septembre 1956 s’est tenu à Paris le premier Congrès international des écrivains et artistes noirs, sous l’initiative d’Alioune Diop, Directeur de la revue Présence Africaine[1]. C’est dans l’amphithéâtre Descartes de l’Université de la Sorbonne que s’est rassemblée une soixantaine de délégués venus d’Afrique, d’Amérique, de Madagascar et des Caraïbes. On notait la présence de personnalités telles que Richard Wright (États-Unis), Jean Price Mars (Haïti), Marcus James (Jamaïque), Jacques Rabemananjara (Madagascar), Aimé Césaire, Frantz Fanon et Édouard Glissant (Martinique), Léopold Sédar Senghor et Cheikh Anta Diop (Sénégal) ou Amadou Hampâte Bâ (Mali). Dans l’assistance, se trouvaient aussi de nombreux étudiants noirs résidant en France. La similitude de leur situation et l’identité de leur sort face à l’Occident liaient les participants. Ces points communs créaient une certaine fraternité entre eux. Dans son discours d’ouverture, Alioune Diop a affirmé : « l’événement dominant de notre histoire a été la traite des esclaves. C’est le premier lien entre nous […]. Noirs des États-Unis, des Antilles et du continent africain […], nous avons ceci d’incontestablement commun que nous descendons des mêmes ancêtres[2] ».

Recension de l’ouvrage de Robyn Maynard, Policing Black Lives : State Violence in Canada from Slavery to the Present

Par Pierre Cras, historien, docteur en civilisation américaine et chargé d’enseignement à l’Institut Catholique de Paris (ICP)

Féministe intersectionnelle et intellectuelle, Robyn Maynard milite depuis une dizaine d’années au sein de la sphère activiste canadienne. Elle a notamment participé à la création du groupe militant « Montreal Noir » qui lutte contre le racisme envers les populations noires du Québec et est très engagée contre les violences policières et le profilage racial. Robyn Maynard est régulièrement invitée à s’exprimer sur ces problématiques dans nombre de médias locaux et nationaux.

Dans son dernier ouvrage publié fin 2017, Policing Black Lives: State Violence in Canada from Slavery to the Present, elle analyse les éléments constitutifs d’une violence d’État envers les Noirs.es qui se manifeste à travers des dynamiques économiques, politiques, judiciaires et éducatives et contredit de facto le mythe tenace d’une société canadienne unie autour d’un idéal multiculturel. Source précieuse pour quiconque s’intéresse à la question afro-canadienne, Policing Black Lives vient combler un manque dans l’historiographie du pays qui, hormis de rares exceptions, n’a laissé que peu de place aux voix des Noirs.es. La démarche adoptée par l’auteure se situe à mi-chemin entre travail de recherche et manifeste militant. Robyn Maynard s’inscrit de ce fait dans la lignée de l’historienne Dorothy Williams qui, dès 1986, pointait déjà du doigt l’absence d’études universitaires canadiennes sur les spécificités de la question noire canadienne dans son livre Blacks in Montreal : 1628-1986.

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