Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Histoire universitaire Page 2 of 3

Où sont-elles ?

Par Andrée Lévesque, professeure émérite du département d’histoire de l’Université McGill

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Bédard, Éric, Histoire du Québec pour les nuls

La synthèse historique L’Histoire du Québec pour les nuls, écrite par l’historien Éric Bédard, a été publiée en 2012 dans la collection grand public « Pour les nuls » des Éditions First. Sa publication a suscité divers débat, notamment sur la place qui est accordée à l’histoire des femmes. 

Sur ma page Facebook, j’ai partagé la référence à l’échange entre Micheline Dumont et Éric Bédard dans Le Devoir au sujet de la présence des femmes dans L’Histoire du Québec pour les nuls. Le jour même, mon amie Gratia O’Leary m’a envoyé ce message : « Très désagréable impression de règlement de compte en lisant les deux textes. Comme lecteurs et lectrices nous méritons que vous ayez une polémique d’universitaires, aussi valables l’une que l’autre, de plus haut niveau. » Son commentaire m’a fait réfléchir: si les questions historiographiques ennuient généralement le grand public, il se trouve des gens qui s’intéressent à nos polémiques et nous leur devons des explications.

Ce livre fait partie d’une collection qui, depuis une dizaine d’années, a publié des douzaines d’ouvrages sur des sujets allant du Yoga pour les nuls à la Ve République pour les nuls, dont la lecture, si j’en juge par son site internet, saura vous « faire briller en société ». Cette collection se veut avant tout didactique et accessible à un large lectorat, comme en témoignent certains paragraphes agrémentés d’une icône qui dit : « Le saviez-vous ? », « Anecdote », « Chez nos voisins » pour contextualiser, ou simplement « Portrait » et « Date clé ».  Cette synthèse doit composer avec toutes les contraintes du genre : limite du nombre de mots, absence de référence, style animé et pas trop docte.  L’auteur a bien rencontré ces exigences et on doit admirer le courage de toute personne qui accepte de rédiger une synthèse qui, pour un historien habitué aux monographies, est un ouvrage difficile entre tous. Difficile non seulement pour les contraintes éditoriales, mais parce que toute histoire repose sur des choix, souvent déchirants, toujours politiques.

Le rapport Bédard et notre communauté politique

Par Martin Petitclerc, professeur au département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)

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Il est rare – et je suis de ceux qui le regrettent — que les débats entre historiens aient une résonance dans l’espace public. C’est pourquoi je profite de l’occasion pour intervenir dans un débat, soulevé dans l’espace public par le rapport d’Éric Bédard et de la Coalition pour l’histoire, sur l’importance du savoir historique universitaire pour la définition de notre communauté politique.

J’aimerais insister sur la thèse, avancée par Bédard et d’autres par la suite, affirmant qu’une réflexion sur notre communauté politique serait la chasse gardée d’une histoire politique plus ou moins réduite à l’étude des « personnes et des événements importants ». C’est cette thèse qui, me semble-t-il, est le cœur du problème, en alimentant les débats depuis quelques jours. Pour bien comprendre ce problème, il faut toutefois revenir à la nature même du rapport en question.

Cessons nos luttes fratricides

Par Rémi Bouguet, Camille Gislard, Gina Pilote, Alex Tremblay Rémi Turner, étudiant à la maîtrise en histoire à l’Université Laval, Marie-Ève Lajoie, Anthony Savard-Goguen, étudiants au baccalauréat en sciences historiques et en études patrimoniales à l’Unversité Laval, et Samuel Venière, édutiant au diplôme d’études supérieures spécialisées en enseignement collégial à l’Université Laval[1]

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Depuis les dernières semaines, plusieurs historiens ont commenté la sortie du rapport intitulé Enseignement et recherche universitaires au Québec : l’histoire nationale négligée. Certains – pensons notamment à Donald Fyson et à Denyse Baillargeon – ont soutenu que l’histoire sociale et culturelle contribue « à élargir le champ de l’histoire politique et nationale en les ouvrant à d’autres préoccupations » alors que d’autres – Éric Bédard et Frédéric Bastien – se sont levés pour affirmer que l’histoire nationale devrait avoir « une vraie place » dans nos universités. À ces points de vue, nous voulons ajouter, le nôtre, celui d’étudiants en histoire.

En tant que futurs professeurs, chercheurs et intervenants dans le domaine, nous croyons qu’il s’agit là d’un débat stérile puisque nous jugeons qu’il n’y a pas de scission entre l’histoire nationale et l’histoire culturelle et sociale. Tout comme Denyse Baillargeon, nous croyons que les travaux de bon nombre d’entre nous peuvent enrichir l’histoire nationale, et ce, même s’ils s’inscrivent dans une perspective sociale et culturelle. Les recherches menées par l’un d’entre nous sur les relations entre les anglophones et les francophones au sein de la famille d’un ancien premier ministre – à savoir, le libéral Félix-Gabriel Marchand – alimenteront tout naturellement l’histoire politique. De même, nous espérons que celles portant sur l’œuvre du cinéaste nationaliste Pierre Perrault contribuent à l’avancement de l’histoire nationale. Et que dire d’un mémoire de maîtrise qui porte sur la professionnalisation du marketing électoral au sein de l’Union nationale? Bien que ces projets de recherche s’inscrivent tous dans une approche sociale et culturelle, ils apparaissent nécessaires pour faire évoluer l’histoire nationale. Si nous voulons être capables d’écrire de nouvelles biographies de Louis-Joseph Papineau, Honoré Mercier et Henri Bourassa – ce sur quoi travaille d’ailleurs l’historien Réal Bélanger actuellement – comme le souhaite Éric Bédard, il est nécessaire d’effectuer des recherches parallèles qui permettront d’apporter un éclairage nouveau sur la vie de ces personnages et sur le contexte dans lequel ils ont évolué.

L’histoire politique d’hier et d’aujourd’hui

Par Julien Massicotte, Université de Moncton

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L’Assemblée nationale du Québec, dont la façade est couverte de personnages marquants de l’histoire du Québec. Crédit : OZinOH (Flickr).

Visiblement, la question de l’histoire nationale, que l’on assimile vite et automatiquement, mais à tort, à l’histoire politique, demeure une corde sensible suscitant facilement les émois. L’une des conséquences flagrantes du déclin de l’histoire politique/nationale (si l’on accepte provisoirement 1-l’amalgame rapide des deux, et 2- la conclusion de son déclin) est la réappropriation par des acteurs provenant d’autres champs, notamment du champ politique, d’enjeux historiens et mémoriels.

En parallèle, un autre débat se déroule où l’enjeu central est l’importance que l’on doit accorder à la date de 1812 : les acteurs politiques, menées par le gouvernement conservateur, cherchent à faire de la date un moment important de l’histoire canadienne. Ces démarches s’inscrivent dans des efforts politiques de renouvellement du nationalisme canadien. Plusieurs historiens ont décrié la manœuvre, mais il faut tout de même tirer certaines conclusions de ce débat : si les historiens cessent complètement de s’intéresser à l’histoire politique (ou nationale), d’autres le feront à leur place; ils le feront sans l’obligation de méthode, de rigueur et de distance qui vient avec la profession d’historien, avec d’autres intentions que celle de mieux comprendre le passé. Délaisser complètement l’histoire politique, ou s’y intéresser par la bande, un peu comme le clament les tenants de l’histoire sociale dans ce débat, n’est pas sans conséquence.

La place de l’histoire nationale

Par Julien Massicotte, Université de Moncton

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Crédit : Caribb (Flickr).

Les débats sur les usages de l’histoire – son enseignement, sa présence dans le discours public –sont devenus choses courantes. À chaque deux ou trois ans un nouveau débat éclate sur la place publique et agite la communauté historienne. S’agit-il d’un retour des History wars, comme le suggérait récemment Thomas Peace sur le site d’ Active History ?

Histoire nationale, histoire sociale

Le débat a officiellement été lancé au début du mois d’octobre par Éric Bédard, un historien connu et reconnu pour sa réflexion sur le sort de l’histoire comme discipline au Québec, ainsi que pour ses prises de position sur la place publique. Cette fois, le débat tourne autour de la place qu’occupe l’histoire politique et nationale au sein des universités québécoises, tant au niveau du cursus universitaire que des intérêts de recherche des historiens. Bédard et Myriam D’Arcy lançaient le 3 octobre dernier une étude commandée par la Fondation Lionel-Groulx s’intitulant « L’histoire nationale négligée ».

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