Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Politique québécoise Page 2 of 5

Aide financière au parent au foyer : un piège pour les femmes?

Par Camille Robert, candidate au doctorat en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), autrice de l’ouvrage Toutes les femmes sont d’abord ménagères. Histoire d’un combat féministe pour la reconnaissance du travail ménager et collaboratrice pour HistoireEngagee.ca

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Caricature représentant René Lévesque et Yvon Dupuis sur deux chars, tirés par des femmes, dans « Aux ânes des carottes… Aux femmes des promesses de liberté… », Québécoises deboutte!, vol. 1, no 5, avril 1973, p. 5.

Au Congrès de la Relève de la CAQ, tenu la fin de semaine des 23 et 24 septembre 2017, l’une des résolutions visait la bonification de l’aide financière accordée au parent qui demeure au foyer avec un enfant d’âge préscolaire. Dans le cahier du participant, on pouvait lire que « [l]a présence à la maison des parents est un facteur important qui contribue au développement des enfants ». Faute de revenus, ajoutait-on, de nombreux parents sont toutefois contraints de retourner au travail. Bien qu’il puisse sembler louable de reconnaître la valeur du travail au foyer, la proposition essuie mal les critiques lorsqu’on la replace dans son contexte historique.

L’idée n’est pas nouvelle. L’ADQ avait déjà défendu une mesure semblable en 2007, soit une allocation aux familles dont les enfants ne fréquentaient pas le réseau de garderies. Qualifiée d’« allocation à la mère au foyer », cette proposition avait entraîné une levée de boucliers dans les milieux féministes. Plusieurs organisations y voyaient un recul pour l’autonomie économique des femmes, ainsi qu’un renforcement du modèle familial traditionnel pourvoyeur-ménagère.

L’opposition du Conseil du patronat du Québec à la loi 101

Par Florence Provost-Turgeon, étudiante à la maîtrise en histoire à l’Université de Montréal, et Jacques Rouillard, professeur émérite du département d’histoire de l’Université de Montréal

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Photographie de la manifestation « McGill français », mars 1969. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Centre d’archives du Vieux-Montréal, Fonds Antoine Desilets, Cote : P697,S1,SS1,SSS18,D84.

Le président du Conseil du patronat du Québec (CPQ), Ghislain Dufour, a rédigé dans l’édition du journal Le Devoir du 24 août un texte sur la position de l’organisme qu’il a présidé de 1986 à 1996 à l’égard de la loi 101. Le journal, qui a publié un cahier spécial à l’occasion du quarantième anniversaire de la loi adoptée en 1977, a demandé à M. Dufour de rédiger ce texte[1]. Ce dernier a bien raison d’écrire que la loi « ne passait vraiment pas dans le milieu des affaires » même si l’organisme était d’accord pour promouvoir l’usage du français et « parvenir à en faire la langue principale des activités économiques et culturelles ».

Le CPQ a suggéré des « ouvertures » au projet de loi qui, aux dires de M. Dufour, n’ont pas fait broncher le gouvernement. Même intransigeance, écrit-il, du ministre Camille Laurin en 1983 aux « importantes modifications » réclamées par le CPQ au moment où le gouvernement souhaitait éliminer « certains irritants » de la loi. Mais M. Dufour ne donne pas de précisions sur ce que désirait véritablement le CPQ entre 1971 et 1983 pour faire du français la langue de travail et il ignore complètement d’aborder le point de vue de l’organisme sur un élément central de la loi qui irritait souverainement ses membres, le français comme langue d’enseignement pour les immigrants.

Pour sortir de la division

Par Julien Fecteau Robertson, militant solidaire et enseignant de philosophie au Cégep de Rimouski

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Le traumatisme et la continuité

Yvan Lamonde est historien et enseigne la littérature québécoise à l’Université McGill. Ses travaux se sont surtout concentrés sur l’histoire des idées, la sociographie québécoise et on lui doit plusieurs recherches et réflexions sur l’identité et les divers courants intellectuels au Québec. Publié au début de 2017, Un coin dans la mémoire[1] n’est pas à proprement dit un travail d’historien. Arguant qu’il y a « peu de choses aussi peu scientifiques que la psychologie collective », l’auteur assume pleinement la posture d’essayiste, s’inspirant carrément de la psychanalyse, mais ne se privant pas pour autant d’enrichir l’ouvrage de nombreuses références qui constituent son bagage de chercheur. La véritable richesse de cet essai réside cependant surtout dans sa capacité de cerner des problèmes fondamentaux de l’existence québécoise à travers quelques métaphores impressionnistes, que les références historiques permettent d’ancrer dans la réalité.

Les deux premiers des quatre chapitres servent à exposer le problème fondamental de la « division » en exposant d’abord ses sources historiques puis ses effets. Les deux derniers visent quant à eux à exposer de façon très générale comment l’on devrait essayer de régler ce problème en rapaillant la conscience historique de manière à déloger le coin qui nous empêche d’avancer collectivement. Pour cela, il faudra selon lui créer une conscience historique qui ne soit pas essentiellement autoréférentielle, mais qui constitue plutôt le fondement d’un projet politique.

Ce que les années 1850 peuvent nous enseigner

Par Patrick Lacroix, candidat au doctorat à la University of New Hampshire

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Chemin de fer du Grand Tronc. Source : Wikimedia Commons.

Carte du chemin de fer du Grand Tronc, 1885. Source : Wikimedia Commons.

Lors d’une session spéciale du dernier congrès de l’Institut d’histoire de l’Amérique française, un groupe de jeunes leaders québécois.es réuni.es par Gérard Bouchard ont exprimé de très différentes visions du passé et de l’avenir du Québec[1]. Or ces jeunes ont fait consensus en déplorant, ensemble, le triomphe de « l’économisme » dans les dernières décennies. Les historien.nes de l’auditoire auraient pu leur souffler les exemples nécessaires : une stricte politique budgétaire introduite au cours des années 1990, l’approche néolibérale sous-entendue dans la « réingénierie de l’État » de 2003, puis l’arrivée des « Lucides », dont les injonctions sont encore avec nous. À ceci, on pourrait ajouter, plus récemment, la collusion dans le secteur de la construction, indice d’une trop grande proximité des autorités civiles aux agents de développement économique.

Selon certain.es militant.es nationalistes et sociaux-démocrates, ce sont là les signes d’un nouveau conservatisme – né d’une apathie politique croissante – qui tend à réduire les grandes questions de société à leur aspect économique, voire fiscal. Il y a, déclarèrent les jeunes leaders réuni.es par l’IHAF, le déclin d’un militantisme politique qui mènerait de grands projets nationaux et sociaux à terme. Suite au plus récent moment-charnière du Québec, le référendum de 1995, il s’est produit une « repriorisation » des enjeux économiques.

Suspensions d’admissions à l’Université Laval : quel avenir pour les sciences historiques ?

Par le Comité exécutif de l’Association étudiante des 2e et 3e cycles du Département des sciences historiques de l’Université Laval (Artefact)

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Les compressions de 5% du budget total des universités peuvent paraitre, à première vue, un effort raisonnable dans l’« assainissement » des finances exigé par le gouvernement du Québec. Or, on constate que les mesures d’austérité ont des impacts bien réels sur le milieu universitaire. À l’Université Laval, ces coupes s’élèvent à 8,3 millions de dollars pour l’année 2014-2015. Les conséquences des compressions sont multiples. Notons, par exemple, la diminution de l’offre de cours impliquant également l’abolition de postes de chargés de cours, ou encore la révision des modalités d’acquisition des périodiques scientifiques sans parler de l’amaigrissement des enveloppes destinées aux bourses facultaires de réussite. Dans les derniers jours, l’Université Laval a annoncé la suspension des admissions pour la prochaine année dans les programmes suivants : maîtrise interdisciplinaire en art, baccalauréat en ethnologie et patrimoine et diplôme d’études supérieures spécialisées (DÉSS) en muséologie. Les représentants d’Artefact, l’Association étudiante des 2e et 3e cycles du Département des sciences historiques de l’Université Laval, se désolent de cette annonce et surtout s’inquiètent du profilage académique qu’elle sous-tend. Il est préoccupant de constater que la principale caractéristique commune aux programmes coupés soit l’appartenance aux Arts et aux Humanités, disciplines trop souvent discriminées pour leur soi-disant manque de rentabilité. Il nous apparaît désormais évident que ces choix relèvent d’un processus de marchandisation de l’éducation qui tend à occulter les disciplines davantage axées sur la recherche fondamentale.

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