Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

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« Les femmes influencent la politique » : le discours de femmes dans le débat sur la parité

Par Carol-Ann Rouillard et Ann-Julie DuRocher, Université du Québec à Trois-Rivières

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Sculpture « La Femme » à l’Assemblée nationale (Crédit photo : Ann-Julie Durocher)

Après avoir été longtemps laissé de côté par les groupes de femmes au Québec[1], l’enjeu de la représentation politique fait désormais l’objet de nombreuses discussions dans l’espace public[2]. À partir de l’étude de deux ouvrages publiés par des femmes, nous proposons de dresser un portrait de l’argumentaire mobilisé dans le discours des femmes au sujet de cet enjeu. Trois volets ont été étudiés : 1) les mesures suggérées pour augmenter le nombre de femmes en politique; 2) les arguments utilisés pour justifier les revendications; 3) les contre-arguments et les mythes que les auteures cherchent à déconstruire. Il en ressort un consensus sur la nécessité de pallier les obstacles systémiques, cause de la sous-représentation politique des femmes.

Mots-clés : Représentation politique; parité; femmes; égalité; politique; discours; quotas

Introduction[3]

Cet article étudie une partie de la contribution de Québécoises au débat portant sur la sous-représentation des femmes en politique. Longtemps absente des doléances du mouvement féministe québécois[4], la représentation politique fait davantage l’objet de discussions et de revendications de la part des femmes elles-mêmes[5] en plus d’être abordée davantage au sein de l’espace public[6]. Le contenu des échanges au sujet de la représentation politique des Québécoises demeure malgré tout peu étudié. Ce texte présente un portrait du discours porté par des femmes qui réclament une meilleure place au sein des institutions politiques à partir des ouvrages Femmes et pouvoir : les changements nécessaires de Pascale Navarro et Manifeste des femmes : pour passer de la colère au pouvoir, rédigé par Le Collectif pour l’égalité des femmes. L’étude de ces deux publications, portant exclusivement ou partiellement sur la parité femmes-hommes en politique, permet de mieux connaitre les arguments évoqués, les solutions proposées et les mythes et contre-arguments qu’elles cherchent à déboulonner. L’objectif est d’établir des pistes pour une analyse argumentative plus globale du discours porté par les femmes au sujet de l’enjeu de la représentation politique. 

Cachez cette nuance que je ne saurais voir !*

Par Isabelle Picard, ethnologue

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Le 3 mai 1536, Jacques Cartier attira en donnant un prétexte le chef Donnacona et neuf autres autochtones près de ses caravelles pour ensuite les enlever et les amener en France. Ils y moururent tous. Vous ne le saviez pas ?

Il y a au minimum quatre théories qui pourraient expliquer la présence autochtone en Amérique dont une qui dit que les autochtones vivraient sur cette terre depuis des temps immémoriaux. Vous ne le saviez pas non plus ?

Je ne vous le reproche pas. C’est plutôt normal. Les anciens programmes d’histoire du Québec et du Canada n’en parlent pas.

En 2015, la Commission de vérité et de réconciliation, mise en place par le gouvernement fédéral pour faciliter la réconciliation entre autochtones et Canadiens dans la foulée des révélations entourant la période des pensionnats autochtones, a formulé 94 appels à l’action. L’un d’eux se décrit ainsi : « … en consultation et collaboration avec les survivants, les peuples autochtones et les éducateurs, rendre obligatoire, pour les élèves de la maternelle à la douzième année, l’établissement d’un programme adapté à l’âge des élèves portant sur les pensionnats, les traités de même que les contributions passées et contemporaines des peuples autochtones à l’histoire du Canada ». En consultation et collaboration.

Des rapports de pouvoir qui dérangent

Par Marie-Hélène Brunet, professeure, Faculté d’éducation, Université d’Ottawa, Adèle Clapperton-Richard, candidate à la maîtrise en histoire, UQAM, Widia Larivière, éducatrice aux droits humains et aux droits des peuples autochtones, cofondatrice de la branche québécoise du mouvement Idle NoMore et Philippe Néméh-Nombré, doctorant en sociologie, Université de Montréal

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Nous avons été consterné-e-s à la lecture de l’article « Des retouches qui dérangent », à la une du Devoir du 19 novembre dernier, présentant les réactions de deux historiens, Denys Delâge et Gilles Laporte, sur les corrections apportées aux manuels d’histoire concernant les représentations des Premières Nations.

Les voix mises de l’avant dans l’article

Nous avons aussi trouvé « aberrant » et « absurde » (pour reprendre leurs propres mots) que la parole soit donnée à ces deux seuls historiens, allochtones. Ceci nous semble révéler une dynamique issue de rapports inégaux de pouvoir, leur permettant de se retrouver à la une pour réagir et valoriser leur opinion. Car, outre la brève citation de la sous-ministre Barcelo, l’article ne relaie aucune autre voix. Si les journalistes indiquent d’abord que le Conseil en éducation des Premières Nations « n’a pu être joint » (sans préciser la teneur de ces tentatives), rien n’indique (ni dans l’article ni dans les quelques précisions publiées en complément le lendemain) qu’ils ont tenté d’obtenir l’avis d’historien-e-s ou enseignant-e-s issu-e-s d’une nation autochtone. Trois jours plus tard, le 22 novembre, le Conseil en éducation des Premières Nations (CEPN) et l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) ont d’ailleurs réagi en publiant leur propre communiqué dans lequel ils « déplor[ai]ent l’acharnement médiatique qui fait porter aux Premières Nations la responsabilité des changements apportés aux livres d’histoire du Québec » ainsi que « [l] e discours rétrograde et colonial qui [leur] a été servi dans les médias ».

L’antisémitisme et l’hospitalité canadienne et québécoise

 

Par Christine Chevalier-Caron, candidate au doctorat en histoire à l’Université du Québec à Montréal et Philippe Néméh-Nombré, doctorant en sociologie à l’Université de Montréal

Suite à l’attentat qui a eu lieu à la synagogue Tree of life de Pittsburgh samedi dernier, et alors que le premier ministre Justin Trudeau s’apprête à présenter les excuses officielles du gouvernement pour son refus d’admettre les réfugiés.es judéo-allemands.es se trouvant à bord du navire Saint-Louis en 1939, de nombreuses discussions sur l’antisémitisme ont émergé dans l’espace public. Exception faite des chroniques du Journal de Montréal où les sentiments antijuifs et l’antisémitisme sont couramment attribués à la gauche antiraciste, divers animateurs.rices, journalistes et commentateurs.rices ont soutenu que le Canada avait traditionnellement été une terre d’accueil pour les communautés juives. Et pour en rajouter, certains d’entre eux et elles ont même été jusqu’à exprimer leur surprise quant au soutien que les Musulmans et Musulmanes ont manifesté à l’égard des populations juives. Considérant nos recherches respectives sur l’histoire juive, l’antisémitisme et la multiplicité des formes d’oppression au Canada et au Québec, nous n’avons pas seulement été surpris.e par la tenue de ces propos inexacts, mais aussi profondément choqués.es par la déresponsabilisation qu’ils traduisent et par les assomptions qui sous-tendent l’étonnement quant à la solidarité exprimée par les communautés musulmanes. Il nous apparait donc essentiel de revenir sur la présentation du Canada comme une terre d’accueil, distorsion significative qui s’inscrit dans une falsification de l’histoire permettant aux Québécois.es et aux Canadiens.nes de banaliser l’antisémitisme propre à la société dans laquelle ils et elles vivent et de s’en déresponsabiliser.

« Apprécier l’histoire autrement » : Retour sur les Rendez-vous d’histoire de Québec du 10-12 août 2018

Par Gabriel Thériault, candidat à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Montréal
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Pour leur première édition, les Rendez-vous d’histoire de Québec ont offert au grand public une programmation de conférences diversifiées selon une formule «festival» qui a attiré un grand nombre d’auditeurs et d’auditrices. Le comité organisateur, composé notamment des historiennes Catherine Ferland et Marie-Ève Ouellet, ainsi que du président d’honneur, l’historien Jacques Mathieu, ont choisi trois institutions hôtes du Vieux-Québec comme décor pour l’événement. Ces institutions offrent au public amateur d’histoire une immersion au cœur du passé architectural de Québec[1]. C’est dire que ces établissements se distinguent substantiellement des salles de conférences sans grand caractère dont nous avons trop souvent l’habitude.

La diffusion de l’histoire, et plus précisément l’histoire du quotidien, des usages et des habitudes, fut un des principaux thèmes de ce rendez-vous. Les conférences ont mis de l’avant certains outils de diffusion de l’histoire, des découvertes documentaires récentes et inédites, ainsi que des sujets originaux et très bien synthétisés. Cette programmation chargée comptait au total plus d’une vingtaine de conférences, de visites, de projections et d’expositions. Bien que je n’ai pu assister à toutes les présentations puisque certaines se chevauchaient, j’ai privilégié des communications qui couvrent un large spectre historiographique[2]. La présentation d’un document inédit de Samuel de Champlain, la diversité des sujets abordés ainsi que la table ronde de clôture réunissant les historiens Denis Vaugeois et Jacques Mathieu discutant de l’œuvre de Jacques Lacoursière ont particulièrement retenu mon attention.

Un document inédit

Le comité organisateur des Rendez-vous d’histoire de Québec a remporté son pari : la conférence inaugurale affichait plus que complet et j’ai dû, comme plusieurs personnes et à notre grand désarroi, écouter la présentation de la récente découverte de l’historien Éric Thierry à travers un cadre de porte. Notons que dès la semaine précédant l’événement, les médias s’étaient emballés de la (re)découverte d’un dossier d’exploration manuscrit écrit par Samuel de Champlain. En effet, Thierry explique que le document fut découvert une première fois à la Bibliothèque nationale de France en 1904, avant de tomber dans l’oubli. Les questions que pose Thierry sont à la base de la pratique historienne : est-ce bien Samuel de Champlain qui est l’auteur de ce dossier d’exploration ? Qu’elle est sa pertinence quant aux connaissances géographiques de l’époque ? Quels renseignements offre-t-il sur l’expérience coloniale ?

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