Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Syndicalisme

L’émancipation ne s’emprunte pas

Par Simon Tremblay-Pepin, professeur à l’Université Saint-Paul

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Marc Vallières présente les résultats d’un travail de recherche colossal dans Le Québec emprunte. Syndicats financiers et finances gouvernementales, 1867-1987[1], publié en 2015 chez Septentrion. Imaginez : passer en revue tous les prêts contractés par le gouvernement du Québec de 1867 à 1987 et en extraire les termes particuliers, l’organisation du syndicat financier (ce regroupement de banque et de maison de courtage qui sert d’intermédiaire entre les gouvernements et les marchés lors d’un emprunt) ayant rendu l’emprunt possible, les négociations, etc. Cette tâche minutieuse, au confluent de l’histoire, des finances publiques et de la comptabilité a dû demander un temps et une énergie folle. La somme qui en résulte est, dès le premier abord, imposante : tableaux dodus, graphiques colorés, appareil de note détaillé. Une fois le parcours achevé cependant, on peine à voir émerger une analyse plus politique de cette question, ce qui est fort dommage, car elle aurait été la bienvenue.

L’université comme lieu de recrutement pour l’extrême-droite : l’exemple du Groupe Union Défense à la Faculté Panthéon-Assas de Paris (1968-1988)

Olivier Bérubé-Sasseville, candidat au doctorat en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)

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Manifestation pour le 25e anniversaire de l’écrasement du soulèvement de Budapest par les soviétiques, 4 novembre 1981.

L’université, terreau fertile du débat, lieu de foisonnement et de bouillonnement d’idées, est certainement l’un des théâtres privilégiés de la formation politique de toute une jeunesse. Dans une France d’après Seconde Guerre mondiale, hantée par la blessure de la collaboration et par le souvenir d’un fascisme dorénavant honni par l’ensemble de la classe politique, se développe paradoxalement un mouvement d’extrême-droite étudiant. Associable au néofascisme par sa volonté révolutionnaire de régénérescence de la communauté nationale, cette tendance se démarque de l’extrême-droite conservatrice nostalgique du passé en se projetant dans le futur pour offrir une modernité alternative et résolument nationaliste. Fondé sous le nom de Groupe Union Droit et immédiatement rebaptisé Groupe Union Défense (GUD), le syndicat étudiant, né des cendres des tentatives néofascistes des années soixante telles qu’Occident et la Fédération des Étudiants Nationalistes (FEN), se fixe comme mission d’organiser une riposte nationaliste aux évènements de Mai 68 et d’en assurer la présence dans les facultés largement dominées par les mouvements étudiants de gauche et d’extrême-gauche. Apparaissant sur la scène politique au lendemain des soulèvements de Mai 68 et concentrant son action à la faculté Panthéon-Assas de l’université Paris II, le GUD survivra aux divisions, aux dissolutions et aux attaques de leurs ennemis politiques pendant plus de deux décennies.

Bien que très marginale par rapport à la présence de l’extrême-gauche dans les facultés parisiennes, la présence du GUD est significative pour deux raisons. D’une part, de par sa concentration en une seule faculté, le groupe réussit à s’affirmer comme force politique incontournable malgré ses maigres effectifs. Par ailleurs, de par l’impressionnant réseau d’alliances qu’il parvient à former avec la galaxie de formations et de partis d’extrême-droite adultes en dehors du contexte universitaire, le mouvement devient un incontournable de la mouvance d’extrême-droite de cette période.  Nous nous attarderons donc à l’importance de la branche jeunesse pour l’extrême-droite française, qui confère au GUD un rôle crucial dans son organisation, puis nous exposerons ce réseau d’alliances entre partis et mouvements dont le GUD constitue un élément central.

L’intimidation et la discrimination dans l’industrie de la construction

Par Jacques Rouillard, professeur au Département d’histoire de l’Université de Montréal et auteur de plusieurs volumes sur l’histoire du syndicalisme québécois

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Les médias se sont scandalisés à juste titre de témoignages à la Commission Charbonneau qui ont révélé des cas de menaces et d’intimidation de dirigeants syndicaux envers des travailleurs et des employeurs. Le problème n’est pas nouveau : de pareils comportements se sont produits depuis le milieu des années 1960 à cause principalement de rivalités intersyndicales, car chaque groupe syndical cherche à placer en priorité ses membres sur les chantiers importants. Mais pour bien comprendre la source de ces conflits, il faut se référer à la dynamique particulière de cette industrie, au contexte syndical nord-américain, à la rivalité entre plusieurs organisations syndicales et à l’encadrement législatif original du secteur de la construction au Québec.

Il est fondamental pour comprendre les relations de travail dans cette industrie de mettre en relief sa nature mouvante. En effet, contrairement aux autres secteurs industriels pour qui le travail et la production s’effectuent sous un même toit, il n’y a pas de continuité des lieux de travail dans la construction. Les ouvriers changent souvent de chantiers et peuvent travailler pour plusieurs employeurs pendant la même année. Leur emploi est donc de caractère temporaire, irrégulier, soumis aux cycles économiques et aux fluctuations saisonnières. En outre, c’est une industrie où les entrepreneurs occasionnels sont très nombreux, la sous-traitance répandue, les entreprises de petite taille et leur survie souvent précaire. Plus que les autres travailleurs, les ouvriers de la construction vivent dans l’insécurité du lendemain. En 1975, un sondage commandé par la Commission Cliche révélait que pour les travailleurs de la construction, la sécurité d’emploi était le problème le plus important à régler (41,7 pour cent), bien avant les rivalités intersyndicales (18,8 pour cent).

À la lumière de la commission Charbonneau, le rôle de la FTQ et de ses organisations affiliées

Par Jacques Rouillard, professeur au Département d’histoire de l’Université de Montréal et auteur de plusieurs volumes sur l’histoire du syndicalisme québécois

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Michel Arsenault, ancien président de la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec Crédits : Isabelle Gareau, FTQ

Michel Arsenault, ancien président de la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec
Crédits : Isabelle Gareau, FTQ

Le témoignage de Michel Arseneault à la commission Charbonneau a suscité bien des commentaires sur le rôle de la FTQ par rapport à ses syndicats et organisations affiliés. Plusieurs se sont interrogés sur l’autorité qu’elle détient sur ces organismes. Un peu d’histoire est nécessaire pour faire la part des choses, car sa structure héritée du syndicalisme nord-américain est plus lâche, articulée de manière différente de celle des centrales rivales : la CSN, la CEQ et la CSD.

La FTQ, qui se définit comme « centrale syndicale », est en fait une création depuis 1957 du Congrès du travail du Canada (CTC) qui compte des fédérations affiliées dans chacune des provinces. Ces fédérations regroupent, sur une base volontaire, des sections locales des grands syndicats canadiens et internationaux affiliés au CMTC. Pendant longtemps, la FTQ a compté surtout des sections locales d’unions internationales venues des États-Unis comme les Métallurgistes unis d’Amérique ou l’Association internationale des machinistes qui sont encore membres de la FTQ. Depuis les années 1970, les sections des grands syndicats canadiens comme le Syndicat canadien de la fonction publique ou le Syndicat des travailleurs et travailleuses de la poste sont devenus prépondérants dans ses rangs.

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