Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

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Par-delà la gauche et la droite dans la Chine contemporaine : l’historien Qin Hui et la liberté de penser, de dire et d’écrire

Par Carl Déry, chargé de cours en histoire de la Chine et de l’Asie de l’Est et membre affilié du Centre d’études de l’Asie de l’Est (UdM)[1]

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Sima Qian, le "père" de l'histoire chinoise.

Sima Qian, le « père » de l’histoire chinoise.

Il peut parfois s’avérer très risqué pour l’historien de prendre la parole publiquement, surtout lorsque ses mots se retrouvent à contre-courant de ce que la voix du politique énonce. Tous ceux qui ont été initiés aux études chinoises connaissent très bien le récit exemplaire de l’historien Sima Qian (145-86 av. J.-C.), ayant osé reprendre publiquement l’empereur Han Wudi sur le jugement que ce dernier avait prononcé contre le général Li Ling. Pour avoir osé défendre un homme que tous condamnaient et surtout, pour avoir remis en question une décision impériale, Sima Qian fut condamné à choisir entre la mort ou la castration. Poussé par un sens du devoir filial à l’égard du travail d’écriture amorcé par son père Sima Tan ainsi que par son propre désir d’accomplissement et de gloire littéraire, il exprima à travers son œuvre un sens aigu de la responsabilité d’historien à laquelle il s’identifia. Il accepta donc de subir ce qu’il nomma « l’insupportable déshonneur » afin de pouvoir compléter la rédaction de ses Mémoires historiques, et c’est grâce à cet engagement qu’aujourd’hui encore nous lui rendons hommage, étant considéré par plusieurs comme étant le « père de l’histoire chinoise » ou encore le Hérodote de la Chine[2].

Même si la Chine d’aujourd’hui se trouve à des années lumières de l’époque de la dynastie Han, la prise de parole publique semble parfois accompagnée d’un risque comparable. Quand on observe à partir d’un regard extérieur le monde des intellectuels de la Chine contemporaine, plus spécifiquement depuis la rupture provoquée par les événements de 1989, on est d’abord tenté d’opter pour le récit dominant de la censure étatique récurrente et de l’impossibilité de traiter certaines questions sensibles avec toute la liberté académique requise. Même si les dernières années de la présidence de Xi Jinping semblent donner raison à cette représentation simplifiée de la relation entre le pouvoir politique et la liberté d’expression, il existe tout de même une diversité de prises de parole chez bon nombre d’intellectuels engagés. Les sujets que ces derniers abordent sont non seulement très nombreux et variés, touchant à un large éventail de questions sociales, juridiques, culturelles et économiques, mais ils entrent aussi bien souvent en conflit direct avec certains discours associés à l’establishment politique et à la vision proposée par l’idéologie du parti unique.

Hommage à l’historien : Ramsay Cook (1931-2016)

Par Serge Miville, professeur adjoint et titulaire de la Chaire de recherche en histoire de l’Ontario français au département d’histoire de l’Université Laurentienne

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L'historien Ramsay Cook (1931-2016).

L’historien Ramsay Cook (1931-2016).

Le décès de Ramsay Cook, le 14 juillet, a créé une onde de choc chez ses anciens étudiants et l’ensemble de la communauté des historiens du pays. En effet, le pays a perdu un des ambassadeurs de l’histoire canadienne à l’âge de 84 ans. Originaire d’Alameda en Saskatchewan, Cook a exercé son métier d’historien pendant trente-six ans dans la Ville-Reine après avoir obtenu son doctorat de l’Université de Toronto sous la supervision d’un autre géant de l’histoire canadienne : Donald Creighton. Ce dernier a souvent indiqué qu’il admirait le travail de son protégé, bien qu’ils étaient souvent en désaccord.

Cook est connu au Canada anglais notamment en raison de sa conception des « limited identities », soulignant l’importance de la classe sociale, du genre et de l’ethnicité non seulement comme facteurs fondamentaux dans la construction des identités canadiennes, mais comme des cadres d’analyse en histoire. Il est un des pionniers de la Nouvelle histoire sociale au pays. Il a également dirigé 39 doctorants – tant canadiens que québécois – dont plusieurs ont mené de longues carrières dans les universités du pays. Il était un des artisans du Dictionnaire biographique du Canada, une entreprise massive entre les universités de Toronto et Laval, a été directeur de la Canadian Historical Review en plus d’assurer la présidence de la Société historique du Canada pour l’année 1983-84.

Suspensions d’admissions à l’Université Laval : quel avenir pour les sciences historiques ?

Par le Comité exécutif de l’Association étudiante des 2e et 3e cycles du Département des sciences historiques de l’Université Laval (Artefact)

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Les compressions de 5% du budget total des universités peuvent paraitre, à première vue, un effort raisonnable dans l’« assainissement » des finances exigé par le gouvernement du Québec. Or, on constate que les mesures d’austérité ont des impacts bien réels sur le milieu universitaire. À l’Université Laval, ces coupes s’élèvent à 8,3 millions de dollars pour l’année 2014-2015. Les conséquences des compressions sont multiples. Notons, par exemple, la diminution de l’offre de cours impliquant également l’abolition de postes de chargés de cours, ou encore la révision des modalités d’acquisition des périodiques scientifiques sans parler de l’amaigrissement des enveloppes destinées aux bourses facultaires de réussite. Dans les derniers jours, l’Université Laval a annoncé la suspension des admissions pour la prochaine année dans les programmes suivants : maîtrise interdisciplinaire en art, baccalauréat en ethnologie et patrimoine et diplôme d’études supérieures spécialisées (DÉSS) en muséologie. Les représentants d’Artefact, l’Association étudiante des 2e et 3e cycles du Département des sciences historiques de l’Université Laval, se désolent de cette annonce et surtout s’inquiètent du profilage académique qu’elle sous-tend. Il est préoccupant de constater que la principale caractéristique commune aux programmes coupés soit l’appartenance aux Arts et aux Humanités, disciplines trop souvent discriminées pour leur soi-disant manque de rentabilité. Il nous apparaît désormais évident que ces choix relèvent d’un processus de marchandisation de l’éducation qui tend à occulter les disciplines davantage axées sur la recherche fondamentale.

La liberté de Jean-Marie

Par Martin Petitclerc, directeur du Centre d’histoire des régulations sociale (CHRS) et professeur au département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal[1]

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D’abord, j’aimerais remercier chaleureusement les organisateurs du congrès de l’IHAF pour me permettre de rendre un dernier hommage, qui sera plutôt personnel, à un collègue et un ami qui m’était très cher, Jean-Marie Fecteau.

Je vais tenter d’abord de vous dire quelques mots de la dernière année de Jean-Marie, car je crois qu’elle illustre parfaitement la personne exceptionnelle qu’il était. Je vais ensuite tenter de dire, à chaud, quelques mots sur son immense héritage intellectuel, que ce soit en tant que chercheur ou professeur.

L’année 2011

L’année dernière, quelques jours après le congrès de l’IHAF à Trois-Rivières, j’ai remarqué lors de l’une de nos réunions de travail que Jean-Marie avait un peu de difficulté à se nourrir. Au fil des semaines, j’ai assisté aux premiers signes de qui semblait d’abord une simple irritation, puis une simple allergie, puis le début d’un ulcère et enfin, au tournant de l’année 2012, ce qui était un cancer de l’œsophage.

Entretemps, Jean-Marie avait à peu près cessé de se nourrir. Cela, alors qu’il tentait d’honorer sa réputation « d’homme de parole », et donc de remplir les nombreuses responsabilités qui étaient les siennes, au Centre d’histoire des régulations sociales, au Comité de programme de cycles supérieurs, auprès de ses nombreux étudiants qu’il encadrait aux cycles supérieurs et, surtout, de continuer à donner ses trois cours.

La grève et l’autonomie des universités

Par Piroska Nagy, Professeure d’histoire du Moyen Âge à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)

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Les débats qui nous occupent jour et nuit depuis plus de 16 semaines, et particulièrement depuis la promulgation de l’odieuse Loi 78 qui fait même descendre, outre les grands-mères à casserole, les juristes en toge dans la rue, laissent de côté quelque chose d’essentiel, une réalité aussi fondamentale qu’historique. De quoi je parle? Arrêtons-nous un petit instant… et essayons, avec Jean Charest et ses ministres successifs de l’Éducation (et du Loisir et du Sport) qui nous y forcent, de concevoir une université sans grève, sans associations étudiantes, sans autonomie, tournant tout rond, telle une machine impeccable, sans la moindre intervention collective des étudiants et des professeurs !

Ce n’est pas moi qui fantasme. C’est bien ce que suggère l’attitude du gouvernement qui a refusé, pendant plus de 11 semaines, de parler aux étudiants en grève ; qui n’a pas hésité à faire (… ou laisser ?) intervenir les policiers sur les campus universitaires ; qui a convoqué une table de négociation composite le 4 mai, dont la Fédération québécoise des professeurs d’université était très curieusement exclue ; qui, même dans les dernières semaines, refuse encore de discuter du fond des questions avec les étudiants souhaitant un gel de la hausse et de convoquer les États généraux de l’Université, réclamés depuis si longtemps, pour réfléchir sur le devenir de l’université au Québec ; qui tente de réduire, par sa Loi 78, les associations d’étudiants à des clubs de rencontre de jeunes ; enfin qui prive par la même loi les professeurs, devenant alors de simples salariés d’entreprise, d’une part essentielle de leur autonomie intellectuelle en classe. Sans même parler de la violence policière et judiciaire, nous pouvons nous rendre à l’évidence : notre gouvernement souhaite orienter, gérer, administrer l’université sans demander leur avis à ceux-là mêmes qui la constituent et sans qui il serait difficile de donner un seul cours, ce qui reste, si je ne m’abuse – et malgré sa récente réorientation vers les activités de recherche, au nom de « l’excellence », du prestige et de la concurrence – la mission fondamentale de l’université.

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