Par Benoit Marsan, étudiant à la maîtrise en histoire à l’Université de Sherbrooke et collaborateur pour HistoireEngagee.ca

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Mes recherches de maîtrise portent sur le Parti communiste du Canada et les sans-emploi à Montréal au cours de la Grande Dépression. Alors que je terminais de dépouiller mes sources, au même moment que l’adoption du projet de Loi 78, j’entendais autour de moi plusieurs personnes s’indigner de la situation et commenter le fait que les discours médiatiques, la justification des interventions policières et la couverture des événements dans les médias de masse étaient du jamais vu au Québec. Cependant, suite à la lecture de mes documents d’archives, j’avais une petite impression de déjà vu…


Manifestation étudiante du 22 mars 2012. Crédits : Pascal Scallon-Chouinard

Manifestation étudiante du 22 mars 2012. Crédits : Pascal Scallon-Chouinard

Alors que la dépression économique qui sévit depuis 2008 marque l’une des plus sévères crises du capitalisme depuis les années 1930, les mouvements de contestation se multiplient ici comme ailleurs (Occupy, le Printemps Arabe, les Indignés, Idle No More, les grèves générales au Portugal, en Grèce et en Espagne, etc.). La mobilisation étudiante du printemps 2012 marque le plus important mouvement d’opposition aux mesures d’austérité en Amérique du Nord depuis le début de la présente crise. Dans un tel contexte de tension sociale exacerbé, la répression et le profilage se manifestent à plus grande échelle afin de préserver le statu quo. L’idée ici n’est pas d’affirmer que la situation actuelle est une répétition historique de la Grande Dépression. Il est évident que de nombreux éléments contextuels divergent d’une période à l’autre (l’ampleur de la crise sur les institutions, l’interventionnisme étatique, le taux de chômage, le contexte international, la force du mouvement ouvrier international, la montée du fascisme, etc.). Cependant, il est possible d’effectuer certains parallèles. Comme l’affirme l’historien Ian McKay, les périodes de crise économique et sociale changent radicalement la compréhension des rapports sociaux. L’hégémonie libérale est alors remise en question plus largement que par les groupes et mouvements plus ou moins marginaux. C’est dans ce contexte de crise qu’il faut replacer les interventions policières du Printemps Érable et celles des années 1930. La répression sert à maintenir coûte que coûte la « paix sociale » dès lors que les possédants se sentent menacés, et ce, peu importe que cette menace soit réelle ou imaginée.