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Catégorie : Marie-Hélène Brunet

Des rapports de pouvoir qui dérangent

Par Marie-Hélène Brunet, professeure, Faculté d’éducation, Université d’Ottawa, Adèle Clapperton-Richard, candidate à la maîtrise en histoire, UQAM, Widia Larivière, éducatrice aux droits humains et aux droits des peuples autochtones, cofondatrice de la branche québécoise du mouvement Idle NoMore et Philippe Néméh-Nombré, doctorant en sociologie, Université de Montréal

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Nous avons été consterné-e-s à la lecture de l’article « Des retouches qui dérangent », à la une du Devoir du 19 novembre dernier, présentant les réactions de deux historiens, Denys Delâge et Gilles Laporte, sur les corrections apportées aux manuels d’histoire concernant les représentations des Premières Nations.

Les voix mises de l’avant dans l’article

Nous avons aussi trouvé « aberrant » et « absurde » (pour reprendre leurs propres mots) que la parole soit donnée à ces deux seuls historiens, allochtones. Ceci nous semble révéler une dynamique issue de rapports inégaux de pouvoir, leur permettant de se retrouver à la une pour réagir et valoriser leur opinion. Car, outre la brève citation de la sous-ministre Barcelo, l’article ne relaie aucune autre voix. Si les journalistes indiquent d’abord que le Conseil en éducation des Premières Nations « n’a pu être joint » (sans préciser la teneur de ces tentatives), rien n’indique (ni dans l’article ni dans les quelques précisions publiées en complément le lendemain) qu’ils ont tenté d’obtenir l’avis d’historien-e-s ou enseignant-e-s issu-e-s d’une nation autochtone. Trois jours plus tard, le 22 novembre, le Conseil en éducation des Premières Nations (CEPN) et l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) ont d’ailleurs réagi en publiant leur propre communiqué dans lequel ils « déplor[ai]ent l’acharnement médiatique qui fait porter aux Premières Nations la responsabilité des changements apportés aux livres d’histoire du Québec » ainsi que « [l] e discours rétrograde et colonial qui [leur] a été servi dans les médias ».

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L’étude des rapports sociaux de sexe dans l’histoire ne peut se faire sans problématisation

Par Marie-Hélène Brunet, candidate au doctorat au département de didactique à l’Université de Montréal et chargée de cours[1]

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Dans le cadre de la consultation publique en cours, nous tenons à exprimer notre opinion en nous penchant plus spécifiquement sur la question de la place des femmes dans le programme.

Le document de consultation semble se contredire sur l’apport de l’histoire sociale à l’histoire nationale. Certaines sections laissent croire que ces deux types d’histoire vont de pair, alors qu’ils semblent s’opposer ailleurs dans le document. Cela ne laisse pas envisager une réelle intégration de la « complexité de l’histoire ». Par exemple, à la page 17, on oppose le « cadre national » à « d’autres fils conducteurs comme la transformation des classes sociales ou celle des rapports sociaux de sexe » comme si les deux choses s’opposaient. Femmes et autres minorités peuvent et doivent en effet s’insérer dans l’histoire nationale.

Nous saluons la volonté des auteurs de ce document (p. 15 et p. 17) de faire une place, dans les contenus, aux « rapports sociaux de sexe ». Nous sommes en accord avec le fait que la structure actuelle est « peu cohérente » (p. 17), mais nous ne croyons toutefois pas que les solutions proposées puissent satisfaire les justes attentes exprimées par les auteurs du rapport.

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Une histoire sans les femmes est une histoire désengagée

Par Marie-Hélène Brunet, candidate au doctorat en didactique à l’Université de Montréal

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Résumé

Depuis sa mise en place, le nouveau programme d’histoire et d’éducation à la citoyenneté au secondaire a été la cible de nombreuses critiques touchant essentiellement la question nationale. Certains commentateurs ont même affirmé que de grands événements politiques étaient occultés dans le programme au profit de l’histoire sociale. Nous avons décidé d’aller vérifier ces allégations à l’aide d’une analyse du programme en fonction plus précisément de la présence des femmes. Nous avons porté une attention plus particulière à la progression des apprentissages, un document indiquant les connaissances à maîtriser par les élèves. Les conclusions sont sans appel : les femmes sont pratiquement absentes. Leurs rares apparitions sont détachées de tout contexte et correspondent le plus souvent à des rôles stéréotypés. Loin d’encourager la réflexion sur les enjeux actuels, la progression des apprentissages propose la mémorisation d’une trame historique qui demeure factuelle et centrée sur les événements politiques.

Mots clés

Histoire des femmes?; progression des apprentissages?; enseignement secondaire?; citoyenneté?; débats


Introduction

Depuis sa mise en place, le nouveau programme d’histoire et d’éducation à la citoyenneté au secondaire a été la cible de nombreuses critiques touchant essentiellement la question nationale. Certains commentateurs ont même affirmé que de grands événements politiques étaient occultés dans le programme au profit de l’histoire sociale. Nous avons décidé d’aller vérifier ces allégations à l’aide d’une analyse du programme en fonction plus précisément de la présence des femmes. Nous avons porté une attention plus particulière à la progression des apprentissages, un document indiquant les connaissances à maîtriser par les élèves. Les conclusions sont sans appel : les femmes sont pratiquement absentes. Leurs rares apparitions sont détachées de tout contexte et correspondent le plus souvent à des rôles stéréotypés. Loin d’encourager la réflexion sur les enjeux actuels, la progression des apprentissages propose la mémorisation d’une trame historique qui demeure factuelle et centrée sur les événements politiques.

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