Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

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La fin de la biopolitique? Les transformations contemporaines de la santé publique

Alexandre Klein, chercheur postdoctoral au Département des sciences historiques de l’Université Laval et coordonnateur du réseau de recherche Historiens de la santé

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La Goutte de Lait de Belleville. La consultation, toile de Henri Jules Jean Geoffroy.

La santé est une préoccupation centrale de nos sociétés contemporaines. Nous souhaitons tous maintenir, voire même améliorer notre santé. Nous y œuvrons d’ailleurs activement au quotidien, en mangeant sainement, en pratiquant de l’exercice, et en évitant soigneusement tous les comportements décrits ou démontrés comme pathogènes. Les industriels l’ont d’ailleurs bien compris, et attribuent à leurs produits – que ce soit des yogourts, des shampoings ou des aspirateurs – des vertus sanitaires plus ou moins effectives. Mais, la santé est aussi au cœur de notre organisation sociale et de notre vie politique. La gestion des épidémies, l’encadrement des campagnes de vaccination, les difficultés d’accès aux soins ou – et c’est de plus en plus fréquent – la problématique du coût de la santé sont des sujets qui défraient régulièrement la chronique. Des lois sont également souvent votées, que ce soit pour tenter de mieux répartir l’offre de soins (projet de loi 20), pour réorganiser le réseau de santé (projet de loi 10), pour renforcer la lutte contre le tabagisme (projet de loi 44) ou pour encadrer la légalisation du cannabis (projet de loi C-45). La santé est, depuis près de trois siècles au moins[1], un objet politique à part entière. Pourtant, il semble que son statut ait changé au cours des dernières décennies. Elle n’est plus au cœur de la stratégie de nos gouvernements. Elle n’apparait plus comme cet outil de gouvernance puissant et efficient qu’elle a longtemps été. La santé semble être devenue un poids, principalement économique, à gérer, voire même un obstacle à surmonter. C’est sur l’histoire de cette mutation des rapports entre santé, économie et politique que je souhaiterais revenir ici.

Imposer les riches

Par Darwin, économiste et blogueur[1]

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k10674Alors qu’une grande partie du débat politique actuel tourne autour de la répartition de la richesse, de la justice fiscale et des finances publiques, on ne peut oublier que les débats sur ces thèmes ont une longue histoire. Le livre Taxing the Rich. A History of Fiscal Fairness in the United States and Europe (Imposer les riches. Une histoire de l’équité fiscale aux États-Unis et en Europe) de Kennet Seheve et David Stasavage, revisite les arguments qui ont, par le passé, servi à justifier l’augmentation des impôts des plus riches.

Première partie : Le débat sur la fiscalité

1. Les gouvernements et l’imposition des riches

Les auteurs énoncent dès les premières lignes de ce livre la thèse qu’ils y défendront. On n’impose pas davantage les riches que les pauvres pour combattre les inégalités ou parce qu’un dollar retiré à un riche le pénalise moins qu’un dollar retiré à un pauvre, mais bien pour compenser le fait qu’ils bénéficient d’un meilleur traitement de l’État que les citoyens plus pauvres et, dans une moindre mesure, que les riches contribuent moins aux autres façons de financer l’État, comme aux taxes à la consommation et aux tarifs. Si les arguments de la défense de nos intérêts personnels (il y a plus de pauvres que de riches) et de l’efficacité (taxons où l’argent est) peuvent jouer un certain rôle, la base des arguments les plus porteurs pour taxer davantage les riches demeure l’équité, le fait que l’État doit traiter tous les citoyens également et équitablement.

L’émancipation ne s’emprunte pas

Par Simon Tremblay-Pepin, professeur à l’Université Saint-Paul

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Marc Vallières présente les résultats d’un travail de recherche colossal dans Le Québec emprunte. Syndicats financiers et finances gouvernementales, 1867-1987[1], publié en 2015 chez Septentrion. Imaginez : passer en revue tous les prêts contractés par le gouvernement du Québec de 1867 à 1987 et en extraire les termes particuliers, l’organisation du syndicat financier (ce regroupement de banque et de maison de courtage qui sert d’intermédiaire entre les gouvernements et les marchés lors d’un emprunt) ayant rendu l’emprunt possible, les négociations, etc. Cette tâche minutieuse, au confluent de l’histoire, des finances publiques et de la comptabilité a dû demander un temps et une énergie folle. La somme qui en résulte est, dès le premier abord, imposante : tableaux dodus, graphiques colorés, appareil de note détaillé. Une fois le parcours achevé cependant, on peine à voir émerger une analyse plus politique de cette question, ce qui est fort dommage, car elle aurait été la bienvenue.

L’économie de marché et notre passé

Par Martin Lavallée, Candidat à la maîtrise en histoire à l’UQÀM

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La Coalition pour l’histoire révélait récemment les résultats d’une troisième étude sur l’enseignement de l’histoire nationale du Québec au secondaire, après avoir fait deux études sur l’histoire nationale au collégial et à l’université. Comme les deux précédentes, cette troisième étude révèle que notre histoire nationale n’est pas adéquatement enseignée chez nos jeunes du secondaire, à qui on ‹‹ épargne ›› toute référence nationale au sein du cursus. Qui plus est, l’apprentissage de l’histoire au secondaire serait instrumentalisé au service du présent, dans le but de faire adhérer l’apprenant à un type de société jugé idéal par les pédagogues du ministère de l’Éducation.

Le problème de l’histoire dans notre société ne semble pas émaner uniquement de nos institutions, mais également des Québécois eux-mêmes, selon l’historien Éric Bédard. Dans son plus récent essai, Recours aux sources, Bédard décèle un rapport trouble qu’entretiennent les Québécois avec leur passé, particulièrement celui d’avant 1960. Pour Bédard, le fait que l’histoire du Canada français d’avant 1960 soit qualifiée de ‹‹ grande noirceur ›› et soit dénigrée par les contemporains témoigne que les Québécois n’aiment guère leur passé et ne se considèrent plus comme des ‹‹ héritiers ›› de ce passé qu’ils dénigrent. La société québécoise dont on se réclame serait née comme par enchantement durant la Révolution tranquille, vers 1960, remarque Bédard.

Gilles Dostaler, historien du temps présent

Par Martin Petitclerc, professeur à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)

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D’abord, j’aimerais dire que je suis très heureux d’être ici, même si je ne suis pas trop sûr de la raison qui explique ma présence… En fait, je blague à moitié, car j’ai été invité pour donner suite à l’article que j’ai publié l’année dernière dans la Revue d’histoire de l’Amérique française au sujet du projet d’une histoire sociale critique qui accorderait une place importante à l’étude de l’économie. Comme je le soulignais dans mon article, il me semblait que si l’histoire sociale, qui a toujours prétendu avoir quelque chose à dire non seulement sur le passé, mais également sur le présent et l’avenir, désirait réaffirmer sa pertinence sociale — et on a vu récemment que cette pertinence est férocement contestée —, elle devrait nécessairement s’intéresser à l’économie en plus de la politique…

Or, il se trouve que mon regretté collègue de l’UQAM, Gilles Dostaler, un économiste passionné par l’histoire des idées, était l’un des rares chercheurs à réfléchir d’un point de vue critique à l’économie actuelle en s’appuyant sur une réflexion historique. C’est pour cette raison, bien que je ne crois pas être la meilleure personne pour parler ni de Dostaler ni même de l’histoire économique, que j’ai accepté d’être ici aujourd’hui. Dans cette présentation, je vais aborder successivement deux points. J’évoquerai d’abord un phénomène qui m’apparaît finalement assez étrange, soit le déclin de l’histoire économique au cours des deux ou trois dernières décennies. J’aborderai ensuite le problème d’une histoire économique critique, un aspect qui me permettra de souligner ce que m’inspire la carrière de Gilles Dostaler.

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