Colloque Femmes d’histoire & Histoire de femmes: Québec, le 15 novembre 2025

Publié le 16 décembre 2025

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Dutil-Larose, H. (2025). Colloque Femmes d’histoire & Histoire de femmes: Québec, le 15 novembre 2025. Histoire Engagée. https://histoireengagee.ca/?p=13647

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Dutil-Larose Hubert. "Colloque Femmes d’histoire & Histoire de femmes: Québec, le 15 novembre 2025." Histoire Engagée, 2025. https://histoireengagee.ca/?p=13647.

 
Les 7, 8 et 15 novembre 2025 s’est tenu le colloque Femmes d’histoire & Histoire de femmes, organisé par le comité Mémoire des femmes de la Fédération Histoire Québec. Fidèle à sa mission de mémoire collective, l’organisme plaçait au cœur de l’événement un thème central : reconnaître la place des femmes dans l’histoire québécoise par une meilleure compréhension de leurs rôles et contributions, ainsi que réfléchir aux moyens concrets pour y parvenir. L’objectif était de croiser les regards, de mettre en lumière des parcours oubliés et d’enrichir la connaissance collective par de nouveaux récits et de nouvelles méthodes. Le colloque s’est articulé en trois journées : le 7 novembre, à l’Université de Montréal, ouvert par une promenade guidée portant sur les pionnières de Côte-des-Neiges et suivi d’une table ronde sur la diffusion de l’histoire des femmes ; le 8 novembre, au Musée des Hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Montréal, structuré autour de trois blocs de présentations ; et le 15 novembre, au Pôle culturel des Ursulines à Québec, également divisé en trois blocs de communications. En somme, les trois journées du colloque ont rassemblé près de 30 conférencières et conférenciers.

Dans cet article, Hubert Dutil-Larose revient sur la portion « québécoise » de colloque.

Le samedi 15 novembre dernier a eu lieu, à Québec, la troisième journée du colloque «Femmes d’histoire & Histoire des femmes», organisée par la Fédération Histoire Québec. Cette portion de l’événement avait comme présidente d’honneur l’animatrice et journaliste Catherine Lachaussée et s’est déroulée dans la magnifique chapelle récemment désacralisée du Pôle culturel des Ursulines. En est résulté une journée éclectique, à la fois en raison des sujets abordés et parce qu’elle a rassemblé des chercheur·es universitaires, des historien·nes amateur·es évoluant surtout dans les sociétés historiques, ainsi que des acteur·rices du milieu muséal et communautaire.

Bloc 1 : Femmes et soins au fil du temps

La journée s’est ouverte avec un premier bloc ayant pour thème «Femmes et soins au fil du temps». La communication inaugurale a été offerte par sœur Claudette Ledet, qui a notamment occupé les postes de directrice de la Chapelle historique Bon-Pasteur et du Musée Bon-Pasteur, ainsi que par Marie Leclerc, ex-conseillère municipale, cofondatrice de la coopérative d’habitation Grandir en ville et présidente du Groupe ReGénérations Bon-Pasteur. Toutes deux héritières à leur façon de l’œuvre des Sœurs du Bon-Pasteur, elles ont présenté l’histoire de la communauté depuis sa création par Marie Fitzback en 1856, jusqu’à son expropriation en 1974 par le gouvernement provincial dans la foulée de la consolidation de la colline parlementaire. S’en est suivie une vaste mobilisation pour que soit protégé et valorisé le patrimoine architectural développé par la congrégation, débouchant notamment sur la création de sept coopératives d’habitation. 

Jacques Richard, membre de nombreuses sociétés historiques et administrateur à la Société historique de Cap-Rouge, a ensuite présenté ses patientes et minutieuses recherches sur la vie d’Emma Gaudreau (1861-1934), première dentiste canadienne-française. Née à Montmagny dans une famille pauvre, son parcours singulier pousse à la réflexion sur les stratégies d’ascension sociale et d’émancipation professionnelle qui s’offraient aux femmes de son époque. 

Une conférence de Julie Francoeur et Florence Gagnon-Brouillet, toutes deux doctorantes en histoire à l’Université Laval, a clos ce premier bloc. Elles ont présenté un webdocumentaire, disponible prochainement, portant sur l’histoire des femmes pensionnaires au Québec. Elles ont notamment abordé les enjeux inédits que pose cette forme de médiatisation de l’histoire pour les historiennes universitaires. Comment déterminer la personnalité des personnages ? Comment élaborer leur univers visuel ? Comment construire l’intrigue ? Autant de questions posées par ce riche et ambitieux projet conjuguant histoire scientifique et narration sensible.

Bloc 2 : Femmes et occupation du territoire

Le deuxième bloc de la journée avait pour thème « Femmes et occupation du territoire » et s’est ouvert avec une communication de Marie-Claude Duchesne et Margot Genty, respectivement directrice et chargée de projet à la Société d’histoire de la Baie-James. Elles y mènent, depuis quelques années, un vaste projet de recherche visant à « débroussailler » le passé méconnu des femmes à la Baie James, région dont on a tendance à résumer l’histoire à ses défricheurs, bûcherons, harnacheurs de rivières et mineurs, en oubliant trop souvent le rôle essentiel qu’y jouèrent ses ménagères, infirmières, institutrices, commerçantes et autres travailleuses. 

La présentation suivante, par Julie Raby, agente de développement au Service aux collectivités de l’UQAM et membre de l’Association patrimoniale de Saint-Denis-de-La-Bouteillerie, a porté sur le renouvellement de l’exposition permanente de la Maison Chapais, située dans le village de Saint-Denis-De La Bouteillerie dana la région de Kamouraska. L’un des enjeux de cette actualisation muséale est de mieux cerner et mettre en valeur l’apport important des femmes à l’histoire de l’institution. Cette relecture féministe des archives de la Maison Chapais a permis, entre autres, de mettre en lumière l’apport incontournable de Julienne Chapais à l’histoire du musée. 

Une conférence d’André Kirouac, ancien directeur du Musée naval de Québec et expert de l’histoire maritime canadienne, a complété ce deuxième bloc. Il a présenté le parcours de quatre femmes vétéranes de la Deuxième Guerre mondiale : Germaine Perry, infirmière radiologiste, Margaret Martha Brooke, infirmière diététicienne, Marie Duchesnay-Marra, cryptographe, et Victoria Wickham La Prairie, signaleure. Avec cette présentation, Kirouac a rappelé l’enrôlement de dizaines de milliers de Canadiennes françaises dans ce conflit, fréquemment occulté au profit d’une histoire essentiellement virile de la Deuxième Guerre mondiale. 

Bloc 3 : Solidarités et résistances féminines

Le troisième et dernier bloc, de loin le plus éclectique, avait pour thème «solidarités et résistances féminines». Meggie Sue Cadrin, doctorante au département des sciences historiques de l’Université Laval, y a d’abord présenté les recherches réalisées dans le cadre de sa maîtrise sur les femmes accusées de violence mineure à Québec entre 1820 et 1870. Le portrait qu’elle dresse de cette petite criminalité lui permet de rattacher, non pas à une déviance comme on le fait souvent à l’époque, mais bien à leur condition socioéconomique les gestes de violence mineure commis par des femmes ; ceux-ci constituent d’abord et avant tout des formes de résistance à une violence quotidienne (institutionnelle, économique, patriarcale, etc.).

Pierre-Luc Noël, doctorant en histoire à l’Université de Sherbrooke, a  ensuite abordé la place donnée aux femmes en agriculture dans les journaux de la Montérégie Est. En s’appuyant sur un dépouillement préliminaire, Noël a exploré  la représentation des femmes dans ces publications comme marqueur de moralité et pilier de famille de cultivateurs. Or, c’est surtout de la faible présence des figures féminines dans ces journaux dont témoigne la conférence de Noël.

Finalement, Marie-Laurence Raby, doctorante en histoire à l’Université Laval, a clos la journée par une conférence portant sur un projet d’histoire collaborative sur le Centre Femmes d’aujourd’hui, dont elle est la présidente du Conseil d’administration. À l’occasion du cinquantenaire de cet organisme est née l’idée de réaliser une monographie. Il s’agissait alors d’ancrer historiquement les luttes de ce centre et ainsi de revaloriser sa mission, dans un ouvrage par et pour les femmes qui s’y sont impliquées. En plus du dépouillement des archives de l’institution, la recherche a impliqué  l’organisation d’ateliers leur offrant l’occasion de s’exprimer sur la nature du projet et de livrer leur témoignage. L’ouvrage qui en résultera est à paraître prochainement.

En somme, la troisième journée du colloque «Femmes d’histoire & Histoire des femmes» a été l’occasion de montrer la vitalité et la diversité de l’histoire des femmes au Québec, tout en s’interrogeant sur les enjeux qu’elle présente pour la recherche et les personnes  qui s’efforcent de la diffuser. Grâce à la diversité des parcours des conférencières et conférenciers, l’événement a permis  de prendre acte de travaux universitaires s’inscrivant dans ce champ historiographique, de la contribution des sociétés historiques à sa mise en valeur et de son utilité pour le milieu communautaire. 

Si toutes les conférences ont été marquées par une même volonté de combattre l’invisibilisation des femmes en histoire, il apparaît toutefois regrettable que la dimension critique, qui fit longtemps toute la pertinence de l’histoire des femmes, y ait été parfois effacée. Au terme de cette journée, on ne peut ainsi s’empêcher de se questionner : est-il possible de se réclamer de l’histoire des femmes sans interroger les rapports de pouvoir et les structures de domination qui les ont marginalisées  au fil du temps ? 

Hubert Dutil-Larose