Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Nationalisme Page 1 of 7

Dans l’intérêt de la nation : la convergence culturelle comme pilier du discours nationaliste québécois, de Lévesque à Legault

Par Jérémie Rose, Université de Sherbrooke

Alors qu’il s’adresse aux Québécois.es pour justifier la nécessité de la loi 21, le premier ministre François Legault rappelle « qu’au Québec, c’est comme ça qu’on vit[1] ». Consciemment ou non, son utilisation du « on » rappelle beaucoup cette tendance qu’avait Jacques Parizeau, à l’époque du référendum de 1995, d’utiliser à profusion le « nous » pour parler des partisans.es de l’indépendance[2]. Dans les deux cas, malgré l’imprécision des critères d’inclusion et d’exclusion utilisés, il apparaît clair que cette inclusion passe par l’intégration à la majorité francophone (et, plus récemment, laïque), notamment dans le cas des Néo-Québécois.es[3]. Historiquement, cette idée d’une convergence vers la culture majoritaire est avant tout véhiculée par des partis politiques adoptant des postures nationalistes ou indépendantistes, principalement le Parti québécois et, plus récemment, la Coalition Avenir Québec. D’abord conceptualisée par le gouvernement Lévesque en 1978, cette vision de l’intégration place la promotion de la culture francophone et laïque au premier plan des préoccupations de l’État, parfois au détriment des droits, des intérêts et des préoccupations des membres des minorités ethniques et religieuses. Encore aujourd’hui, cette idéologie continue d’être mise de l’avant par le camp nationaliste qui y voit une solution à l’effritement de l’essence nationale[4]. Elle est néanmoins toujours rejetée par une grande majorité de Néo-Québécois.es et continue ainsi d’alimenter les débats identitaires au Québec. Considérant que les communautés culturelles visées par les plus récents efforts du gouvernement en matière d’intégration représentent surtout les minorités visibles et les Néo-Québécois.es portant des signes religieux dits « ostentatoires », il est difficile de ne pas y voir les symptômes d’une discrimination systémique[5] qui, peut-être davantage aujourd’hui qu’à l’époque de René Lévesque, apparaît avec plus de clarté. Cette tension sociale est surtout visible suite aux mesures mises en place récemment par le gouvernement Legault qui, depuis son élection en 2018, cherche à régler ce débat brûlant et complexe de l’intégration harmonieuse des Néo-Québécois.es qui dure depuis maintenant près de 50 ans. Au final, il ne fait pourtant que perpétuer un modèle d’intégration qui, loin d’être optimal et inclusif, consacre plutôt une interprétation faussée de ce que devrait être l’identité québécoise. Dans le but de démontrer la persistance de la culture de convergence chez les gouvernements nationalistes depuis 1978, j’analyse les politiques établies par le gouvernement Lévesque entre 1978 et 1981 concernant la gestion de la diversité culturelle. Je fais ensuite le pont avec les tensions survenues autour de ce sujet depuis le tournant du 21e siècle, du discours controversé de Parizeau en 1995 jusqu’aux débats entourant la loi 21.

Le Courrier Le Bon-Pasteur en Haïti : entre histoire nationale et transnationale

Par Laurence Bordeleau, candidate à la maîtrise en histoire, Université Laval

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Les missions à l’étranger sont au cœur de l’œuvre apostolique de nombreuses communautés religieuses féminines québécoises. La communauté des Sœurs du Bon-Pasteur de Québec, fondée dans les années 1850, compte parmi les congrégations à s’être embarquées pour l’étranger pour venir en aide aux personnes en difficulté. Principalement dévouées à la cause des femmes et des enfants au Québec, leurs œuvres sociales ont pris des formes variées : elles ont entre autres tenu des centres de réhabilitation pour les femmes à leur sortie de prison, des asiles, des orphelinats et des hôpitaux[1]. Dès leurs premières années, les œuvres caritatives se sont doublées d’une dimension éducative qui sera aussi exportée dans leurs missions à l’étranger en Afrique et en Amérique latine. À l’aube des années 1970, les Sœurs du Bon-Pasteur acceptent l’invitation qui leur a été lancée par l’abbé Willy Romulus pour offrir leurs services en Haïti. Ainsi, elles ont dirigé des dispensaires et des écoles dans près d’une dizaine de villes haïtiennes[2].

À l’heure où les appareils numériques et les plateformes médiatiques pour rester « connectés » à distance abondent, on peut se questionner sur les moyens utilisés par les sœurs pour rester en contact avec leur communauté établie un peu partout dans le monde avant cette ère numérique. Comme bien d’autres congrégations missionnaires l’ont fait, l’administration des Sœurs du Bon-Pasteur de Québec désirait garder ses membres au courant de ses activités à l’étranger. En ce sens, les Courriers Le Bon-Pasteur en Haïti représentent un exemple révélateur des stratégies mises en place par les communautés religieuses durant les années 1970 et 1980 pour cimenter le sentiment d’appartenance de ses membres malgré la dispersion, comme l’exprime l’appel suivant : « Que nous soyons au Canada ou des E.-U., d’Afrique, du Brésil ou d’Haïti, nos cœurs vibrent à l’unisson dans une même joie et une même espérance […] [3]».

À l’aube d’une identité acadienne transnationale : le premier Congrès mondial acadien

Par Alyson Blaquière, candidate à la maîtrise en histoire à l’Université Laval
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Rassemblement lors du Congrès mondial acadien de 2009, tenu dans la péninsule acadienne au nord-est du Nouveau-Brunswick. Source : Archives Acadie-Nouvelle

Dès leur première édition en 1994, les Congrès mondiaux acadiens (CMA)[1] transforment en enjeu majeur la définition même de la communauté acadienne. Ils questionnent l’image traditionnelle d’une Acadie ancrée dans un espace essentiellement limité aux Maritimes pour tenir compte du fait que les Acadiens ont essaimé un peu partout après la Déportation de 1755, du Canada à la France, en passant par les États-Unis, l’Angleterre et les Antilles. Au fil du temps, différentes communautés se sont alors développées, se forgeant des identités spécifiques tout en empruntant aux cultures environnantes. Lors du premier CMA de 1994, plusieurs questions sont donc lancées. Tous ces foyers participent-ils au projet identitaire acadien ? Existe-t-il une « Grande Acadie » qui s’étend par-delà les frontières nationales ou la véritable Acadie se limite-t-elle à son berceau des Maritimes ? À travers l’étude du Congrès de 1994, nous analyserons les débats qui opposent les partisans d’une Acadie « transnationale » disséminée dans l’espace à ceux d’une Acadie « nationale » bien ancrée dans un territoire homogène.

Nous définirons d’abord les notions « identité », « national » et « transnational », puis nous montrerons de quelle manière la communauté acadienne en vient à placer le transnational au cœur de sa définition identitaire. Finalement, nous exposerons le discours de la « Grande Acadie » mis de l’avant par le CMA avant de présenter les critiques de ses détracteurs. Pour tenter de cerner au mieux l’importance de la perspective transnationale dans ces débats, nous baserons notre analyse sur les actes des conférences et des tables rondes du Congrès de 1994 qui ont abordé divers thèmes, par exemple : communications, culture, patrimoine, économie et éducation[2]. Ces documents se révèlent pertinents, car ils reflètent une redéfinition de l’identité acadienne qui traduit le désir d’inclusion de la diaspora.

L’identité, le national et le transnational : trois concepts clés

En ce qui concerne le concept d’identité, nous nous inspirerons surtout de l’approche du sociologue Fernand Dumont. Selon lui, ce sont notamment les idéologies, l’histoire et la littérature d’une nation qui participent à construire son identité. En ce sens, l’identité acadienne ne peut être pensée en tant que telle qu’à partir du milieu du XIXe siècle. Sa première manifestation prend la forme de la publication, en 1847, du poème Evangeline d’Henry Longfellow (traduit en français par Pamphile Le May en 1865)[3]. D’autres référents identitaires nationaux sont ensuite adoptés pendant les Conventions nationales des années 1880 : la fête nationale, le drapeau, l’hymne, l’insigne et la devise[4]. Puis, dans un autre ordre d’idée, considérant l’apport des influences et des affinités intercommunautaires dans la construction identitaire acadienne, rappelons que le sociologue Michel Castra précise que les interactions sociales façonnent les identités collectives. Celles-ci, selon lui, « trouvent leur origine dans les formes identitaires communautaires où les sentiments d’appartenance sont particulièrement forts (culture, nation, ethnies…)?»[5]. Cette thèse de Castra nous sera utile pour comprendre comment la diaspora acadienne développe parallèlement des sentiments d’appartenance envers l’Acadie ainsi qu’envers d’autres communautés ethnoculturelles. Les Acadiens de la diaspora se perçoivent des affinités avec différents groupes, ce qui influence leur processus de construction identitaire[6].

« Apprécier l’histoire autrement » : Retour sur les Rendez-vous d’histoire de Québec du 10-12 août 2018

Par Gabriel Thériault, candidat à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Montréal
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Pour leur première édition, les Rendez-vous d’histoire de Québec ont offert au grand public une programmation de conférences diversifiées selon une formule «festival» qui a attiré un grand nombre d’auditeurs et d’auditrices. Le comité organisateur, composé notamment des historiennes Catherine Ferland et Marie-Ève Ouellet, ainsi que du président d’honneur, l’historien Jacques Mathieu, ont choisi trois institutions hôtes du Vieux-Québec comme décor pour l’événement. Ces institutions offrent au public amateur d’histoire une immersion au cœur du passé architectural de Québec[1]. C’est dire que ces établissements se distinguent substantiellement des salles de conférences sans grand caractère dont nous avons trop souvent l’habitude.

La diffusion de l’histoire, et plus précisément l’histoire du quotidien, des usages et des habitudes, fut un des principaux thèmes de ce rendez-vous. Les conférences ont mis de l’avant certains outils de diffusion de l’histoire, des découvertes documentaires récentes et inédites, ainsi que des sujets originaux et très bien synthétisés. Cette programmation chargée comptait au total plus d’une vingtaine de conférences, de visites, de projections et d’expositions. Bien que je n’ai pu assister à toutes les présentations puisque certaines se chevauchaient, j’ai privilégié des communications qui couvrent un large spectre historiographique[2]. La présentation d’un document inédit de Samuel de Champlain, la diversité des sujets abordés ainsi que la table ronde de clôture réunissant les historiens Denis Vaugeois et Jacques Mathieu discutant de l’œuvre de Jacques Lacoursière ont particulièrement retenu mon attention.

Un document inédit

Le comité organisateur des Rendez-vous d’histoire de Québec a remporté son pari : la conférence inaugurale affichait plus que complet et j’ai dû, comme plusieurs personnes et à notre grand désarroi, écouter la présentation de la récente découverte de l’historien Éric Thierry à travers un cadre de porte. Notons que dès la semaine précédant l’événement, les médias s’étaient emballés de la (re)découverte d’un dossier d’exploration manuscrit écrit par Samuel de Champlain. En effet, Thierry explique que le document fut découvert une première fois à la Bibliothèque nationale de France en 1904, avant de tomber dans l’oubli. Les questions que pose Thierry sont à la base de la pratique historienne : est-ce bien Samuel de Champlain qui est l’auteur de ce dossier d’exploration ? Qu’elle est sa pertinence quant aux connaissances géographiques de l’époque ? Quels renseignements offre-t-il sur l’expérience coloniale ?

Pour sortir de la division

Par Julien Fecteau Robertson, militant solidaire et enseignant de philosophie au Cégep de Rimouski

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Le traumatisme et la continuité

Yvan Lamonde est historien et enseigne la littérature québécoise à l’Université McGill. Ses travaux se sont surtout concentrés sur l’histoire des idées, la sociographie québécoise et on lui doit plusieurs recherches et réflexions sur l’identité et les divers courants intellectuels au Québec. Publié au début de 2017, Un coin dans la mémoire[1] n’est pas à proprement dit un travail d’historien. Arguant qu’il y a « peu de choses aussi peu scientifiques que la psychologie collective », l’auteur assume pleinement la posture d’essayiste, s’inspirant carrément de la psychanalyse, mais ne se privant pas pour autant d’enrichir l’ouvrage de nombreuses références qui constituent son bagage de chercheur. La véritable richesse de cet essai réside cependant surtout dans sa capacité de cerner des problèmes fondamentaux de l’existence québécoise à travers quelques métaphores impressionnistes, que les références historiques permettent d’ancrer dans la réalité.

Les deux premiers des quatre chapitres servent à exposer le problème fondamental de la « division » en exposant d’abord ses sources historiques puis ses effets. Les deux derniers visent quant à eux à exposer de façon très générale comment l’on devrait essayer de régler ce problème en rapaillant la conscience historique de manière à déloger le coin qui nous empêche d’avancer collectivement. Pour cela, il faudra selon lui créer une conscience historique qui ne soit pas essentiellement autoréférentielle, mais qui constitue plutôt le fondement d’un projet politique.

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