Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

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Re-visiter le récit colonial au musée et au théâtre : l’histoire de la conquête de l’Ouest et le western à Montréal

Par Adèle Clapperton-Richard, candidate à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et membre du comité éditorial

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Les commémorations publiques ont dernièrement fait l’objet de vives polémiques[1]. Ces débats ont pris une ampleur significative dans le cadre, notamment, des festivités du 150e anniversaire du Canada ou du 375e de la ville de Montréal. Des historien.ne.s, des militant.e.s, des artistes, entre autres, ont critiqué l’homogénéité des points de vue dans la sélection des faits et des événements publiquement commémorés[2]. Certain.e.s ont même proposé des façons d’envisager la commémoration autrement[3]. Tous ces débats sont issus d’un terreau commun : celui des questions identitaires, des représentations sociales et culturelles, et surtout, de leur poids dans la mémoire collective. Force est de constater que de nouvelles voies de remémoration des événements ou des personnages « importants » de l’histoire nous sont offertes. Les milieux culturels et artistiques sont sans aucun doute des espaces de diffusion et de transmission de contenus historiques. Ils participent directement, dans des registres ayant souvent une plus grande portée que ceux de la communauté historienne, au processus de médiation de l’histoire dans l’espace public. Les possibles dérives de telles médiations, qui parfois tombent dans la promotion d’une mémoire au service d’un récit historique biaisé et dominant, peuvent être à craindre. Il faut toutefois se réjouir lorsqu’elles permettent le déploiement d’une narration aux contenus diversifiés, critiques et hors des schèmes conventionnels.

À ce titre, deux espaces culturels distincts nous invitent – ou plutôt nous ont invité, dans l’un des cas – à revisiter l’histoire et l’imaginaire de l’Ouest : le Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM) et le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui (CTD’A). Le premier présente l’exposition Il était une fois… le Western : une mythologie entre art et cinéma jusqu’au 4 février 2018; la pièce Le Wild West Show de Gabriel Dumont était à l’affiche aux mois d’octobre et novembre derniers au CTD’A. En nous plongeant dans l’univers du western et des spectacles de type « wild west », le MBAM et le CTD’A remettent en question les grands récits nationaux américain et canadien, ainsi que les mythes qui les ont façonnés. Je me propose ici de présenter les perspectives critiques mises de l’avant tant par l’exposition que par la pièce. Non seulement ces propositions sont abordées à travers des thématiques similaires, mais elles permettent de mettre de l’avant une vision qui déboulonne la trame narrative d’une histoire nationale mettant en valeur les hommes blancs, leurs exploits militaires, et les événements politiques liés à l’idéologie coloniale. L’exposition du MBAM étant plutôt dense, la part d’analyse qui y est accordée ici est plus large.

« Aux urnes, citoyennes ! » Une exposition sur une lutte majeure du XXe siècle : l’acquisition des droits politiques des femmes au Québec

Par Marilyne Brisebois, doctorante en histoire à l’Université Laval et chercheuse à l’Atlier F. Coopérative de recherche sociale

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Affiche de l'exposition "Aux urnes, citoyennes !".

Affiche de l’exposition « Aux urnes, citoyennes ! ».

Dans le cadre du 75e anniversaire de l’obtention du droit de vote et d’éligibilité des femmes au Québec, l’Assemblée nationale du Québec, en collaboration avec le Directeur général des élections du Québec, propose une exposition. Aux urnes, citoyennes! basée sur la collection de l’Assemblée nationale du Québec. Une première petite partie se retrouve au dernier étage de l’hôtel du Parlement de l’Assemblée nationale. Elle comprend une maquette du Monument en hommage aux femmes en politique fait par Jules Lasalle et dévoilé en décembre 2012 (situé du côté sud de l’hôtel du Parlement). Celui-ci représente quatre figures emblématiques de la lutte pour les droits politiques des femmes, soit Marie Gérin-Lajoie, Idola Saint-Jean, Thérèse Casgrain et Marie-Claire Kirkland. Une sculpture en bronze d’Aristide Gagnon acquise par l’Assemblée nationale lors de l’Année internationale de la femme en 1975, La Femme, est aussi présentée. Quelques panneaux informatifs clôturent cette partie matérielle de l’exposition. Des archives historiques y sont reproduites ainsi que du matériel électoral (bulletin de vote et formulaire de mise en candidature) remontant jusqu’à 1947, et une brève chronologie de la lutte des femmes pour leurs droits politiques, commencée au XIXe siècle, y est présentée. La dimension internationale de cette lutte est effleurée, notamment par l’exemple du cas britannique, tout comme les diverses étapes qui l’ont jalonnée, comme les 13 rejets du projet de loi au cours des années 1920-30. Des citations des quatre pionnières du mouvement (M. Gérin-Lajoie, I. Saint-Jean, T. Casgrain et M.-C. Kirkland) sont également transcrites. Sur le mur sont projetées d’autres images d’archives sur le sujet, comme la loi accordant aux femmes le droit de vote et d’éligibilité, des caricatures sur les suffragettes, des lettres, etc.  Un écran tactile permet enfin aux visiteurs et visiteuses d’approfondir leurs connaissances sur le sujet par l’exploration d’une exposition virtuelle.

« Se battre en Flandre. Gaz. Boue. Mémoire » et goupillon. Retour sur le centenaire de la Grande Guerre au Musée Canadien de la Guerre

Mathieu Arsenault, Candidat au doctorat en histoire à l’Université York

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Depuis 2014, l’on ne compte plus les événements entourant le centième anniversaire de la Grande Guerre tellement les commémorations, célébrations, expositions, colloques et conférences en tout genre sont légion, s’immiscent parfois dans les sphères de notre quotidien les plus insoupçonnées. S’il y a en revanche un endroit entre tous où l’on se rend volontiers pour participer à cet engouement entourant l’histoire de la Première Guerre mondiale, c’est bien au Musée canadien de la Guerre à Ottawa. À ce chapitre, le moins que l’on puisse dire est que la programmation de cette Mecque de l’histoire militaire canadienne ne déçoit pas. L’an dernier, les salles d’expositions temporaires du Musée offraient un regard artistique sur le conflit avec l’exposition Témoin. Art Canadien de la Première Guerre mondiale qui présentait une sélection de tableaux tirés de la collection Beaverbrook, mettant côte à côte dans une harmonieuse composition aussi bien le travail de certains maîtres de la peinture canadienne du début du siècle que celui de peintres amateurs enrôlés sous les drapeaux. Simultanément, l’exposition Transformations A. Y. Jackson & Otto Dix. L’art marqué par la Guerre formait un impressionnant corridor rassemblant parmi les plus belles œuvres du peintre canadien du Groupe des Sept et du maître allemand de la Nouvelle Objectivité dans deux séries de compositions paysagères guidant le spectateur à travers une évolution du style et des thèmes, voire même carrément du mouvement pictural. Bien qu’inusitée, la juxtaposition entre le parcours divergent de deux artistes contemporains qui ont vécu un demi-siècle d’histoire politique et artistique torturé par la guerre, une crise économique majeure et deux révolutions allemandes de façon brutalement différente, s’est avérée être une façon originale et lumineuse de démontrer l’impact de la Grande Guerre, non seulement sur la transformation des courants artistiques dominants, mais aussi sur l’ensemble des représentations véhiculées par une certaine élite bourgeoise.

La relève au cœur de l’histoire

Par Évelyne Laflamme, directrice générale de la Fondation François-Lamy et chargée de projets dans le collectif Le Cabinet des Curieuses

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J’ai terminé mes études il y a maintenant deux ans. Un baccalauréat en histoire de l’art et un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en muséologie en poche, je pouvais enfin travailler et mettre en pratique ces notions et théories apprises, mais surtout travailler dans un domaine qui me passionne depuis si longtemps!

Bien sûr, il y a la crainte de ne pas avoir d’emploi. Le monde muséal au Québec est petit, les offres d’emploi dans ce domaine ne pleuvent pas. Pourtant, il faut savoir saisir les opportunités et foncer! Ce texte vise donc à vous présenter, cher lecteur, deux emplois que j’occupe actuellement : directrice générale de la Fondation François-Lamy et chargée de projets dans le collectif Le Cabinet des Curieuses.

Musée canadien des civilisations : aux larmes citoyens !

Par Laurent Turcot, professeur en histoire à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)[1]

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Musée canadien des civilisations. Crédit photo abdallahh.

Musée canadien des civilisations. Crédits : abdallahh.

Le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, a annoncé mardi en grande pompe la création, ou plutôt la transformation, du Musée canadien des civilisations en Musée canadien de l’histoire. Cette décision fait partie d’un programme qui vise à promouvoir l’histoire du Canada à la veille du 150e anniversaire de la Constitution de 1867. Comme historien, je ne peux, à première vue, que me réjouir de cette décision. L’histoire enfin financée, voilà qui permet de respirer un peu.

Il me semble pourtant qu’il faut, aujourd’hui plus que jamais, accueillir ces décisions avec une grande précaution. Faisons œuvre d’historiens du temps présent. Prenons un peu de recul, rétablissons le contexte dans lequel cette décision s’inscrit, mais plus important, tâchons de comprendre l’idée qui est derrière.

On a souvent insisté sur le fait que la politique du gouvernement conservateur, depuis qu’il est au pouvoir, est d’enlever le plus d’État possible pour les contribuables. Moins d’impôts, moins de bureaucratie, moins de subventions, chacun pour soi et que le meilleur gagne. À la lumière de la décision d’aujourd’hui, il n’en est rien. La transformation du Musée s’inscrit dans une tendance qui fait craindre le pire.

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