Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

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La rébellion des Patriotes (1837-1838) : le renforcement du colonialisme de peuplement au Canada

Affiche par Orion Keresztesi, artiste et un militant, texte par Jarett Henderson, professeur agrégé au Département d’histoire de l’Université Mount Royal à Calgary, et Traduction par Laure Henri

Dans les années 1830 s’organise une lutte contre le régime colonial en place dans le Haut et dans le Bas-Canada, une lutte qui vise à instaurer un gouvernement contrôlé par les colons plutôt que par le pouvoir impérial et ses représentants, et qui donne lieu à d’importants débats, protestations publiques, menaces de violences et actes de rébellion. Bien qu’elles soient très souvent célébrées et considérées comme certains des événements les plus décisifs de l’histoire du Canada, pendant lesquels les colons opprimés se sont battus pour le droit d’intervenir dans leur propre gouvernement, il ne faut pas oublier que les rébellions de 1837 et de 1838 ont également entraîné l’instauration du cadre politique qui était nécessaire à la mise en œuvre radicale de la colonisation de peuplement en Amérique du Nord.

Cachez cette nuance que je ne saurais voir !*

Par Isabelle Picard, ethnologue

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Le 3 mai 1536, Jacques Cartier attira en donnant un prétexte le chef Donnacona et neuf autres autochtones près de ses caravelles pour ensuite les enlever et les amener en France. Ils y moururent tous. Vous ne le saviez pas ?

Il y a au minimum quatre théories qui pourraient expliquer la présence autochtone en Amérique dont une qui dit que les autochtones vivraient sur cette terre depuis des temps immémoriaux. Vous ne le saviez pas non plus ?

Je ne vous le reproche pas. C’est plutôt normal. Les anciens programmes d’histoire du Québec et du Canada n’en parlent pas.

En 2015, la Commission de vérité et de réconciliation, mise en place par le gouvernement fédéral pour faciliter la réconciliation entre autochtones et Canadiens dans la foulée des révélations entourant la période des pensionnats autochtones, a formulé 94 appels à l’action. L’un d’eux se décrit ainsi : « … en consultation et collaboration avec les survivants, les peuples autochtones et les éducateurs, rendre obligatoire, pour les élèves de la maternelle à la douzième année, l’établissement d’un programme adapté à l’âge des élèves portant sur les pensionnats, les traités de même que les contributions passées et contemporaines des peuples autochtones à l’histoire du Canada ». En consultation et collaboration.

Des rapports de pouvoir qui dérangent

Par Marie-Hélène Brunet, professeure, Faculté d’éducation, Université d’Ottawa, Adèle Clapperton-Richard, candidate à la maîtrise en histoire, UQAM, Widia Larivière, éducatrice aux droits humains et aux droits des peuples autochtones, cofondatrice de la branche québécoise du mouvement Idle NoMore et Philippe Néméh-Nombré, doctorant en sociologie, Université de Montréal

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Nous avons été consterné-e-s à la lecture de l’article « Des retouches qui dérangent », à la une du Devoir du 19 novembre dernier, présentant les réactions de deux historiens, Denys Delâge et Gilles Laporte, sur les corrections apportées aux manuels d’histoire concernant les représentations des Premières Nations.

Les voix mises de l’avant dans l’article

Nous avons aussi trouvé « aberrant » et « absurde » (pour reprendre leurs propres mots) que la parole soit donnée à ces deux seuls historiens, allochtones. Ceci nous semble révéler une dynamique issue de rapports inégaux de pouvoir, leur permettant de se retrouver à la une pour réagir et valoriser leur opinion. Car, outre la brève citation de la sous-ministre Barcelo, l’article ne relaie aucune autre voix. Si les journalistes indiquent d’abord que le Conseil en éducation des Premières Nations « n’a pu être joint » (sans préciser la teneur de ces tentatives), rien n’indique (ni dans l’article ni dans les quelques précisions publiées en complément le lendemain) qu’ils ont tenté d’obtenir l’avis d’historien-e-s ou enseignant-e-s issu-e-s d’une nation autochtone. Trois jours plus tard, le 22 novembre, le Conseil en éducation des Premières Nations (CEPN) et l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) ont d’ailleurs réagi en publiant leur propre communiqué dans lequel ils « déplor[ai]ent l’acharnement médiatique qui fait porter aux Premières Nations la responsabilité des changements apportés aux livres d’histoire du Québec » ainsi que « [l] e discours rétrograde et colonial qui [leur] a été servi dans les médias ».

« Apprécier l’histoire autrement » : Retour sur les Rendez-vous d’histoire de Québec du 10-12 août 2018

Par Gabriel Thériault, candidat à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Montréal
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Pour leur première édition, les Rendez-vous d’histoire de Québec ont offert au grand public une programmation de conférences diversifiées selon une formule «festival» qui a attiré un grand nombre d’auditeurs et d’auditrices. Le comité organisateur, composé notamment des historiennes Catherine Ferland et Marie-Ève Ouellet, ainsi que du président d’honneur, l’historien Jacques Mathieu, ont choisi trois institutions hôtes du Vieux-Québec comme décor pour l’événement. Ces institutions offrent au public amateur d’histoire une immersion au cœur du passé architectural de Québec[1]. C’est dire que ces établissements se distinguent substantiellement des salles de conférences sans grand caractère dont nous avons trop souvent l’habitude.

La diffusion de l’histoire, et plus précisément l’histoire du quotidien, des usages et des habitudes, fut un des principaux thèmes de ce rendez-vous. Les conférences ont mis de l’avant certains outils de diffusion de l’histoire, des découvertes documentaires récentes et inédites, ainsi que des sujets originaux et très bien synthétisés. Cette programmation chargée comptait au total plus d’une vingtaine de conférences, de visites, de projections et d’expositions. Bien que je n’ai pu assister à toutes les présentations puisque certaines se chevauchaient, j’ai privilégié des communications qui couvrent un large spectre historiographique[2]. La présentation d’un document inédit de Samuel de Champlain, la diversité des sujets abordés ainsi que la table ronde de clôture réunissant les historiens Denis Vaugeois et Jacques Mathieu discutant de l’œuvre de Jacques Lacoursière ont particulièrement retenu mon attention.

Un document inédit

Le comité organisateur des Rendez-vous d’histoire de Québec a remporté son pari : la conférence inaugurale affichait plus que complet et j’ai dû, comme plusieurs personnes et à notre grand désarroi, écouter la présentation de la récente découverte de l’historien Éric Thierry à travers un cadre de porte. Notons que dès la semaine précédant l’événement, les médias s’étaient emballés de la (re)découverte d’un dossier d’exploration manuscrit écrit par Samuel de Champlain. En effet, Thierry explique que le document fut découvert une première fois à la Bibliothèque nationale de France en 1904, avant de tomber dans l’oubli. Les questions que pose Thierry sont à la base de la pratique historienne : est-ce bien Samuel de Champlain qui est l’auteur de ce dossier d’exploration ? Qu’elle est sa pertinence quant aux connaissances géographiques de l’époque ? Quels renseignements offre-t-il sur l’expérience coloniale ?

La langue des signes québécoise: Langue populaire et enjeux ordinaires

Par Anne-Marie Buisson, membre étudiante du Centre d’histoire des régulations sociales[1]
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Désormais, nous avons cessé de nous laisser modeler. Nous sommes Sourds et avons conscience de cette différence. Nous sommes nous-mêmes. Oui, nous avons cessé de faire semblant d’entendre
– Raymond Dewar[2]

Le 21 août dernier, Québec Solidaire annonçait qu’il s’engageait à reconnaitre le statut officiel des langues signées utilisées au Québec, l’American Sign Language (ASL) et la langue des signes québécoise (LSQ). Pour la première fois au Québec, la reconnaissance des langues des signes est intégrée au programme politique d’un parti qui fait de l’inclusion et de l’accessibilité des enjeux électoraux. Il n’en fallait pas moins pour que le chroniqueur du Journal de Montréal, Richard Martineau, tourne cette annonce en dérision, et ce, en ridiculisant tout simplement l’importance de la reconnaissance de la LSQ sur les réseaux sociaux. Outre l’ignorance crasse et le mépris que Martineau expose sans retenue envers les revendications des groupes minoritaires en général, ce sont surtout les commentaires méprisants des internautes devant un tel projet qui ont retenu notre attention.

Institution des Sourdes-Muettes 3725, rue St-Denis, Montréal, P.Q. (Crédit :Darois et Steben,1943/BANQ-numérique)

Si les langues des signes sont étudiées par les linguistes depuis les années 1960, l’histoire et la culture Sourde[3] sont des objets d’études encore récents. Au Québec, depuis le début des années 1990, elles retiennent l’attention de nombreux sociologues, d’anthropologues et d’historien-ne-s et ont fait l’objet de bon nombre d’ouvrages, de documentaires et même d’expositions. Pourtant, cette communauté est encore invisibilisée et ses revendications restent toujours sans grand écho, et ce, même si les premières associations canadiennes de personnes sourdes[4] ont vu le jour vers la fin du XIXe siècle.­­ L’étude de ces associations reste difficile, notamment à cause de la rareté des sources. Les documents témoignant de leur développement ont été en majeure partie détruits ou perdus. Reste les traces conservées par certaines institutions charitables de l’époque ainsi que les sources orales. De plus en plus en plus exploitées, ces dernières permettent d’intégrer à l’histoire culturelle et institutionnelle des Sourd-e-s du Québec une histoire sociale qui fait ressortir la spécificité de la communauté Sourde québécoise. Le et la Sourd-e deviennent ce faisant des acteurs sociaux qui s’organisent devant les inégalités et les oppressions auxquelles ils et elles font face dans leurs rapports avec les classes dominantes de la société audiocentriste.

La reconnaissance officielle des langues signées est l’une des principales revendications portées par les groupes de personnes sourdes et malentendantes à travers le monde. Au Québec, la reconnaissance officielle de la LSQ est évoquée lors du premier Sommet sur la déficience auditive de 1986 et est au centre des revendications portées par ces associations depuis. Il s’agit d’éliminer les obstacles limitant la participation sociale des gens ayant une déficience auditive, obstacles qui provoquent des situations handicapantes. Directement liée au droit à l’éducation, à l’information et à la liberté d’expression, la reconnaissance officielle de la LSQ s’inscrit également dans la lutte beaucoup plus large de la reconnaissance d’une communauté sourde, spécifiquement québécoise et pleinement citoyenne. La LSQ, qui diffère de l’ASL (langue des signes américaine), de la LSF (langue des signes française) et de la langue française, est une langue à part entière telle que l’ont démontré Colette Dubuisson et Marie Nadeau en 1993[5]. Évidemment, cette reconnaissance de la LSQ vise aussi à faciliter l’accès des personnes sourdes à une éducation bilingue, où l’enseignement du français écrit se fait en langue des signes. Contrairement à l’idée répandue, la langue des signes n’est ni un transfert linéaire de mots d’une langue à un mime ni un « langage de Sourd-Muet ». C’est bel et bien une clé d’accès à la langue française, un outil de communication et un marqueur identitaire.

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