Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Patriotes

La rébellion des Patriotes (1837-1838) : le renforcement du colonialisme de peuplement au Canada

Affiche par Orion Keresztesi, artiste et un militant, texte par Jarett Henderson, professeur agrégé au Département d’histoire de l’Université Mount Royal à Calgary, et Traduction par Laure Henri

Dans les années 1830 s’organise une lutte contre le régime colonial en place dans le Haut et dans le Bas-Canada, une lutte qui vise à instaurer un gouvernement contrôlé par les colons plutôt que par le pouvoir impérial et ses représentants, et qui donne lieu à d’importants débats, protestations publiques, menaces de violences et actes de rébellion. Bien qu’elles soient très souvent célébrées et considérées comme certains des événements les plus décisifs de l’histoire du Canada, pendant lesquels les colons opprimés se sont battus pour le droit d’intervenir dans leur propre gouvernement, il ne faut pas oublier que les rébellions de 1837 et de 1838 ont également entraîné l’instauration du cadre politique qui était nécessaire à la mise en œuvre radicale de la colonisation de peuplement en Amérique du Nord.

« Sont-ils des pervers que le républicanisme doit flétrir? » : Louis-Joseph Papineau et l’épreuve de l’esclavage étatsunien au XIXe siècle

Par Olivier Guimond, étudiant à la maîtrise en histoire à l’Université de Sherbrooke

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"Refuge slaves", Harper's Weekly, 21 février 1863.

« Refuge slaves », Harper’s Weekly, 21 février 1863.

Résumé

Depuis le milieu des années 1990, le caractère républicain du discours des patriotes bas-canadiens a été mis en lumière par divers chercheurs. Nous nous inscrivons dans cette lignée historiographique, tout en abordant le cas plus précis de Louis-Joseph Papineau. À travers la correspondance numérisée de ce dernier, interrogée à l’aide des mots clés « esclaves », « esclavage » et « abolitionniste », nous tentons plus particulièrement de brosser le portrait de ses idées quant à l’esclavage des Noirs aux États-Unis. De même, nous souhaitons montrer que ces idées ont fortement été influencées par celles de l’ex-président américain Thomas Jefferson. Antiabolitionniste, l’argumentaire de Papineau, nous le verrons, se construit autour de trois axes : la nécessaire préservation de l’Union américaine; l’hypocrisie des États du Nord; l’impréparation des États-Unis face à l’abolition et l’intégration des Noirs. En outre, ce qui importe le plus pour Papineau, malgré l’inhumanité de l’esclavage, est l’intégrité de l’Union confédérale voisine appelée, croit-il, à répandre les bienfaits de la République sur toute la surface du continent américain.

Mots clés

Louis-Joseph Papineau; républicanisme; esclavage; abolition; Bas-Canada; États-Unis; Thomas Jefferson


Introduction

Cette déclaration, je le sais, va résonner étrangement aux oreilles des populations d’autres pays, mais ce n’en est pas moins vrai. Un citoyen américain fuyait un gouvernement chrétien, démocratique et républicain, pour recevoir la protection de la monarchie britannique. Alors que les habitants des États-Unis se vantent de leur liberté, ils maintiennent enchaînés trois millions de leurs propres citoyens; et pendant que je suis assis ici en vue du monument de Bunker Hill, et que j’écris ce récit, je suis un esclave, et aucune loi, pas même dans le Massachussetts, ne peut me protéger des mains du propriétaire d’esclaves!

 William Wells Brown, esclave fugitif (1847)

Malgré ces désolations sur toute la surface des États-Unis, ils sont, sous les rapports politiques, le meilleur pays au monde, celui de mes préférences, celui dont je puis espérer faire partie avant de finir, si la Providence me donne quelques années de vie.

Louis-Joseph Papineau, républicain bas-canadien (1856)

Depuis une vingtaine d’années, le caractère républicain du discours des chefs Patriotes, particulièrement de Louis-Joseph Papineau, a été mis en lumière par des universitaires québécois qui s’intéressent à l’histoire des idées au Québec[1]. Également depuis une vingtaine d’années, des intellectuels souverainistes au Québec s’intéressent au républicanisme, réfléchissent au destin politique du Québec ou critiquent le régime politique canadien à l’aune des idées républicaines[2]. Comme en témoigne le débat entre Danic Parenteau et Frédéric Bérard[3] organisé par les Publications universitaires[4], ce « renouveau républicain » a fait l’objet de nombreuses critiques. Ce qui est particulièrement visée est la question de la souveraineté populaire et des dangers de la déraison d’une « tyrannie de la majorité » pouvant entraîner des dérives violentes et, en fin de compte, contradictoires avec certains idéaux dits démocratiques telle que la liberté. Cette réserve bien contemporaine à l’endroit du républicanisme a des similitudes avec la question de l’esclavage dans le XIXe siècle bas-canadien. Nous pouvons l’illustrer par les deux citations mises en exergue. En effet, à une époque où le mouvement abolitionniste aux États-Unis abandonne le gradualisme pour prendre un tournant radical, qu’il est alimenté entre autres par des récits d’esclaves tel que celui de Brown[5], et qu’il trouve de la sympathie dans les Canadas[6]; certains irréductibles républicains, tel que le chef patriote bas-canadien Louis-Joseph Papineau, ne démordent pas de leur admiration envers la Grande République. Les contradictions de l’esclavage des Noirs en regard des principes de liberté et d’égalité aux fondements mêmes de la Déclaration d’Indépendance des États-Unis n’ont pourtant pas manqué d’être soulignées par les sympathisants de l’abolition[7]. Au Bas-Canada, la question de l’esclavage surgit dans l’espace public au moment même où une crise politique secoue la colonie. Au-devant de la scène se retrouve Papineau, chef du Parti patriote. Ses idées républicaines sont alors mises à l’épreuve par des critiques en lien avec le problème de l’esclavage aux États-Unis. Qu’en est-il, en fait, des idées de Papineau quant à l’esclavage?

Les rébellions de 1837-38 : la situation à Québec*

Luc Nicole-Labrie

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On pourrait vaguement qualifier de révolution « de la faim » ce qui se passe ces jours-ci dans certains pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. C’est une simplification, mais la Tunisie (suivez les informations sur The Guardian et un dossier sur Libération.fr) et l’Égypte (The Guardian, Cyberpresse.ca), sans parler du Yémen, de la Jordanie ou même de l’Algérie plus tôt en janvier voient tantôt des manifestations populaires ou tantôt des gouvernements qui tombent au nom de meilleures conditions de vie (emploi, logement, nourriture). Rien, au Québec n’a jamais pris cette proportion en termes de mouvement populaire. Mais en matière de soulèvement, le Québec a bien connu les rébellions de 1837-38 (ou rébellions des patriotes).

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