Par Marie-Pier Arsenault, MD, et Sarah McConnell-Legault, MD[1]

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La consommation de drogues, mais surtout les conséquences néfastes et parfois funestes de cette consommation, ont tenu une place prépondérante dans les journaux québécois à l’été et à l’automne 2014. En effet, l’épidémie de décès par surdoses et l’abus d’opiacés d’ordonnance ont fait les manchettes pendant plusieurs semaines. Depuis ce temps, ces sujets se sont progressivement effacés des médias provinciaux, créant une impression de volatilité du phénomène. Pourtant, la toxicomanie est certainement un des plus vieux problèmes de santé connus et demeure fréquente à travers les générations et les sociétés, ce qui en fait un important enjeu de santé publique. Les surdoses sont d’ailleurs un phénomène chronique et cyclique. Malgré cela, la représentation des drogues dans la presse n’est pas un thème soutenu, mais apparaît plutôt au gré des exacerbations, créant alors un évènement dont il est de bon ton de parler pour un instant. Une étude française (Fortunée, 2005) fait non seulement le constat de la faible appropriation de ce thème dans les médias, mais remarque également qu’il y a eu évolution dans la manière de traiter du sujet. Celle-ci allant d’un danger menaçant le corps social à une problématique plus complexe amenant à la marginalité et la précarité. Ces analyses démontrent une évolution récente dans l’interprétation sociétale de ce qu’est la toxicomanie. Nous nous sommes intéressées à ce phénomène et proposons ici une courte mise en contexte du rapport des Canadiens aux drogues dans le siècle dernier afin de mieux comprendre l’évolution de la conception de la toxicomanie dans notre pays. Cette perspective historique nous permet de faire une mise au point sur les enjeux actuellement éprouvés au Québec et de démontrer comment ils demeurent intrinsèquement reliés à notre passé collectif.

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