HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Les thèses d’histoire au Québec (2016-2022) : survol

Par Will Langford, professeur au département d’histoire de l’Université Dalhousie

Le Groupe de travail sur l’avenir du doctorat en histoire au Canada – formé par la Société historique du Canada et composé des historien.ne.s Catherine Carstairs, Sam Hossack, Tina Loo, Christine O’Bonsawin, Martin Pâquet, John Walsh, et moi-même – a récemment publié son rapport (disponible en français et en anglais). Le rapport contient de nombreux faits et chiffres qui proviennent de la recherche que nous avons effectuée, laquelle fut soutenue par l’assistante de recherche Danielle Mahon. Nous avons mené des sondages, tenu des consultations, organisé des ateliers, examiné les exigences des programmes de doctorat, étudié les conventions collectives, calculé les frais de scolarité, considéré le marché du travail, consulté des statistiques gouvernementales, et plus encore.

Dans le cadre de cette recherche, j’ai compilé une série de données concernant les thèses d’histoire au Canada. Il existe 24 programmes de doctorat en histoire, au sein de 26 départements d’histoire. Cinq cents soixante-deux thèses d’histoire ont été complétées entre septembre 2016 et août 2022 au pays, parmi lesquelles 102 ont été rédigées en français et 460 en anglais. La majorité des thèses en français ont été réalisées dans des universités francophones au Québec. Néanmoins, sur les 17 thèses de l’Université d’Ottawa huit étaient en français; l’une des 16 de l’Université de Guelph; l’une des 42 de l’Université York; à McGill, trois thèses sur les 30 déposées étaient dans cette langue et l’une des 11 de l’Université Concordia également. De même, l’une des 20 thèses de l’Université Laval et l’une des 36 thèses à l’Université de Montréal étaient écrites en anglais.

Lignes de partition : Le Jammu-et-Cachemire, État divisé 

Marwan Attalah, Doctorant au département de sciences des religions de l’UQAM et en sciences politiques et sociales à l’Université Catholique de Louvain

Introduction

Dans le nord-ouest du sous-continent indien, bordé à l’ouest par l’Hindu Kush, et à l’est par l’Himalaya, au carrefour entre l’Asie centrale et le Moyen-Orient, le Cachemire occupe une place centrale dans la rivalité indo-pakistanaise depuis la dissolution du Raj britannique en 1947. En mars 2000, cette région avait par ailleurs été qualifiée par le président américain Bill Clinton, dans un contexte de tension nucléaire, comme l’endroit le plus dangereux au monde. Toutefois, au centre des prétentions irrédentistes de ces deux pays se trouve la population cachemirie, dont le combat pour son autodétermination dure depuis plus de quatre-vingts ans. Le conflit du Cachemire a souvent été dépeint par ses moments les plus violents, notamment depuis l’importante insurrection des années 1990 qui a déchiré la province pendant plus de dix ans. Au sein même des études cachemiries, l’analyse des mobilisations locales s’est principalement focalisée sur cet épisode du conflit ainsi que sur les phases contemporaines de la lutte (2000-2022), en délaissant souvent les périodes antérieures[1]. Dans cet article, notre ambition est donc de remettre en question la perception de la lutte cachemirie comme un conflit armé principalement violent en détaillant l’histoire des mobilisations depuis le début du XXème siècle jusqu’en 1989. En effet, en procédant à une analyse historique sur la longue durée, nous souhaitons montrer la complexité du mouvement d’autodétermination cachemiri ainsi que les manières donc l’enchevêtrement des luttes d’autodétermination en Inde ont poussé le gouvernement indien à brider les aspirations cachemiries afin de conserver son projet d’unité nationale.

La naissance d’un mouvement

L’État princier du Jammu-et-Cachemire : 1846 – 1947

Entre 1757 et 1947, la Compagnie britannique des Indes orientales puis, à partir de 1858, la Couronne britannique, ont appliqué un modèle de dominations directe et indirecte sur le sous-continent indien. Au fur et à mesure que les Britanniques s’emparaient du territoire, autant par conquêtes que par alliances, un système de « Paramountcy[2] » a été établi. À travers ce régime de gouvernance, les États princiers, dont plusieurs étaient antérieurs à l’arrivée des Européens dans les Indes et se composaient de fragments d’anciens royaumes et empires, sont devenus sujets de la Couronne d’Angleterre. Bien que les États princiers fussent soumis à la tutelle britannique, une souveraineté relative leur était accordée[3]. En 1947, lors de la partition du Raj britannique, les 565 États princiers du territoire ont dû choisir auquel des deux dominions nouvellement indépendants ils allaient adhérer : l’Inde ou le Pakistan. L’État du Jammu-et-Cachemire, dirigé par le maharaja Hari Singh, dernier monarque de la dynastie Dogra fondée en 1846, était l’un des plus grands États princiers de l’Empire des Indes, tant par sa taille que par sa population. De plus, cet État à la frontière de l’Empire des Indes bénéficiait d’une situation géographique qui lui donnait, tel que le soutien l’historien Alistair Lamb, le potentiel : « to exercise a more than purely hypothetical choice as to its future[4] ».

Figure 1. Carte du Raj Britannique à l’aube de l’indépendance (Source : Philippe Rekacewicz (2007) « De l’ère coloniale à la partition » [Carte]. Dans Le Monde diplomatique, Manière de voir, éd. par Martine Bulard, n°94, août-septembre 2007. (Consulté le 25 mars 2020). https://www.monde-diplomatique.fr/52387).

Appel à contribution pour la rubrique « L’histoire à travers » à Histoireengagée.ca

Responsables du dossier thématique : Christine Chevalier-Caron, Samia Dumais et Benoit Gaudreault

Dans ma pratique artistique, je m’intéresse depuis de nombreuses années aux peintures et aux sculptures réalisées par les artistes settler qui observaient les peuples autochtones. Et c’est toujours cette vision romantique de la « race mourante ». Dans les faits, nous sommes toujours « très vivants ». Mon travail est de réfuter ces thèmes de la disparition.

– Kent Monkman

Image de l’exposition Il était une fois Hollywood. Oeuvre de Kent Monkman

Comme l’évoque justement Kent Monkman dans cette citation, les arts sont un moyen d’expression à privilégier si l’on veut mettre en lumière les histoires de certains groupes stéréotypés et/ou occultés par les récits historiques dominants. L’équipe d’HistoireEngagée.ca souhaite se détacher des canons disciplinaires et de certaines logiques académiques susceptibles de reproduire les inégalités afin de privilégier la collaboration entre les savoirs universitaires, communautaires et non occidentaux. 

C’est donc dans cette lignée d’idées que nous annonçons le lancement de notre nouvelle rubrique « L’histoire à travers… » qui a pour objectif de visibiliser des projets artistiques destinés à des personnes tout âge et s’engageant dans un dialogue avec les récits historiques canadiens ou internationaux. Plusieurs collaborateurs.rices de la revue se sont déjà engagés.es dans ce processus, nous pouvons notamment penser à la recension « C’est le Québec qui est né dans mon pays! » Carnet de recontres, d’Ani Kuni à Kiuna, d’Emanuelle Dufour, la conférence D’autres narrations : les arts comme moyen de représenter l’histoire ou l’entrevue réalisé avec l’artiste et historien Webster. L’équipe d’HistoireEngagée.ca – croyant que ces différents médiums contribuent, au même titre que les ouvrages universitaires, à la construction et à la déconstruction des récits historiques dominants – souhaite maintenant étendre cette pratique. C’est dans cet ordre d’idée que nous vous invitons à proposer des articles (rubrique, recension, critique, entrevue, etc.) portant sur des médiums alternatifs, tels que des séries, des pièces de théâtre, des livres pour enfants, des films, des documentaires, des expositions artistiques ou muséales, etc. Nous invitons aussi les artistes à nous suggérer des textes nous permettant de saisir leur processus de production artistique marqué par des considérations historiques.

Un peu, beaucoup, à la folie. À propos d’Alys Robi a été formidable de Chantal Ringuet

Alexandre Klein, Université d’Ottawa

Il existe deux types d’histoire. D’un côté, il y a celles que l’on se raconte, le soir, entre amis.es, en famille, autour du feu, parfois de génération en génération au point qu’elles finissent par habiter notre imaginaire, construire notre réalité, définir notre identité propre. Et puis, de l’autre côté, il y a l’histoire, cette science qui, avec ses usages et ses règles, sa méthode critique et son éthique, tente de s’approcher, autant que les sources le lui permettent, de ce que les gens du passé ont vécu, perçu, compris des événements qui faisaient leur présent. Entre les deux, un abime dont le comblement peut parfois être riche, fécond, heuristique, mais d’autre fois glissant, discutable, voire contreproductif. Le récent ouvrage que Chantal Ringuet a consacré à sa grand-tante Alys Robi[1] fait malheureusement partie de cette seconde catégorie.

Pour l’amour d’une femme

L’écrivaine et traductrice québécoise, connue pour ses ouvrages sur la culture yiddish et sur Léonard Cohen, a décidé de s’éloigner de ses sujets de prédilection et de recherche académique pour se pencher sur l’histoire de celle dont sa famille ne cessait d’évoquer la figure sans pour autant oser en prononcer le nom : la fameuse chanteuse et diva[2] québécoise Alys Robi (1923-2011). Sous le titre Alys Robi a été formidable, elle propose ainsi une rétrospective, dont on ne peut dès lors douter du caractère hagiographique, retraçant les débuts, mais surtout la chute de sa célèbre aïeule. Car il y a un drame dans toute cette histoire, celui qui a conduit sa famille à taire son nom et qui anime le récit de sa petite-nièce : Alys Robi a été internée pendant cinq ans à l’Hôpital Saint-Michel-Archange de Beauport, le grand asile psychiatrique de la région de Québec, y recevant nombre d’électrochocs, mais également une lobotomie. Et c’est sur ce point que Ringuet s’attarde. Sur ce point et sur sa propre démarche.

 

« Les écrivains font leurs propres histoires, mais ils ne les font pas de toutes pièces ». La pensée littéraire et politique de deux romans de Ngugi Wa Thiong’o au regard de la tradition socialiste internationale

Par Samuel Provost, étudiant à la maîtrise en études littéraires

Résumé : La pensée littéraire et politique de Ngugi Wa Thiong’o est directement influencée par la tradition socialiste de l’histoire et de la culture. Cet article s’intéresse à l’apport précisément littéraire de cette tradition chez Ngugi. Comment les réflexions sur l’histoire de cette tradition pénètrent au cœur des structures narratives et comment façonnent-elles la langue et la construction d’univers? Nous verrons en quoi la figure d’Amilcar Cabral fait figure de passeur de la tradition marxiste chez Ngugi et comment, contrairement à ce qu’en dise des critiques contemporaines, il n’y a pas de montée récente en globalité chez l’auteur Kenyan, mais bien une continuité d’un engagement internationaliste sur fond de changements historiques.

Mots-clés : socialisme ; littérature africaine ; Amilcar Cabral ; panafricanisme ; Ngugi Wa Thiong’o ; internationalisme ; marxisme ; réalisme socialiste ; Tiers-Monde.

Dans son introduction à l’ouvrage collectif Écrire l’Afrique-Monde, Achille Mbembe et Felwine Sarr énoncent l’urgence de produire et construire une pensée du 21e siècle qui replace l’Afrique dans le destin du monde :

Il n’y aura d’Afrique que créé. Et pour nous, il n’y aura jamais d’autre tâche fondamentale que de rendre pensable, ou de penser cette création. En posant comme point de départ l’entrelacement et la communauté de sort entre l’Afrique et le monde, nous congédions enfin l’illusion d’une séparation toujours déjà donnée et toujours tenue pour évidente entre le signe africain et le temps du monde. C’est aussi une certaine manière de penser que nous voulons congédier — celle qui ; des siècles durant, a tenté de faire croire que l’Afrique : constitue un monde à part, un hors-monde[1].

Si l’importance et l’urgence d’un tel projet sont indéniables, on peut se questionner sur la nouveauté de cette entreprise et sur l’existence de courants intellectuels passés. On admet facilement le panafricanisme[2], le projet politique du tiers-monde[3] et le postcolonialisme dans la préhistoire du courant afromondial ; mais il est plutôt rare d’entendre parler de l’influence des courants socialistes africains et caribéens, précurseurs non négligeables d’une pensée articulant l’Afrique et le monde. Certes, depuis que la poussière des décombres du Mur est tombée, un regain d’intérêt pour les marxismes du Sud, notamment nigérians[4] et haïtiens[5], ainsi que pour les rapports culturels entre le bloc de l’Est et le « tiers-monde[6] » s’observe de plus en plus. Cette recherche est pourtant encore naissante, et à plus forte raison dans le domaine de la fiction littéraire.

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