HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé – ISSN 2562-7716

Historiens et historiennes en quarantaine

Par le comité éditorial

Comme l’ensemble de la population, l’équipe d’Histoireengagée.ca vit présentement au rythme imposé par la pandémie de la COVID-19. Si, dans un premier temps, nous avons décidé de diminuer notre fréquence de publications, notamment dans le but d’alléger la pression qui pèse sur nos collaborateurs et nos collaboratrices (prise en charge des enfants à la maison et de leur éducation, organisation de nouveaux cours en ligne, impossibilité d’accéder aux documents physiques, etc.), nous croyons que notre plateforme peut être mobilisée pour permettre aux  historiens et aux historiennes de s’exprimer sur la crise, ainsi que sur ses multiples impacts.

Plusieurs d’entre nous ne peuvent s’empêcher de jeter un regard historique sur la situation, une réflexivité qui permet de mieux appréhender les enjeux actuels. D’autres se sentent probablement – et soudainement – beaucoup plus près des gens au coeur de leurs recherches, ces gens du passé qui ont traversé, bien avant nous, des événements difficiles et potentiellement traumatisants. À la lumière du contexte, certain-e-s réfléchissent au rôle que l’État est appelé à jouer dans les crises sociales, sanitaires et économiques passées ou présentes, et comment cette intervention peut favoriser la solidarité sociale ou, dans d’autres cas, précariser des populations déjà vulnérables ou marginalisées. Bon nombre éprouvent un besoin profond de partager leurs réflexions critiques sur le monde universitaire et la façon dont il s’adapte face aux contraintes de la crise. Beaucoup, enfin, semblent ressentir une envie de discuter des impacts de la situation sur leur travail et/ou des stratégies adoptées pour relever les défis du confinement ou de la quarantaine.

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Relations de genre dans le projet insurrectionnel colombien : le cas des combattantes des FARC-EP et du M-19

Par Frédérique Montreuil, candidate à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

Résumé : Cet article s’intéresse à l’expérience des combattantes au sein de la gauche insurrectionnelle colombienne à la fin du XXe siècle, et plus spécifiquement au sein de deux guérillas, les Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple (FARC-EP) et le Mouvement du 19 avril (M-19). En s’interrogeant sur l’articulation des rapports de genre au sein de ces groupes, il met en lumière la tension entre les potentialités d’émancipation et la perpétuation de dynamiques de domination qui se déploient dans l’espace révolutionnaire.

Mots clés : Colombie; conflit armé; combattantes; Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple (FARC-EP); Mouvement du 19 avril (M-19); genre


Des pourparlers de paix entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple (FARC-EP) se sont déroulés à La Havane, Cuba entre 2012 et 2016. Ces négociations se sont distinguées par la mise sur pied, en septembre 2014, d’une sous-commission chargée de s’occuper spécifiquement des questions de genre. Il s’agit d’une première mondiale dans le cadre de négociations entre un groupe armé et un État. L’accord final, signé le premier décembre 2016, reconnaît «que les femmes font face à davantage de barrières sociales et institutionnelles dans l’exercice de leur participation politique»[1]. Des dispositions sont ainsi prévues pour la réincorporation et la participation citoyenne des ex-combattantes[2]. L’inclusion d’une perspective de genre dans le processus de justice transitionnelle n’allait pas de soi: elle est le fruit d’un long combat, mené de front par des activistes féministes et organisations de femmes colombiennes. Dès les débuts des négociations, la coalition Mujeres por la Paz dénonçait l’absence de femmes dans le processus, et condamnait le filtre masculin d’analyse des questions de paix et de justice, critique matérialisée par le slogan «La paz sin mujeres ¡no va!»[3].

La participation des Colombiennes au conflit armé ne s’est pas confinée au militantisme pour la paix. Elles ont également pris les armes. Le recensement socioéconomique mené par l’Université Nationale de Colombie auprès d’ex-combattant-e-s, en 2017, révélait une proportion de 23% de femmes dans les effectifs totaux des FARC-EP, dont une proportion de 33% dans le corps guérillero armé[4].

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Charles Roach : combattant, prince et serviteur de son peuple

Affiche : Naomi Moyer
Texte : Barrington Walker
Traduction : Marie-Laurence Rho

En 1988, l’iconoclaste Charles Roach s’est lancé dans une bataille contre le gouvernement canadien pour abolir le serment à la Reine comme condition à l’obtention de la citoyenneté canadienne. En 1992, son cas avait été rejeté en Cour d’appel, mais en 2012, Roach, qui était alors gravement malade, s’est lancé à nouveau dans une procédure similaire : « Je ne me vois pas prêter serment à un symbole raciste… Ça va à l’encontre des libertés fondamentales », disait-il. La lutte de Roach pour les libertés fondamentales et son indignation face à l’idée de devoir prêter allégeance à un monarque britannique – une figure qui représente pour lui la colonisation et l’esclavage – caractérise le travail d’une vie pour celui qui est devenu l’un des activistes pour les droits civiques les plus importants au Canada.

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D’autres narrations : les arts comme moyen de représenter l’histoire

Dans le cadre de l’exposition «Remember | Resist | Redraw : une histoire radicale du « Canada » en images» présentée à l’Université de Montréal, Tiohtiá:ke / Montréal jusqu’en avril prochain, s’est tenue la table-ronde «D’autres narrations : les arts comme moyen de représenter l’histoire».

La discussion visait à explorer les possibilités qu’offrent les médiums artistiques et les arts visuels pour revisiter les récits dominants et pour visibiliser les groupes qui ont été marginalisés par le récit historique dans ce qui est aujourd’hui connu comme le Québec et le Canada.

Ce panel a permis d’ouvrir une réflexion sur les moyens à mettre en œuvre pour que ces groupes se réapproprient la narration de l’histoire dans leurs propres termes, et aussi, de réfléchir à la manière dont les arts graphiques peuvent être des espaces d’affirmation et de résistance.

La table-ronde animée par Adèle Clapperton-Richard a réuni quatre panélistes, qui ont présenté leur travail artistique et d’éducation : Lateef Martin, Fanny Aïshaa, Emanuelle Dufour et Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo. La participation de Chris Robertson, qui ne pouvait être présent en personne, s’est faite par le biais d’une vidéo personnelle.

Les présentations et les échanges ont notamment soulevé l’importance des représentations et de l’inclusivité, la nécessité de montrer la véritable histoire coloniale de ce qui est aujourd’hui connu comme le Canada et le Québec et surtout le besoin de partager les histoires de résilience, de résurgence et d’autodétermination de ceux et celles qui luttent contre l’effacement, l’oubli et la marginalisation. Les arts graphiques peuvent ainsi devenir les moyens de transmettre ces autres récits, qui devraient être enseignés et valorisés dans les espaces éducatifs, médiatiques et artistiques.

Bon visionnement!

 

 

Stratégie coloniale 101 : #ShutDownCanada face à l’histoire

Par Sarah Rotz, Daniel Rück, and Sean Carleton*

Des Mohawks de Tyendinaga se tiennent près du chemin d efer durant une action près de Belleville, Ontario, Canada, le jeudi 13 février 2020. Photo : Brett Gundlock/Bloomberg.

Le 7 février dernier, des policiers militarisés de la gendarmerie royale du Canada ont arrêté et expulsé des défenseur.e.s des terres Wet’suwet’en de leurs territoires non cédés, déclenchant des manifestations et des blocus dans tout le pays. Avec une grande partie du trafic ferroviaire du pays au point mort et des navires de transport incapables de déplacer des marchandises, les gens constatent que la désobéissance civile pacifique peut contribuer au mouvement #ShutDownCanada.

Alors que les actions de solidarité se sont multipliées, les politicien.ne.s canadien.ne.s, peu importe l’allégeance, ont eu du mal à réagir. Le 14 février, le chef de l’opposition conservatrice, Andrew Scheer, a qualifié les barrages ferroviaires et les perturbations politiques d’« illégaux » et a déclaré que les défenseur.e.s des terres autochtones et leurs partisan.e.s devraient « vérifier leur privilège ». Si la déclaration de Scheer était mal informée et arrogante, elle était surtout prévisible. Ce genre de déclarations est classique dans les sociétés coloniales comme le Canada et fait partie d’un type de comportement proche de ce que l’intellectuel cherokee Daniel Heath Justice a nommé « Settlers With Opinions ».

Quand des mouvements comme Idle No More ou #ShutDownCanada font leur apparition, quand les Canadien.ne.s allochtones sont dérangé.e.s par les déclarations de nationalité et de souveraineté autochtones, les colons répondent souvent par ce qu’Eve Tuck et K. Wayne Yang appellent « moves to innocence », que l’on pourrait traduire par « déplacements vers l’innocence ». Tuck et Yang définissent les mouvements des colons vers l’innocence comme des « strategies to remove involvement in and culpability for systems of domination ». Ces « déplacements » ou ces « jeux » constituent un élément clé du guide de stratégie coloniale : les tactiques et les stratégies habituelles utilisées par les colons pour défendre le statu quo colonial. La violence et la coercition sont des éléments clés de ce guide; cependant, les colons utilisent également un certain nombre de manœuvres discursives pour maintenir les conditions matérielles du colonialisme. La connaissance et l’exhibition du guide de stratégie coloniale peut aider à contrer ces stratégies et à faire progresser la décolonisation. Nous offrons cette courte introduction au guide de stratégie coloniale en tant que colons et intellectuel.le.s militant.e.s.

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