Frédéric Barriault† : historien engagé
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Pâquet, M. (2026). Frédéric Barriault† : historien engagé. Histoire Engagée. https://histoireengagee.ca/?p=13821Chicago
Pâquet Martin. "Frédéric Barriault† : historien engagé." Histoire Engagée, 2026. https://histoireengagee.ca/?p=13821.C’est avec une immense tristesse que l’équipe d’Histoire Engagée a appris le décès de Frédéric Barriault le 18 mars, entouré de ses proches à la Maison Victor-Gadbois. Historien du christianisme social au Québec, Frédéric s’est activement impliqué dans de nombreux milieux sociaux, intellectuels et communautaires depuis plusieurs années. À l’automne dernier, il a rejoint l’équipe d’Histoire Engagée à titre de responsable des communications et il a grandement contribué au dynamisme de la plateforme. Pour rendre hommage à ce collègue et ami, nous partageons avec beaucoup d’émotion un texte rédigé par Martin Pâquet, professeur à l’Université Laval et codirecteur de thèse de Frédéric.
À mon cher Frédéric
À la tombée du rideau, une vie est comme une pièce de théâtre. Elle peut être longue ou courte. L’important est qu’elle soit bien jouée.
De l’extérieur de la scène, comment perçois-je celle de mon cher Frédéric?
Au premier regard, la vie de Frédéric est celle d’un chrétien. Toutefois, être chrétien pour lui n’est pas une condition lénifiante ou une pose angélique. Bien au contraire, comme l’exprime un prêtre-ouvrier du quartier de Saint-Henri en 1973 :
Le christianisme est avant tout une mystique, une façon de vivre, un certain ferment révolutionnaire qui préconise la justice, l’égalité humaine, la libération des opprimés, un parti pris pour les plus faibles et les plus défavorisés, un chambardement dans les relations humaines et sociales[1].
À l’instar de son cher Jacques Couture, Frédéric fait le choix du chambardement. Sa foi est ardente et fracassante, elle le mobilise corps et âme, elle le chamboule pour cautériser la blessure de la misère humaine.
Homme de grands bouleversements, il a d’abord fait irruption dans ma vie en perturbant le calme de mes lectures. D’abord avec ses interventions enflammées sur les réseaux sociaux, puis par ses travaux patients d’histoire du christianisme social québécois où, par un curieux paradoxe, l’archivage dévoilait les lueurs d’un monde englouti sous les gravats de l’oubli et du préjugé. La lecture est recherche et rencontre, on le sait, et le calme y est trompeur. Pour mieux comprendre le sens du verbe, il faut que le lecteur accepte la perturbation. Celle de Frédéric, avec ses éclats de voix où l’apôtre rejoint le rebelle, est toujours la bienvenue puisqu’elle interroge mes certitudes.
Par sa grande expérience, sa volonté d’acier et son inextinguible passion pour la connaissance, Frédéric est un de ces hommes que l’on ne rencontre pas tous les jours. Nos échanges sont marqués par son enthousiasme effervescent pour la discipline historique, échanges qui font la richesse de l’accompagnement professoral. Pourquoi une telle ferveur? Encore ici, Jacques Couture me donne une clef pour mieux saisir le feu animant cet historien peu commun, celui de la responsabilité qui germe de l’engagement :
Je n’ai pas voulu me servir de la structure traditionnelle parce que je connais ses limites et que là, c’est mon sentiment profond, les gens auraient subi l’action en développement sans être concernés, ni impliqués. Ils seraient restés encore passifs puisqu’on aurait fait pour eux, ce que j’estime qu’ils doivent faire eux-mêmes. C’est tout le contraire de mes objectifs[2].
Comme le péché, la mort est un scandale. Devant elle, l’indignation constitue le premier réflexe, et je ne puis m’y soustraire sans peine. Cependant, l’indignation n’est peu de choses sans la dignité qui nourrit l’espérance. Frédéric me donne un formidable exemple de la dignité et de l’espérance humaines. Comment? Par son expression d’un sentiment simple et mystérieux qui soutient jusqu’au dernier moment : celui de l’amour.
Aimer, c’est espérer et dignifier. Frédéric aime. Il aime ses prochains. Il aime la camaraderie. Il aime discuter. Il aime l’histoire et le politique, sources de vie. Il aime ses concitoyens.nes d’ici et d’ailleurs. Il aime le métal et le punk. Il aime le baseball et ses champs de rêve. Il aime Victor et Arthur. Il aime Valéry. Il aime la vie.
One sunny mornin’ we’ll rise I know / And I’ll meet you further on up the road
[1] Jacques Couture, « Lendemain de Pâques », La Voix Populaire, 25 avril 1973, p. 8.
[2] Diane Dessureault, « De St-Henri à Madagascar », La Presse, 8 septembre 1993, p. C-3.


