Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

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La Révolte de Rivière-au-Renard : quand le pêcheur ne veut plus être le poisson*

Véronique Dupuis, Géographe et collaboratrice pour HistoireEngagee.ca

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Anse de pêche de Petite-Rivière-au-Renard. Source : Musée de la Gaspésie, Collection Marcel Lamoureux.

Anse de pêche de Petite-Rivière-au-Renard. Source : Musée de la Gaspésie, Collection Marcel Lamoureux.

Rivière-au-Renard, septembre 1909. Le soleil se lève sur ce village gaspésien bâti à coups de lignes, de rames et de barges. Un matin tranquille aux effluves salins, le premier depuis quelques jours. Ici, les pêcheurs réclament un juste prix pour leur morue et la fin de leur endettement perpétuel. Partout en Gaspésie, la pêche est menée par des compagnies étrangères avec en tête la Charles Robin, Collas and Co. Depuis plusieurs jours, la Révolte des pêcheurs est bel et bien entamée, après 200 ans d’exploitation aux bénéfices essentiellement jersiais. Une centaine d’années plus tard, qu’en est-il de la situation des pêcheurs professionnels ? Retour sur une vague de fond d’une Gaspésie insoumise qui jeta les bases des coopératives et associations de pêcheurs du Québec maritime.

Toponymie pour des oubliées : Le cas du boulevard des Allumettières à Gatineau

Par Kathleen Durocher, Université d’Ottawa

Mise en boîte – 1920. Bibliothèque et archives du Musée des sciences et de la technologie du
Canada, Fonds E.B. Eddy/Domtar.

Introduction

En étudiant les motivations derrière le choix de cet odonyme féminin, nous découvrons comment celui-ci suscitera le désir de faire une place aux femmes, plus spécialement aux femmes ordinaires, dans la toponymie. Les enjeux qu’entraîne la désignation de noms de rues, le questionnement sur la valeur des acteurs historiques, tout comme l’ambition de favoriser la reconnaissance des groupes marginalisés, devient particulièrement d’actualité à Gatineau en 2006 et 2007 alors qu’une nouvelle voie routière stratégique — dont l’aboutissement prit plus de 30 ans — demande à être baptisée. Parmi les 72 propositions faites au Comité de toponymie de Gatineau, un citoyen, Gabriel Guertin, soumet le nom « des Allumettières », affirmant que l’idée lui était venue spontanément, se remémorant ces ouvrières dont son arrière-grand-mère lui avait si souvent parlées[1].

Après deux mois de consultation et de réflexion, l’odonyme représentant ces ouvrières de l’allumette sera finalement attribué à l’axe routier. De ce fait, nous observerons comment les témoignages de support et la justification faite par le Comité de toponymie de Gatineau soulignent les multiples symboliques qu’éveillent les allumettières. Également, comment le choix de l’odonyme fera la lumière sur des ouvrières oubliées, mais également sur le désir d’une plus grande reconnaissance des femmes dans l’espace public par le biais de la toponymie.

Le choix du Comité

L’achèvement de la construction d’un nouveau boulevard à l’automne 2006, englobant trois routes déjà existantes[2], amena le besoin de nommer cette artère avant son ouverture en décembre 2007. Dans ce contexte, la Ville de Gatineau, une entité nouvellement créée après la fusion de cinq municipalités en 2002, met en charge de ce dossier son Comité de toponymie. Pour l’occasion, une nouvelle politique de dénomination toponymique est mise en vigueur la même année, officialisant par le fait même le Comité[3]. Le fonctionnement de ce dernier ainsi que ses choix se doivent d’être conformes aux recommandations et aux politiques de la Commission de toponymie du Québec (CTQ)[4]. C’est ainsi que le Comité met en branle le processus pour nommer la nouvelle route.

La procédure commence par un premier appel à la participation citoyenne. Comme le promeut la CTQ, le déroulement de la sélection doit laisser plus de places aux résidents de la ville et le choix doit résulter d’un mécanisme démocratique[5]. Ainsi, du 18 novembre au 9 décembre 2006, les Gatinois sont invités à proposer leurs suggestions pour nommer le nouveau boulevard. Au total, 72 propositions sont reçues. Le Comité procède donc à la sélection des soumissions satisfaisant le mieux ses critères. Cinq noms sont retenus : Aimé-Guertin, des Allumettières, Asticou, Jos-Montferrand et Philemon-Wright[6]. Ainsi, débute la deuxième phase de consultation. Entre le 20 janvier et le 18 février 2007, tous sont invités à voter sur la question[7]. Le 21 février, le Comité annonce que l’odonyme « des Allumettières » est le grand gagnant avec 44,8 % de votes[8]. Le choix est officialisé par les élus municipaux une semaine plus tard. En date du 3 décembre 2007, le boulevard des Allumettières est enfin ouvert à la circulation.

Épaves, histoire et patrimoine maritime : quand le fleuve Saint-Laurent révèle ses archives Entretien avec Samuel Côté, Chasseur d’épaves

Par Véronique Dupuis, géographe, étudiante à la maîtrise en histoire à l’UQAR et et collaboratrice pour HistoireEngagee.ca

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L’Empress of Ireland. Bibliothèque et Archives Canada, PA-116389.

L’Empress of Ireland. Bibliothèque et Archives Canada, PA-116389.

Qu’ont en commun le Scotsman, la Lina Gagné, la Manseau et le Saturnus? Navigants autrefois sur le fleuve, ils jonchent désormais le lit du Saint-Laurent, véritable cimetière sous-marin. Ces quelques bâtiments reposent aux côtés de centaines d’autres, bien enfouis sous l’horizon. Comme les traces de leurs naufrages, leurs histoires et celle de leurs équipages se font discrètes. Gagnant parfois un caractère anecdotique auprès de communautés riveraines, elles demeurent trop souvent oubliées. C’est afin de leur redonner un nom et de faire revivre ces vestiges de l’activité maritime intense qui a laissé sa marque sur le fleuve Saint-Laurent que Samuel Côté est devenu chasseur d’épaves. Peu commun, ce titre intrigue et fait appel à l’imaginaire. Pourtant, il s’agit d’une profession qui gagne à être reconnue au-delà des préjugés qui l’entourent et dont Samuel Côté est l’un des rares représentants au Canada. HistoireEngagee.ca s’est entretenu avec ce passionné du fleuve Saint-Laurent originaire de Price, un village accroché à la rivière Mitis dans le Bas-Saint-Laurent, à propos de son parcours atypique. Soucieux de rapprocher les Québécois à l’histoire et au patrimoine maritime qu’il contribue à faire émerger et à diffuser depuis plusieurs années, Samuel Côté souligne les défis, mais aussi les opportunités que comporte la pratique de l’histoire en dehors du cadre académique. Présent dans les archives, sur le terrain, dans les salles de conférence, sur l’Internet, comme à la télévision, ce Chasseur d’épaves ne ménage aucun effort pour faire vivre l’histoire maritime du Saint-Laurent.


Véronique Dupuis : Le titre chasseur d’épaves est particulier et peu commun. En quoi consiste ton travail et quel est le processus qui t’a mené à t’aventurer dans le monde des épaves et à pousser la recherche en ce sens?

Samuel Côté : Dès mon plus jeune âge, j’ai su que j’avais un réel intérêt pour l’histoire maritime. Au cours des années, j’ai développé une véritable passion pour le monde maritime, mais particulièrement pour les épaves. Aujourd’hui, cette passion est devenue mon métier. Cependant, devenir et être un chasseur d’épaves exige beaucoup de travail, de rigueur et de persévérance. La recherche que l’on doit faire en amont demande du temps et de la patience. Lorsque l’on est jeune, on pense aux épaves en rêvant aux trésors qu’elles peuvent contenir. Maintenant, quand j’en découvre et que j’en identifie une, les artéfacts ne m’intéressent pas. Avec le temps, chaque épave et l’histoire qui s’y rattache sont en réalité ce trésor.

Retour sur la journée d’étude « L’histoire orale en vaut-elle la peine ? Avantages et contributions d’une pratique en milieu francophone »

Andréanne LeBrun, candidate au doctorat en histoire à l’Université de Sherbrooke

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Affiche de la journée d'étude.

Affiche de la journée d’étude.

Le 10 avril dernier s’est tenue à Sherbrooke une journée d’étude portant sur l’histoire orale coorganisée par les candidates à la maîtrise en histoire Myriam Alarie et Christine Labrie ainsi que par la professeure Louise Bienvenue. Constatant depuis la dernière décennie un regain d’intérêt à l’endroit de cette pratique de la part des historiens québécois (en témoignent notamment la création du Centre d’histoire orale et de récits numérisés de l’Université Concordia (CHORN) en 2006 et la parution prochaine d’un numéro spécial de la Revue d’histoire de l’Amérique française sur les sources orales), elles proposaient de s’interroger sur ses avantages, ses limites et ses perspectives d’avenir. Si l’histoire orale se prête bien à la multidisciplinarité, les organisatrices ont choisi de rassembler uniquement des historiens afin de réfléchir sur les réticences qui semblent être le propre de leur profession. C’est donc dans une ambiance décontractée que 15 intervenants d’horizons variés ont puisé dans leur expérience pour répondre à la question « L’histoire orale en vaut-elle la peine ? ». Saluons le fait qu’il s’agisse d’un des rares évènements du genre en histoire à être consacré à des enjeux d’ordres méthodologique et épistémologique.

Dans son mot d’introduction, Louise Bienvenue distinguait les experts de l’histoire orale des explorateurs, qui ont croisé cette pratique sur leur route un peu par hasard. Je m’inscris dans cette seconde catégorie. Par conséquent, c’est en toute humilité que ce compte-rendu entend partager les réflexions qui sont ressorties de cette journée stimulante avec ceux et celles qui n’ont pu y assister.

Le Saint-Laurent : petite chronique d’une grande histoire entre un fleuve et ses pilotes

Véronique Dupuis, Géographe, chargée de projets et collaboratrice pour HistoireEngagee.ca

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Crédit : Etienne Valois (Flickr).

Crédit : Etienne Valois (Flickr).

De tous les cours d’eau sillonnant la planète, le « fleuve aux grandes eaux » fait partie de ceux qui donnent bien des maux de tête aux marins. Les vieux loups de mer le savent indomptable; les jeunes capitaines le redoutent dès Anticosti. Comme quoi le Saint-Laurent a la très juste réputation d’être un des fleuves les plus difficiles à naviguer au monde. De Samuel de Champlain jusqu’aux actuels pilotes du Saint-Laurent, en passant par Louis Jolliet et Joseph-Elzéar Bernier, tous s’accordent pour dire que si la navigation sur le Saint-Laurent peut parfois être longue, elle n’est jamais tranquille. Avec les milliers de navires aux cargaisons diverses qui empruntent chaque année cette artère commerciale qui pénètre au cœur de l’Amérique du Nord, sans parler des pétroliers qui transitent de plus en plus sur la voie maritime, qu’en est-il des risques encourus? Portrait d’un fleuve capricieux, mais fragile, et de ses indispensables pilotes.

Une navigation lestée de risques

Le chenal laurentien est un axe de développement incontournable en Amérique du Nord par lequel arrive quotidiennement un important flot de marchandises. Si sa beauté et sa grandeur émerveillent, les dangers que le Saint-Laurent réserve aux navigateurs sont multiples et gare à celui qui joue les cartes de l’imprudence et de la hardiesse. Sur ses flots, bien des situations peuvent survenir auxquelles les marins doivent s’adapter rapidement, à défaut de quoi les pires scénarios peuvent se produire.

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