HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé

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Appel à candidature

Par le Comité éditorial

HistoireEngagée.ca (histoireengagee.ca) est une plate-forme de diffusion des savoirs et des connaissances historiques qui vise à rejoindre les milieux académiques et la communauté civique. Ses publications sont orientées par sa triple mission qui se résume à l’analyse de l’actualité dans une perspective historique, la participation active aux débats historiographiques, et la valorisation des récits historiques mettant de l’avant les oubliés.es de l’histoire.

Ayant fortement augmenté son rythme de publication, multipliant les projets et recevant un nombre accru de propositions, le comité éditorial d’histoireengagée.ca est à la recherche d’une nouvelle ou d’un nouveau membre pour se joindre à son équipe. Cette fonction consiste à prendre part aux processus d’évaluation interne, assurer des suivis avec les auteurs.es et les évaluateurs.rices externes, participer à la codirection de dossiers thématiques, prendre en charge des tâches de mises en ligne et de diffusion des publications, participer régulièrement à des discussions avec les autres membres du comité, et assurer une implication d’au minimum cinq heures hebdomadairement.

Nous privilégions les candidatures d’étudiants.es avancés.es dans leur parcours de maitrise, candidats.es au doctorat, ou diplômés.es. Nous sommes ouverts.es aux candidatures de sociologues, de littéraires et d’anthropologues (en formation ou diplômés.es) avec une expérience connexe à la discipline historique. Les personnes intéressées sont invités.es à nous faire parvenir une lettre de motivation et un CV à  contributions@histoireengagee.ca d’ici le 10 février 2019.

Présences et absences : historiciser les (dis)continuités et (in)interruptions des voix et expériences autochtones

Jonathan Lainey, Brian Gettler, Gaëlle Mollen, Christine Chevalier-Caron et Philippe Néméh-Nombré

 

Après avoir entendu cela, j’étais perplexe […] jamais je n’avais entendu mon père, ni les autres Innu, ni les vieux raconter cette histoire. […] Mon père est très âgé, il a quatre-vingt-onze ans. […] je lui ai aussitôt récité ce que j’avais entendu dire. […] mon père s’est mis à rire puis me confie : « Voyons, n’écoute pas ce mensonge. L’histoire que tu as entendue aujourd’hui, l’étranger vient de l’inventer ».

An Antane Kapesh, Je suis une maudite sauvagesse, 1976

Les enjeux autochtones actuels sont nombreux. L’héritage des pensionnats, le triste sort des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées, l’appropriation culturelle, les mascottes à l’effigie autochtone, la nouvelle affirmation identitaire des « Métis de l’Est », la « carte de statut autochtone » qui donnerait droit à des avantages hautement convoités, la précarité des langues autochtones (avec l’Assemblée générale des Nations Unies qui a proclamé 2019 l’année internationale des langues autochtones), les questions territoriales toujours non-résolues, ou l’histoire et les perspectives autochtones dans les manuels scolaires du Québec et ailleurs au Canada sont autant de sujets qui soulèvent les passions et polarisent les opinions. À chaque semaine, les médias abordent de tels sujets, mais le font rarement en profondeur[1]. Ce contexte social, politique et intellectuel est grandement influencé sinon propulsé par les recommandations de la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR), par la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP) de même que par différents mouvements sociaux populaires tels Idle No More et les Water Protectors.

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L’archive retrouvée: des sources premières dans l’enseignement de l’histoire

Par Godefroy Desrosiers-Lauzon, chargé de cours à l’UQAM, Université de Montréal, et Université d’Ottawa
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Longtemps, j’ai enseigné l’histoire des États-Unis. Une quarantaine de groupes-cours, au premier cycle, sur plusieurs campus, depuis 2005. Je veux ici témoigner du rôle des documents historiques, c’est à dire des sources premières, dans mon enseignement.

L’enseignement de l’histoire et les manuels

Par la force du nombre, ces groupes-cours ont porté sur plusieurs périodes, plusieurs thèmes, plusieurs approches de l’histoire des États-Unis, de la colonisation au vingtième siècle, de l’histoire politique à l’histoire urbaine. La préparation et la prestation de tous ces cours a exigé le recours à des manuels, ces livres produits pour l’enseignement qui proposent des synthèses de l’histoire d’un état-nation, ou d’un aspect du passé, sur une longue période.

Or les manuels sont des outils limités. Les lecteur.trice.s proches du milieu universitaire le savent: la représentation du passé qu’on trouve dans les manuels d’histoire est critiquée. Je rappellerai ici brièvement quelques aspects de la pédagogie de l’histoire, dans la mesure où ils nous conduisent à valoriser les documents historiques dans l’enseignement.

Du côté étatsunien, la critique la plus lue des manuels d’histoire est probablement celle de James W. Loewen, aujourd’hui professeur émérite à l’Université du Vermont. Dans Lies my Teacher Told Me (1995), il analyse la représentation de l’histoire des États-Unis dans douze manuels destinés aux étudiant.e.s du secondaire. Pour Loewen ces douze manuels présentent un « embarrassing blend of bland optimism, blind nationalism, and plain misinformation[1] ». Un aspect central de sa critique est que les manuels isolent les lecteurs et les lectrices des processus méthodologiques et disciplinaires de la construction du savoir historique, entre autres des sources premières:

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Entretien avec Arnaud Esquerre*

Par Martin Robert

Arnaud Esquerre est sociologue, chargé de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à Paris. Nous l’avons rencontré à l’occasion de la parution de son ouvrage Enrichissement. Une critique de la marchandise (Gallimard, 2017), cosigné avec Luc Boltanski.

Martin Robert : Comment décririez-vous le parcours qui vous a conduit vers la sociologie ?

Arnaud Esquerre : En sortant du lycée, j’ai reçu une première formation à l’Institut d’études politiques de Paris, avec une spécialisation en économie et en finances. J’étais donc à Science Po durant les importantes grèves de décembre 1995 en France. À ce moment, la figure de Pierre Bourdieu était extrêmement médiatisée et j’ai eu alors envie de me réorienter pour faire de la sociologie. J’ai donc écrit à Pierre Bourdieu, en lui demandant s’il prenait encore des étudiants, pour faire un diplôme d’études approfondies (DEA). Il m’a répondu par lettre en me disant qu’il ne prenait plus d’étudiants, mais qu’il me recommandait de m’adresser à un proche, Patrick Champagne, spécialiste des médias, étant donné que je me proposais de travailler sur l’affaire de la profanation du cimetière de Carpentras sous l’aspect de sa médiatisation et des controverses qui y étaient liées. Cette affaire concerne un cimetière juif à Carpentras, où en 1990 des sépultures ont été endommagées et un corps exhumé. Ces faits ont entraîné une réaction immédiate du ministre de l’Intérieur accusant, comme responsable de telles actions inspirées par la haine raciste, le Front national (FN). Ce dernier a réagi en dénonçant une manipulation contre lui. L’enquête a duré plusieurs années jusqu’à ce que les juges établissent de manière claire que cette profanation avait été réalisée par un petit groupe d’extrême-droite, confirmant son caractère antisémite. Je me suis donc inscrit en DEA à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) pour entreprendre une étude sociologique de cette affaire. Dans cette école, j’ai suivi des séminaires en sociologie, mais je me suis intéressé aussi à d’autres disciplines, dont la philosophie. J’ai suivi notamment les séminaires des philosophes Vincent Descombes et Jacques Derrida, dont les cours sur la peine de mort m’ont beaucoup marqué. La sociologie demeurait très dominée par Bourdieu, mais il y avait alors un autre pôle, assez fortement constitué à l’EHESS, autour de Luc Boltanski, et à l’École des Mines, autour de Bruno Latour, qui m’a attiré. Malgré la force intellectuelle de Pierre Bourdieu, je ne me sentais pas à l’aise en raison du cadre théorique devenu très figé, à la fois par lui et ses proches. Luc Boltanski, au contraire, donnait le sentiment de quelque chose d’extrêmement innovant et donnait à ses étudiants l’exemple d’une grande liberté conceptuelle. À la fin du DEA, j’ai décidé de m’inscrire en thèse avec lui. Quant à Bruno Latour, il a présidé mon jury de thèse.

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Le retour de Tom, ou l’aventure héroïque d’une petite fille ? Une écolière canadienne raconte la Première Guerre mondiale

Par Sarah Glassford[1]

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Ce texte a d’abord été publié en anglais sur la plateforme ActiveHistory. Nous les remercions de nous laisser le publier en traduction française.

Que pensaient les enfants canadiens de la Première Guerre mondiale ? Nous savons qu’ils s’amusaient avec des jeux et des jouets inspirés par la guerre, qu’ils lisaient des récits d’aventures et se mettaient en scène dans des intrigues centrées sur la guerre, qu’ils étaient mobilisés pour amasser de l’argent pour des causes qui y étaient liées, et que, dans certains cas, ils mentaient sur leur âge dans le but de s’enrôler [2]… Cependant, il est difficile de parler de la guerre dans leurs propres mots, de savoir quelles étaient leurs pensées juvéniles, leurs émotions et l’image qu’ils en avaient. L’étude de Norah Lewis sur les lettres que des enfants envoyaient à cette époque aux périodiques canadiens destinés aux familles propose un exemple rare et précieux[3]. Toutefois, trouver dans les archives des documents non publiés rédigés par des enfants de la Première Guerre mondiale constitue un véritable défi. Les enfants écrivent relativement peu, de tels documents sont donc rares, et quand ils le font, les pages qu’ils noircissent disparaissent le plus souvent après l’enfance. D’ordinaire, peu d’écrits de ce type passent le test de « l’importance historique » et sont conservés dans les archives accessibles au public. Ceux qu’on y retrouve constituent une infime partie de fonds familiaux et sont plus susceptibles d’être découverts par hasard que dans le cadre de recherches intentionnelles.

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