Par Maurice Demers, professeur au département d’histoire de l’Université de Sherbrooke et membre d’HistoireEngagee.ca

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Rosa Roisinblit. Crédit : Maurice Demers.

L’Argentine semble revivre ses jours les plus sombres de la dictature militaire (1976-1983) avec la disparition de Santiago Maldonado[1]. Le jeune activiste de 28 ans est disparu après avoir déménagé en Patagonie pour vivre plus près des communautés autochtones mapuches. Le 1er août 2017, il a participé à une manifestation dans la province de Chubut qui visait à demander des titres de propriété pour des terres autochtones. Après une confrontation avec les forces de l’ordre, cette manifestation est réprimée par la police militaire et des témoins ont affirmé que Santiago Maldonado aurait été arrêté par elle. C’est la dernière fois que Santiago Maldonado aurait été vu. Des manifestations monstres ont été organisées pour demander sa libération et pour scander haut et fort que la société argentine ne tolèrerait pas un retour au drame des desaparecidos, ces quelques 30 000 personnes disparues qui ont été enlevées par la dictature militaire, à la fin des années 1970 et au début des années 1980, pour être torturées puis exécutées. Lors de leur détention, des centaines de femmes détenues ont donné naissance à des enfants  qui leur ont été enlevés par la dictature. Ceux-ci ont été adoptés par des sympathisants du régime afin qu’ils ne connaissent pas leurs véritables parents. C’est dans le contexte de la disparition de Santiago Maldonado que j’ai eu l’idée de publier une entrevue réalisée avec Rosa Roisinblit, vice-présidente de l’association des Grands-Mères de la Place de Mai qui a joué un grand rôle pour protester et retrouver les centaines d’enfants d’activistes de gauche volés par la dictature militaire. L’association des Grands-Mères de la Place de Mai était vouée à la recherche des enfants nés en détention, alors que l’association des Mères de la Place de Mai, avec qui elle collaborait, nourrissait quant à elle l’objectif de retrouver les activistes enlevés par la dictature, ces fils et ces filles des Mères de la Place de Mai. Je me suis entretenu avec Mme Rosa Roisinblit au bureau de l’Association des Grands-Mères de la Place de Mai à Buenos Aires le 18 juillet 2014. Voici une transcription de cette entrevue.


Maurice Demers : J’effectue des recherches sur les missionnaires catholiques qui ont été en Amérique latine pendant la période des dictatures afin de comprendre quelles informations ceux-ci et celles-ci ont transmises au Canada. Je sais qu’il y a eu une campagne très importante au Canada en 1978-1979 pour appuyer les Mères et les Grands-Mères.

Rosa Roisinblit : La présidente de la Ligue des Femmes catholiques du Canada est venue nous visiter. Elle voulait vivre dans nos officines pour comprendre la situation. Alors nous avons monté un dortoir dans nos bureaux : nous avons mis un lit, une table de chevet, une lampe et elle est restée dans notre maison.

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