Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

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L’histoire ouvrière américaine vue d’en bas

Par Benoit Marsan, doctorant en histoire à l’UQÀM, chargé de cours (UQÀM et UQO) et collaborateur pour HistoireEngagee.ca

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À voir l’importance qu’occupent dans l’actualité les courses démocrate et républicaine à l’investiture présidentielle, il est facile de perdre de vue que les dynamiques sociales et politiques américaines dépassent l’horizon des grandes figures et des principales institutions politiques du pays. Heureusement, deux récents documentaires, Howard Zinn, une histoire populaire américaine[1] et The Mine Wars[2], ont le mérite de nous montrer une histoire des États-Unis vue d’en bas et largement animée par les luttes de la classe ouvrière américaine. Jusqu’au Red scare[3], qui suit la Première Guerre mondiale, il est nécessaire de rappeler que le mouvement ouvrier américain est en partie influencé par des courants anarchistes, socialistes et religieux progressistes. Des années 1870 au début des années 1920, des millions d’hommes et de femmes, de diverses origines ethniques et nationales, anonymes ou non, ont imaginé une société américaine démocratique et égalitaire qui dépasse de loin le statu quo politique et social proposé à l’heure actuelle par l’élite politique du pays. Ces utopies se sont manifestées à travers une riche et fascinante tradition de radicalisme ouvrier. Cette dimension du passé américain est la plupart du temps occultée ou minimisée par l’histoire officielle[4]. C’est dire que les mouvements de contestation des dernières années, tels Occupy Wall Street ou encore Black Lives Matters, sont loin d’être des anomalies dans le contexte américain et peuvent plutôt s’appuyer sur un large répertoire de résistances populaires et de luttes qui peut être retracé jusqu’au tout début de l’histoire des colonies américaines[5]. Voici donc une brève recension de ces deux réalisations offertes en DVD. J’ai porté une attention particulière à The Mine Wars, car il s’agit d’une histoire encore moins connue que les principaux événements présentés dans Howard Zinn, une histoire populaire américaine.

Les fondements historiques du racisme dominicain. Les origines de l’antihaitianismo

Par Alain Saint-Victor, enseignant et historien[1]

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Carte de Saint-Domingue (1858).

Carte de Saint-Domingue (1858).

« Si le racisme […] peut être globalement compris comme un essentialisme, s’il témoigne partout d’un comportement d’exclusion et d’objectivation d’un autrui collectif, ses manifestations sont si diverses qu’elles semblent relever d’un ordre particulier[2] (c’est nous qui soulignons).» Le racisme tel qu’il s’est développé dans la République Dominicaine illustre bien ces propos du sociologue Adam Michel. Il est, en effet, pour le moins surprenant qu’une société composée majoritairement de Mulâtres et de Noirs puisse développer au cours de son histoire un racisme que plusieurs chercheurs qualifient d’antihaïtianisme (antihaitianismo), racisme qui tend à trouver chez l’Haïtien l’essence même de la race noire, qui perçoit dans son attitude, sa manière d’être, sa culture, la «barbarie», le «primitivisme» et «l’archaïsme» africain.

On sait que le racisme se manifeste sous différentes formes, en particulier «le racisme colonial impliquant la division de l’humanité en races ‘supérieures’ et ‘inférieures’, ‘civilisées’ et ‘barbares’ [et] le préjugé de couleur lié à la ségrégation ou à l’institution de l’apartheid dans les sociétés postcoloniales qui assignent un statut inférieur aux descendants d’esclaves[3].» Néanmoins ce qui caractérise le racisme dominicain c’est le fait que ses principaux tenants qui reprennent les thèses du racisme européen de la fin du XIXe siècle (infériorité biologique du Noir, son incapacité à gouverner, etc.), sont eux-mêmes descendants de Noirs et d’esclaves. C’est là un paradoxe qui peut surprendre. Toutefois, lorsqu’on connait la fluidité de l’idéologie raciste, sa grande force de propagation, sa subtilité et son pouvoir de reproduction, on ne saurait s’étonner qu’elle ait imprégné l’imaginaire collectif d’un peuple, qu’elle le pousse à voir dans un autre peuple (qui pourtant lui ressemble à plusieurs points de vue) l’étranger absolu, l’ultime représentant d’une race barbare et rétrograde.

Comment réparer un système brisé? Aperçu de la réforme migratoire aux États-Unis

Par Catherine Vézina, professeure-chercheuse au département d’histoire du Centro Centro de Investigación y Docencia Económicas à México, DF

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Le système migratoire américain semble brisé. Les réformes apportées dans les trente dernières années n’ont pas réussi à résoudre la question de l’immigration « illégale » ni à ajuster durablement les critères d’accès à la citoyenneté aux besoins du pays. Au malaise expérimenté par les millions de candidats à l’immigration, coincés dans les arriérés d’un système dépassé, s’ajoute aujourd’hui celui de quelque 10 millions de personnes se trouvant en situation irrégulière aux États-Unis et que Mitt Romney, gouverneur républicain du Massachusetts, invitait à « s’auto-déporter » lors de la campagne présidentielle 2012. L’Amérique d’Obama est secouée par une nouvelle génération d’immigrants, amenée clandestinement au pays par leurs parents pendant leur enfance, et qui réclament aujourd’hui qu’on leur permette l’accès au rêve américain. Ces dreamers[1] obligent cette année les représentants et les sénateurs américains à aller au bout d’une réflexion importante sur l’immigration aux États-Unis.

Changement de paradigme en matière d’immigration mexicaine

Les changements que laisse présager cette réforme sont significatifs sur plusieurs plans. Significatifs, parce qu’ils modifieront la dynamique électorale de la prochaine décennie et parce qu’ils permettront à des millions de personnes de s’extirper de la précarité associée à leur statut. Ils confirmeraient également l’abandon d’un paradigme en matière d’immigration qui a condamné le migrant mexicain à la précarité.

De curiosité à légende d’un peuple

Par Paul Ohl, écrivain et auteur d’une biographie sur Louis Cyr[1]

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Reproduction d'un portrait de Louis Cyr (Fonds Armour Landry).

Reproduction d’un portrait de Louis Cyr (Fonds Armour Landry).

Un boulevard, des rues, des parcs, une école, un centre sportif, des commerces, un palais de justice portent son nom. À Montréal, à Napierville, à Joliette, à Saint-Jean-de-Matha. Deux statues se dressent à sa mémoire. La première, monumentale, dans l’ouest de la métropole, angle Saint-Jacques et De Courcelle. L’autre, à peine plus petite, au centre de Saint-Jean-de-Matha, en face de l’église. Il naquit quelque temps avant le Pacte confédératif de 1867 et mourut l’année de la tragédie du Titanic. Fils du terroir, illettré, exilé dans l’enfer des usines de textile de la Nouvelle-Angleterre, humilié par la réputation de « porteurs d’eau » faite aux Canadiens français de l’époque, cet être hors du commun s’illustra à un point tel qu’il en vint à personnifier la force ultime, toutes époques confondues. Il s’appelait Louis Cyr et on le considère aujourd’hui comme l’homme le plus fort de tous les temps.

La contribution canadienne à la démocratisation du Mexique : une entrevue de Maurice Demers avec Jean-Pierre Kingsley à propos du processus électoral en 2012

Maurice Demers, Université de Sherbrooke

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Jean-Pierre Kingsley

Encore une fois, le résultat des élections présidentielles au Mexique est contesté. Il faut dire que le processus de démocratisation du pays est encore jeune et fragile. Pendant près de 70 ans, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) a gouverné ce pays. Un allié des États-Unis, bénéficiant d’une économie florissante de la fin des années 1940 au début des années 1970, le Mexique a longtemps été gouverné par un parti politique qui dominait tous les leviers politiques et socioéconomiques du pays; une dictature parfaite diront plusieurs. L’élection de 1976 fait tomber les prétentions démocratiques du régime, car José López Portillo (PRI) est élu avec près de 92 % des voix, étant le seul candidat dont le nom figurait sur les bulletins de vote… Cette fâcheuse situation incite le parti au pouvoir à lancer un processus de démocratisation en 1977, afin de mieux intégrer les partis d’opposition dans la démarche électorale. C’est la première phase de l’ouverture démocratique. En 1988, alors que le candidat de la coalition de gauche semble sur le point d’emporter l’élection présidentielle, le système qui comptabilise les votes flanche… et fait ressortir une tendance complètement différente lorsqu’il reprend du service trois heures plus tard. L’élection de Carlos Salinas de Gortari (PRI) est entachée par les irrégularités du processus électoral. On décide donc de créer un institut indépendant pour gérer les élections, l’Instituto Federal Electoral (IFE), afin d’approfondir les procédures de réformes démocratiques. À terme, ces dernières permettront aux partis d’opposition d’obtenir une majorité de députés au Congrès (en 1997) et au candidat du Partido Acción Nacional (PAN), Vicente Fox, de ravir la présidence au PRI en 2000. Mais le virage démocratique du Mexique est loin de se terminer avec la perte de pouvoir du PRI.

Invité par des collègues travaillant pour l’Institut Fédéral électoral (IFE) mexicain, je me suis rendu au Mexique pour assister au processus électoral de 2012 en tant qu’observateur international. Lors des journées d’information organisées par l’IFE pour les observateurs étrangers, Jean-Pierre Kingsley, directeur général des élections du Canada de 1990 à 2006, a présenté une communication concernant le processus de réformes électorales au Mexique entrepris depuis le début des années 1990. Il révélait pour la première fois la collaboration étroite du Canada à l’élaboration du système actuel. Je me suis entretenu avec M. Kingsley pour en savoir plus sur la contribution canadienne à ce processus d’amélioration du système électoral mexicain. M. Kingsley, qui a reçu du Président Fox, en 2006, la médaille de l’aigle d’or aztèque, le plus grand honneur décerné à un étranger par le Mexique, m’a aussi fait part de ses impressions sur le processus électoral de 2012.

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