Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Colombie

Relations de genre dans le projet insurrectionnel colombien : le cas des combattantes des FARC-EP et du M-19

Par Frédérique Montreuil, candidate à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

Résumé : Cet article s’intéresse à l’expérience des combattantes au sein de la gauche insurrectionnelle colombienne à la fin du XXe siècle, et plus spécifiquement au sein de deux guérillas, les Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple (FARC-EP) et le Mouvement du 19 avril (M-19). En s’interrogeant sur l’articulation des rapports de genre au sein de ces groupes, il met en lumière la tension entre les potentialités d’émancipation et la perpétuation de dynamiques de domination qui se déploient dans l’espace révolutionnaire.

Mots clés : Colombie; conflit armé; combattantes; Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple (FARC-EP); Mouvement du 19 avril (M-19); genre


Des pourparlers de paix entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée du peuple (FARC-EP) se sont déroulés à La Havane, Cuba entre 2012 et 2016. Ces négociations se sont distinguées par la mise sur pied, en septembre 2014, d’une sous-commission chargée de s’occuper spécifiquement des questions de genre. Il s’agit d’une première mondiale dans le cadre de négociations entre un groupe armé et un État. L’accord final, signé le premier décembre 2016, reconnaît «que les femmes font face à davantage de barrières sociales et institutionnelles dans l’exercice de leur participation politique»[1]. Des dispositions sont ainsi prévues pour la réincorporation et la participation citoyenne des ex-combattantes[2]. L’inclusion d’une perspective de genre dans le processus de justice transitionnelle n’allait pas de soi: elle est le fruit d’un long combat, mené de front par des activistes féministes et organisations de femmes colombiennes. Dès les débuts des négociations, la coalition Mujeres por la Paz dénonçait l’absence de femmes dans le processus, et condamnait le filtre masculin d’analyse des questions de paix et de justice, critique matérialisée par le slogan «La paz sin mujeres ¡no va!»[3].

La participation des Colombiennes au conflit armé ne s’est pas confinée au militantisme pour la paix. Elles ont également pris les armes. Le recensement socioéconomique mené par l’Université Nationale de Colombie auprès d’ex-combattant-e-s, en 2017, révélait une proportion de 23% de femmes dans les effectifs totaux des FARC-EP, dont une proportion de 33% dans le corps guérillero armé[4].

Élections et processus de paix en Colombie

Mauricio Correa, candidat au doctorat en histoire à l’Université de Sherbrooke et collaborateur pour HistoireEngagee.ca

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Le président colombien Juan Manuel Santos
Crédit : Fabio Rodrigues Pozzebom/ABr.

La Colombie se retrouve, en 2014, en plein processus d’élections présidentielles et législatives. L’actuel président de la République, Juan Manuel Santos, a été élu en 2010. Celui-ci sollicite auprès de ses citoyens un deuxième mandat et les sondages, jusqu’à maintenant, semblent lui donner l’avance. L’importance de cette campagne électorale dépasse toutefois largement l’enjeu de la réélection – ou de la non-réélection – de Santos. Depuis novembre 2010, le gouvernement sortant a entamé un processus de paix avec les Forces armées révolutionnaires de la Colombie (FARC). Cette guérilla confronte le pouvoir étatique depuis le milieu des années soixante.

Ce groupe armé émerge dans le contexte sociopolitique des années soixante afin de confronter le gouvernement par la lutte armée et exiger des transformations d’ordres politique, économique et social. Certes, il faut souligner deux éléments fondamentaux pour comprendre l’émergence de cette organisation. Le premier est lié à la question de la possession et de la distribution de la terre. En effet, durant les années soixante, 54,9 % des terres arables sont aux mains de propriétaires qui ne représentent pourtant que 1,7 % de la population du pays[1]. Cela explique les revendications des FARC en faveur d’une réforme agraire ainsi que l’origine paysanne de la majorité de ses membres. Le deuxième élément important concerne la participation politique. Suite à la chute du général Rojas Pinilla en 1957, la restauration de la démocratie colombienne s’est d’abord planifiée à travers un pacte fondé sur une conception bipartite de la vie politique du pays. Connu sous le nom de Frente Nacional, celui-ci organise l’alternance du pouvoir politique entre les partis libéral et conservateur (partis qui s’étaient jusqu’alors opposés violemment[2]). L’objectif de cette alliance était de mettre fin à la violence entre les deux groupes politiques. Or, cette réconciliation exclut la participation d’autres partis comme le Partido Comunista Colombiano (PCC), et cela n’était pas sans danger. En effet, la violence prendra d’autres formes et couleurs idéologiques, sociales, culturelles et politiques; ce sera la naissance de mouvements des guérillas qui maintiendront la Colombie dans une guerre civile qui persiste encore à ce jour.

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