Par Étienne Lapointe, candidat à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)

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Monument Maurice Richard. Crédit : Guy Mayer (Flickr).

Résumé

L’émeute du Forum de mars 1955 en réaction à la suspension du joueur vedette du Canadien de Montréal a marqué l’imaginaire collectif des Québécois francophones au point qu’on en a fait un événement illustrant la volonté d’affirmation nationale des Canadiens français. À la faveur de la Révolution tranquille et avec le passage du temps, Maurice Richard est ainsi devenu le symbole de cette affirmation nationale. Le présent article revient au début de la carrière de Richard afin d’illustrer comment, avant d’être un mythe national, il a été un héros sportif. En épluchant la presse sportive, on peut constater que la passion dont il a été l’objet se met en place par le biais du discours journalistique dès les débuts du joueur. Les trois premières saisons de Richard sont ici étudiées à la recherche des traces cette passion partisane.

Mots clés

Maurice Richard; émeute; fans; nationalisme; supporterisme; passion partisane; Canadien de Montréal.

Introduction

En septembre 2016, deux nouvelles ont rappelé que le nom de Maurice Richard ainsi que son souvenir étaient bien vivants au Québec. D’abord, le 8 septembre un article de la Presse canadienne annonçant que le club-école du Club de hockey Canadien désormais basé à Laval, allait porter le nom de « Rocket » a été relayé notamment par le quotidien The Gazette[1]. Quelques jours plus tard, soit le 14 septembre, la députée du Parti libéral du Québec dans la circonscription de Crémazie, Marie Montpetit, a officiellement déposé une demande pour modifier le nom de sa circonscription en faveur du célèbre ailier droit du Canadien de Montréal. Ainsi, le nom de Crémazie, poète nationaliste du 19e siècle, serait remplacé par celui de Maurice Richard[2]. Le changement de nom a été officialisé par le Directeur général des élections du Québec le 2 mars 2017[3]. Notons également que le gouvernement conservateur de Stephen Harper, avait aussi envisagé d’honorer la mémoire de Richard alors qu’on rapportait qu’on pensait baptiser le nouveau pont qui remplacera l’actuel pont Champlain « Maurice-Richard »[4], une idée qui a été rapidement abandonnée en raison des critiques qu’elle a suscitées[5].

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