Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Histoire environnementale

Définir l’« environnement » à l’ère de la décolonisation et de l’anthropocène

Par Caroline Desruisseaux

Département d’histoire du Cégep de Sherbrooke

Résumé

Au sein des espaces militants autochtones et non autochtones, comment la « nature » ou plutôt, l’« environnement » et le « territoire », sont-ils représentés depuis les années 1970? Manifestement, la prudence est de mise lorsqu’il s’agit de saisir une telle question dans une perspective historique. Le présent texte se veut une courte réflexion sur la manière dont les mouvements sociaux influencent la définition historique de l’environnement. Pour ce faire, nous abordons la construction de l’« autochtonie » et de l’« environnement » comme catégories d’identité, de discours et d’action politique au cours du 20e siècle.

Mots-Clés

Écologies; autochtones; environnementalismes; militantismes; (dé)colonisation.

Introduction

En mai 2019, le rapport du groupe d’experts de l’Organisation des Nations Unies sur la biodiversité (IPBES) affirmait que les peuples autochtones sont les « gardiens de la biodiversité mondiale[1] ». Or, depuis les vingt dernières années, de nombreuses études ont déconstruit le mythe de l’« Indien écologiste » : le respect de la terre-mère, le dialogue avec la nature et la gestion harmonieuse de l’environnement, images associées aux Autochtones, seraient moins des réalités sociohistoriques que des représentations militantes ancrées dans un imaginaire romantique et nées de la contre-culture américaine, à la fin des années 1960[2]. Il n’en demeure pas moins que la question environnementale est centrale au mouvement de défense des droits des Autochtones des années 1970. Le territoire et son mode d’occupation sont le principal enjeu à travers lequel s’inscrit l’histoire des relations entre Autochtones et non-Autochtones – pensons aux traités coloniaux, aux réserves et aux revendications actuelles. Toutefois, parallèlement à la montée du militantisme autochtone, les « environnementalistes », groupes de pression mobilisés autour de la notion d’environnement, deviennent des acteurs clés à l’élaboration des politiques publiques en réclamant entre autres une démocratisation et un encadrement du processus décisionnel en matière d’environnement. Comment ces groupes militants interagissent-ils entre eux?

D’emblée, il faut définir les termes. Dans le cadre de cet article, je définis un mouvement social comme une forme d’action collective concertée en faveur d’une cause se développant pour et contre quelque chose. Cette motivation politique initiale se traduit parfois par la formation d’un groupe de pression mobilisant des représentations sociales collectives dont il fait la promotion dans l’espace public afin d’atteindre des objectifs spécifiques[3]. J’adopte ainsi une posture constructiviste : au sein des mouvements sociaux contemporains, la « nature », l’« environnement » et le « territoire » sont devenus des objets mobilisés politiquement pour négocier des rapports de pouvoir. Au travers de ces concepts, des groupes humains se définissent, s’imaginent et se positionnent les uns par rapport aux autres. Ainsi, la « nature », définie par son exclusion de l’humanité au 19e siècle et au début du 20e siècle, est devenue l’« environnement » au cours des années 1970, alors que le développement de l’écologie permet d’admettre que les êtres vivants sont des acteurs interdépendants au sein des phénomènes biophysiques[4]. Quant au « territoire », il s’agit du terme saisi par les nations autochtones pour traduire leurs préoccupations sur la scène politique dominante[5]. Bref, tout en étant ancrée dans des enjeux matériels bien concrets, se dire « environnementaliste » constitue un geste politique, une adhésion aux valeurs socioculturelles et à l’idéal politique associés à l’environnement au sein de la sphère publique. Depuis les années 1970, les mouvements sociaux ont défini la notion d’environnement à la lumière de leurs préoccupations, multiplient les identités qui y sont rattachées et dotant le concept d’un poids politique de plus en plus conséquent dans l’esprit public.

Dans ce contexte, comment les mouvements autochtones se sont-ils saisis de l’objet environnemental, alors que celui-ci est surtout défini par les sociétés allochtones dominantes? Quelles variations peut-on observer au sein des discours des environnementalistes et des militants autochtones depuis les années 1970, groupes qui proposent des modèles distincts de gestion des ressources, des savoirs et des droits territoriaux ? Manifestement, la prudence est de mise lorsqu’il s’agit de saisir de telles questions dans une perspective historique. Dans le cadre de cet article, je ne propose pas de répondre à ces questions par une analyse de sources. Plutôt, je souhaite retracer la construction discursive de l’« autochtonie » et de l’« environnementalisme » comme catégories d’action politique afin de mieux cerner les enjeux de la recherche historique actuelle. Il s’agit donc d’une analyse historiographique et conceptuelle de ces deux termes et de leurs implications politiques. Pour ce faire, j’expose d’abord la construction de l’autochtonie en tant qu’identité dans les (post)colonies d’origine britannique au cours du 20e siècle. Puis, j’observe comment des mouvements sociaux ont saisi l’environnement comme objet pendant la même période. Enfin, en constatant que la lutte pour les droits des peuples autochtones et la justice environnementale se sont récemment liées l’un à l’autre, je m’intéresse aux convergences et aux tensions discursives de ces luttes à partir du cas du Québec. En refusant toute forme d’essentialisation, nous sommes plus à même de saisir le processus de co-construction de ces identités politiques et des modalités de leur convergence dans la sphère publique actuelle. 

La Révolte de Rivière-au-Renard : quand le pêcheur ne veut plus être le poisson*

Véronique Dupuis, Géographe et collaboratrice pour HistoireEngagee.ca

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Anse de pêche de Petite-Rivière-au-Renard. Source : Musée de la Gaspésie, Collection Marcel Lamoureux.

Anse de pêche de Petite-Rivière-au-Renard. Source : Musée de la Gaspésie, Collection Marcel Lamoureux.

Rivière-au-Renard, septembre 1909. Le soleil se lève sur ce village gaspésien bâti à coups de lignes, de rames et de barges. Un matin tranquille aux effluves salins, le premier depuis quelques jours. Ici, les pêcheurs réclament un juste prix pour leur morue et la fin de leur endettement perpétuel. Partout en Gaspésie, la pêche est menée par des compagnies étrangères avec en tête la Charles Robin, Collas and Co. Depuis plusieurs jours, la Révolte des pêcheurs est bel et bien entamée, après 200 ans d’exploitation aux bénéfices essentiellement jersiais. Une centaine d’années plus tard, qu’en est-il de la situation des pêcheurs professionnels ? Retour sur une vague de fond d’une Gaspésie insoumise qui jeta les bases des coopératives et associations de pêcheurs du Québec maritime.

Le Saint-Laurent : petite chronique d’une grande histoire entre un fleuve et ses pilotes

Véronique Dupuis, Géographe, chargée de projets et collaboratrice pour HistoireEngagee.ca

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Crédit : Etienne Valois (Flickr).

Crédit : Etienne Valois (Flickr).

De tous les cours d’eau sillonnant la planète, le « fleuve aux grandes eaux » fait partie de ceux qui donnent bien des maux de tête aux marins. Les vieux loups de mer le savent indomptable; les jeunes capitaines le redoutent dès Anticosti. Comme quoi le Saint-Laurent a la très juste réputation d’être un des fleuves les plus difficiles à naviguer au monde. De Samuel de Champlain jusqu’aux actuels pilotes du Saint-Laurent, en passant par Louis Jolliet et Joseph-Elzéar Bernier, tous s’accordent pour dire que si la navigation sur le Saint-Laurent peut parfois être longue, elle n’est jamais tranquille. Avec les milliers de navires aux cargaisons diverses qui empruntent chaque année cette artère commerciale qui pénètre au cœur de l’Amérique du Nord, sans parler des pétroliers qui transitent de plus en plus sur la voie maritime, qu’en est-il des risques encourus? Portrait d’un fleuve capricieux, mais fragile, et de ses indispensables pilotes.

Une navigation lestée de risques

Le chenal laurentien est un axe de développement incontournable en Amérique du Nord par lequel arrive quotidiennement un important flot de marchandises. Si sa beauté et sa grandeur émerveillent, les dangers que le Saint-Laurent réserve aux navigateurs sont multiples et gare à celui qui joue les cartes de l’imprudence et de la hardiesse. Sur ses flots, bien des situations peuvent survenir auxquelles les marins doivent s’adapter rapidement, à défaut de quoi les pires scénarios peuvent se produire.

L’énergie, un enjeu politique et citoyen*

Stéphane Savard, historien à l’Université Concordia

Martin Pâquet, professeur au département d’histoire de l’Université Laval

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Des dizaines de personnes manifestaient contre l’éclosion de la filière des gaz de schiste, en octobre dernier, en marge des consultations du Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE) sur le développement durable de cette industrie au Québec.<br />

Photo : Annik MH De Carufel – Le Devoir. Des dizaines de personnes manifestaient contre l’éclosion de la filière des gaz de schiste, en octobre dernier, en marge des consultations du Bureau d’audiences publiques en environnement (BAPE) sur le développement durable de cette industrie au Québec.

Projets d’exploitation pétrolière et gazifère, vente d’électricité, investissements publics ou privés: les débats récents nous donnent l’impression que la question de l’énergie se ramène à la stricte dimension de l’économie. Au contraire, et ce, depuis longtemps, l’énergie au Québec est un enjeu politique et citoyen.

Les courses de chevaux à Québec et le Quebec Turf Club, 1789-1887*

Luc-Nicole Labrie

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Cette semaine, le site du quotidien Le Soleil annonçait un «renouveau» des courses de chevaux à Québec. C’était en effet le retour des courses de chevaux à Québec après pratiquement une année complète sans course. Bien entendu, les courses de chevaux sont des événements qui étaient déjà présentés à l’époque coloniale. Tentons de trouver les quelques origines de ce sport (puisque entendons-nous, il y en a bien quelques unes).

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