Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Rwanda

Le Génocide tutsi : L’impossible justice

Par Amadou Ghouenzen Mfondi, doctorant à l’école d’études des conflits de l’Université Saint-Paul (Ottawa)

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Introduction

La Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide adoptée par l’Organisation des Nations Unies (ONU) le 8 décembre 1948 définit le crime de génocide comme tout acte « commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux »[1]. Ce terme est certes nouveau mais l’histoire nous apprend que le fait décrit est tout aussi vieux que le monde. Au moment où le Rwanda commémore le 25e anniversaire du génocide tutsi, il est utile d’analyser la manière dont la soif de justice et la nécessité du pardon ont été gérées dans ce petit pays de montagnes coincé au cœur de la région des grands lacs africains.

A la suite de l’attentat qui coutât la vie au président rwandais Juvénal Habyarimana en avril 1994, un massacre furieux se déclencha à Kigali, la capitale, et se transforma aussitôt en génocide sous les yeux médusés de la « communauté internationale ». Entre le 6 avril et le 1er juillet 1994, près d’un million de personnes, en majorité Tutsi, furent tuées. Un massacre vite fait. Perpétré en seulement cent jours, soit un ratio macabre de plus de 8 000 vies supprimées quotidiennement. Le tout devant les caméras du monde entier. Un génocide diffusé presqu’en direct à la télé. Du plus loin de ce que l’on sait des crimes de masse, le génocide tutsi est l’extermination à grande échelle la plus rapide de l’histoire humaine.

La gestion de l’héritage des crimes de masse pousse des sociétés sortant des conflits comme le Rwanda à envisager des solutions qui prennent en compte les blessures du passé, les ressentiments du présent et le besoin de réconciliation.  Cette rationalité de l’histoire installe de fait  les conditions d’un choix alambiqué entre la justice et le pardon.  Le Rwanda post génocide n’a pas échappé à cette encombrante dialectique.  L’expérience rwandaise du traitement de la période post-génocide fait apparaitre deux approches ambitieuses qui, dans leur relative complémentarité, eurent pour objectif de rendre justice et de favoriser le pardon et la réconciliation entre les victimes et leurs bourreaux. Un-quart de siècle après cette tragédie qui marqua à jamais l’histoire du Rwanda, toutes les juridictions spéciales qui ont été mises sur pieds pour rendre justice aux victimes et réconcilier le pays ont clôturé leurs travaux.

Black Earth Rising : il y a eu un génocide contre les Tutsi, mais…

Par Sandrine Ricci, candidate au doctorat en sociologie et chargée de cours (UQAM), autrice de Avant de tuer les femmes, vous devez les violer ! Rapports de sexe et génocide des Tutsi (2014, Syllepse) et Lisa Ndejuru, candidate au doctorat en études interdisciplinaires (Université Concordia) et boursière John F. Lemieux fellowship en études sur le génocide et les droits de la personne.

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Black Earth Rising, Netflix

Black Earth Rising, Netflix

Alors que s’amorcent les activités visant à commémorer le 25e anniversaire du génocide des Tutsi du Rwanda, des discours révisionnistes circulent, au Québec comme ailleurs, et il est parfois difficile de les détecter. Diverses voix critiques s’indignent par exemple au sujet de la série Black Earth Rising diffusée sur Netflix (titre en français : Passé sous silence). Ce thriller judiciaire véhiculerait, en creux, une thèse révisionniste : celle d’un double génocide qui aurait atteint symétriquement Tutsi et Hutu. À l’instar de l‘expression « génocide rwandais », on peut reprocher à cette thèse de poursuivre l’objectif d’effacement inhérent au projet génocidaire dont il importe de rappeler qu’il visait spécifiquement les Tutsi en raison de cette identité abusivement établie comme « ethnique » par le pouvoir colonial.

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