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Là où le présent rencontre le passé

« Les Autochtones et l’histoire du Québec » : un compte rendu

Par Cassandre Roy Drainville, candidate à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

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Affiche du 70e Congrès de l’IHAF. Crédit : CIEQ.

Comment intégrer l’histoire autochtone dans le récit historique québécois? Comment commémorer le passé trouble des pensionnats? Quelles sont les avenues possibles pour un meilleur dialogue entre historiens issus des études autochtones et ceux des autres champs de la discipline? La table ronde sur les Autochtones et l’histoire du Québec qui s’est tenue le 21 octobre dernier dans le cadre du 70e Congrès de l’Institut d’histoire de l’Amérique française a permis d’aborder plusieurs pistes de réflexion reliées à ces questions. Retour sur ce panel stimulant.

Pour un meilleur dialogue

D’abord, tous les participants ont constaté qu’actuellement, les spécialistes des études autochtones travaillent rarement en relation avec les historiens étudiant le Québec, notamment les spécialistes de l’histoire nationale, seigneuriale ou politique. L’inverse est tout aussi vrai : la plupart des chercheurs préfèrent ne pas mentionner les Autochtones dans leurs travaux, ne se sentant pas à la hauteur de la tâche. Pourtant, tous sont affirmatifs sur une chose : il faut éviter à tout prix de rester cloisonné à l’intérieur de son champ d’études et prioriser le travail d’équipe[1].

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Élections municipales au Québec : devrait-on revoir le mode de scrutin?

Par David Lanneville, étudiant au doctorat en gérontologie de l’Université de Sherbrooke, détenteur d’une maîtrise en études politiques de la Pontificia Universidad Javeriana de Bogotá, Colombie

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Crédit : Kevin Ott (Flickr).

Le directeur général des élections du Québec a fait une campagne d’impact afin de stimuler la participation des électrices et des électeurs au niveau municipal. On y dénonce avec un peu d’humour le fait que, bon an mal an, moins de la moitié des électeurs et des électrices se prévalent de leur droit de vote, tout en y rappelant à quel point les enjeux municipaux font partie du quotidien des gens. Une autre campagne a aussi été faite afin d’attirer davantage de candidats, car faute d’opposition, les maires et les mairesses ont été élues par acclamation dans près de la moitié des municipalités québécoises[1]. Lorsque des citoyens constituent un parti politique municipal et n’obtiennent aucun siège malgré une part significative du vote populaire, est-ce qu’on peut blâmer les citoyennes et les citoyens de se désintéresser des élections municipales? Bien qu’il ne soit pas le seul facteur qui peut expliquer la faible participation, on peut se demander quel est l’impact du système électoral sur la vie politique municipale? Et si on repensait la démocratie municipale? Analyse du système électoral du point de vue municipal.

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La Déclaration Balfour : contexte et conséquences

Par Yakov Rabkin, Professeur titulaire au département d’histoire de l’Université de Montréal

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Tapis à l’effigie de Balfour. Tel-Aviv, années 1920. (Crédit: http://www.moreshet-auctions.com/carpet-with-the-image-of…).

Résumé

La Déclaration Balfour faite par le ministre des affaires étrangères britannique en novembre 1917 est un document historique dont la portée se fait sentir jusqu’à nos jours. Elle est à l’origine de la reconnaissance internationale de la colonisation sioniste en Palestine et du conflit que cette colonisation a engendré. La déclaration reflète en même temps l’antisémitisme qui stipule que les juifs constituent un corps étranger et ne peuvent pas faire partie intégrale de leurs pays. Leur place serait alors en Palestine. Les sionistes visent à transformer la Palestine en un État pour les juifs, ce que les Britanniques comprennent, mais ne formulent pas publiquement. La déclaration met fin aux promesses britanniques faites aux dirigeants de la région de favoriser la mise en place d’un grand État arabe indépendant. Par contre, le concept d’un État juif acquiert alors une légitimité internationale à travers la Société des Nations et les Nations Unies.

Mots-clés

sionisme; sionisme chrétien; antisémitisme; colonisation; Palestine; Israël?

Introduction

La Déclaration Balfour est une lettre dactylographiée qu’Arthur Balfour, le ministre des Affaires étrangères de la Grande-Bretagne, expédie le 2 novembre 1917 à Lionel Walter Rothschild, un leader de la communauté juive à Londres disposé à appuyer les sionistes. La lettre est si brève que la citer en entier n’alourdira guère cet article :

Cher Lord Rothschild,

Au nom du gouvernement de Sa Majesté, j’ai le plaisir de vous adresser ci-dessous la déclaration de sympathie à l’adresse des aspirations juives et sionistes, déclaration soumise au Parlement et approuvée par lui.

Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et fera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera accompli qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays.

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste.

Arthur James Balfour

À la différence du terme « État » le vocable « foyer » est ambigu et ne possède aucun statut en droit international. Une semaine plus tard, la lettre est reproduite dans le Times sous le titre « Palestine for the Jews. Official Sympathy ». Le titre met en relief ce que la lettre tend à masquer : « La Palestine aux juifs » est bien différente de « l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif ». Par ailleurs, l’original de la lettre rédigée par nul autre que Rothschild lui-même au cours de l’été 1917 parle également de la « reconstitution de la Palestine comme foyer national juif ». Les sionistes visent à transformer la Palestine en un État pour les juifs, ce que les Britanniques comprennent, mais n’articulent alors pas.

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Chercher l’absence des femmes

Par Adèle Clapperton-Richard, candidate à la maîtrise en histoire à l’UQAM et membre du comité éditorial, et Camille Robert, candidate au doctorat en histoire à l’UQAM et collaboratrice à HistoireEngagee.ca

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Crédit: Pierre Guinoiseau (Flickr).

Le 20 octobre dernier à la Grande Bibliothèque, une table ronde s’est tenue avec, pour thème, « Les défis de l’historien dans l’espace public ». Le masculin « historien », dans ce cas-ci, ne visait pas seulement à « alléger » le texte. Il se concrétisait par le fait que quatre hommes – dont les deux organisateurs de cette table ronde – ont pris la parole, devant une salle comble, pour réfléchir aux enjeux de l’histoire et de ses usages hors de la sphère universitaire. Si une femme a eu accès à cette séance plénière, c’est parce qu’on lui en a confié l’animation. Il n’a été question, à aucun moment, des défis des historiennes, et particulièrement des historiennes des femmes, dans la diffusion de connaissances à un large public. En plein cœur du Mois de l’histoire des femmes, et au terme d’une semaine forte en prise de parole féministe, cette omission était frappante. Force est de constater que la célébration de ce mois est passée pratiquement inaperçue.

À l’occasion du 150e de la Confédération, le ministère de la Condition féminine du Canada nous invitait à souligner le Mois de l’histoire des femmes, en mentionnant qu’il s’agissait de « l’occasion pour tout le pays de reconnaître les pionnières d’ici et de célébrer les réalisations des Canadiennes de tous âges qui ont contribué à faire du Canada ce qu’il est aujourd’hui ». Avec le mot-clic #prendresaplace, on souhaitait alors « célébrer les réussites des femmes et des filles qui ont profondément marqué notre pays et qui ont mérité leur place dans les livres d’histoire ». Ici, il n’était pas question d’histoire des femmes, mais de certaines femmes. Face à l’absence totale des historiennes d’un débat sur « l’espace public » et à la célébration de certaines pionnières exceptionnelles, nous avons identifié une série de problèmes liés à la pratique et à l’utilisation de l’histoire des femmes qui, selon nous, freinent sa juste valorisation.

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Confronter « Canada150 » : l’exposition Shame and Prejudice de Kent Monkman

Par Sean Carleton, activiste, artiste et professeur adjoint à la Mount Royal University de Calgary (Traité 7)[1]

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Kent Monkman At Glenbow (Calgary). Crédit : Sean Carleton.

L’exposition Shame and Prejudice : A Story of Resilience de l’artiste Kent Monkman n’est peut-être pas l’exposition que les Canadiens souhaitaient pour les célébrations du « Canada150 », mais c’est sans contredit celle qu’ils méritaient. L’installation artistique fait front aux célébrations du cent cinquantième anniversaire du pays en offrant une perspective autochtone à cet événement. L’intention de l’artiste est d’« activer le dialogue » sur les effets continus et contemporains de la colonisation pour les Premières Nations au Canada et au Québec. Dans ses pièces, Monkman utilise « Miss Chief Eagle Testickle », son alter ego androgyne et anticolonial, pour aborder les thèmes de la dépossession, de la famine, de l’incarcération et du génocide des Autochtones. L’artiste parvient à aborder de front ces problématiques en usant d’une démarche artistique interdisciplinaire et évocatrice. Ce faisant, Monkman place les Canadiens dans une position inconfortable face à leur passé. Il les oblige aussi à réfléchir à leur rapport complice avec la colonisation et avec les injustices auxquelles les peuples autochtones sont toujours confrontés. Il en résulte une exposition dure, hargneuse et pourtant chargée d’espoir dont la visite devrait être obligatoire dans le cadre de « Canada150 » et au-delà.

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