HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé

Au revoir et merci Pascal

Le comité éditorial en collaboration avec Camille Robert

Crédits : Steven Darby, Musée canadien de l’histoire

L’équipe d’HistoireEngagée tient à souligner le départ de Pascal Scallon-Chouinard, membre du comité de rédaction depuis 2012. Au cours des six dernières années, Pascal a réalisé un travail essentiel pour la revue. Infatigable, il a participé à la création et à la coordination de dossiers thématiques, notamment celui sur l’histoire des Afro-Amériques (désormais nommé Imaginations, existences et spatialités noires en (ré)émergence, pour lequel Pascal demeure dans le comité de coordination), Où sont les femmes?, ainsi que Le sport et ses pratiques de l’Antiquité à nos jours : dimensions socioculturelles et usages politiques. Il a grandement aidé à la recherche de nouvelles collaboratrices et de nouveaux collaborateurs, toujours motivé et prêt à tendre des perches pour recruter des chercheuses et chercheurs engagé.e.s ayant des champs de spécialisation variés. Tout au long de son implication à HistoireEngagée, Pascal a su amener un vent de dynamisme : il a mis de l’avant l’importance de diversifier les approches et les projets et, surtout, il a su être le socle de l’équipe pendant plusieurs années. Son intelligence, son dynamisme et sa générosité font de lui un partenaire de travail précieux avec qui il est toujours motivant et agréable d’initier de nouveaux projets. Enseignant dans l’âme, il transmettait avec bonheur à chacun.e de nous ses connaissances de la revue et de son fonctionnement pour qu’elle garde le cap et même qu’elle prenne de l’ampleur. 

Pascal Scallon-Chouinard est employé au Musée canadien de l’histoire depuis plus d’un an, où il occupe désormais les fonctions de Coordonnateur francophone pour l’équipe de l’édition et des publications. Sans Pascal, HistoireEngagée ne serait pas la revue qu’elle est aujourd’hui. Toute l’équipe éditoriale tient à le remercier et à souligner que c’était un véritable plaisir de collaborer avec lui. Il restera un modèle d’engagement et de rigueur… et les nouvelles recrues entendront assurément parler de lui!

Imaginations, existences et spatialités noires en (ré)émergences

Jade Almeida, Christine Chevalier-Caron, Gaëlle Étémé, Astrid Girault, Catherine Larochelle, Philippe Néméh-Nombré, Pascal Scallon-Chouinard, responsables du dossier

Frontispice en bois gravé de Franz Masereel pour la première édition du recueil de poésie Pigments de Léon-Gontran Damas (1937).

J’avais besoin de me perdre dans la négritude absolument. Peut-être qu’un jour, au sein de ce romantisme malheureux…[1]

C’est probablement parce qu’elle est aussi complexe, tortueuse même, que la relation de Frantz Fanon à la négritude a suscité autant de commentaires, autant de discussions. Ici, on met en dialogue le Fanon de Peau noire, masques blancs et celui des Damnés de la terre : quelle place occupe la négritude à différents moments de l’oeuvre[2]? Là, on questionne l’uniformité de la négritude en tant que mouvement : où et comment Fanon s’adresse-t-il à Aimé Césaire, à Léopold Senghor[3]? Et ailleurs, plus généralement, on tente de faire sens de cette ambivalence, de ce qu’elle permet et de ce qu’elle signifie aujourd’hui[4].

C’est que, d’abord, Fanon semble appréhender la négritude comme un ensemble de pratiques individuelles et collectives de reconnaissance de soi, qui concrétisent le geste essentiel de déprise des structures coloniales et raciales. Une émergence, une auto-constitution dans la différence, nécessaire dans la lutte pour la libération. Un détournement, autrement dit, de la relation de domination et de ses effets internalisés et paralysants par la revalorisation historique et culturelle pour soi; plutôt que de se faire reconnaître, se reconnaître et se faire connaître.

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Recension de l’ouvrage de Catherine Charron, Aux marges de l’emploi. Parcours de travailleuses domestiques québécoises 1950-2000

Par Denyse Baillargeon, professeure au département d’histoire de l’Université de Montréal

Photo: Raymonde Lamothe, 1978

Thème de prédilection des chercheuses féministes dans les années 1970 et 1980, la question du travail domestique, qui était pratiquement tombée dans l’oubli, semble provoquer un nouvel engouement depuis quelques années. C’est du moins ce que suggère la parution des ouvrages de Louise Toupin (Le salaire au travail ménager : chronique d’une lutte féministe internationale, (1972-1977), Montréal, Éditions du remue-ménage, 2014) et de Camille Robert (Toutes les femmes sont d’abord ménagères. Histoire d’un combat féministe pour la reconnaissance du travail ménager, Éditions Somme toute, 2017), auquel vient s’ajouter cette excellente contribution de Catherine Charron. Mais à la différence de Toupin et Robert qui s’intéressent aux discours et aux luttes entourant la revendication du salaire à la ménagère, Charron, pour sa part, se penche plus exactement sur celles qui ont gagné leur vie en effectuant des tâches domestiques pour d’autres, que ce soit des particuliers ou encore des institutions. Son livre, fruit de sa thèse de doctorat, laisse donc voir l’envers du travail gratuit des ménagères, soit le travail mal rémunéré des femmes de ménage et autres aides domestiques ou familiales qui se retrouvent, en raison même de la non-valorisation monétaire de ces tâches dans la famille, « aux marges de l’emploi ». En ce sens, on peut dire que sa recherche emprunte une perspective tout à fait originale qui renouvelle les questionnements féministes autour d’un objet qui, jadis, a fait couler beaucoup d’encre[1].

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Où sont les femmes?

Christine Chevalier-Caron, Stéphanie Lanthier, Camille Robert, Adèle Clapperton-Richard, Camille Gauvin, Catherine Larochelle et Marilou Tanguay responsables du dossier thématique[1]

Appel à contributions

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Depuis la fin des années 1960 et le début des années 1970, moment où des historiennes ont commencé à montrer que « les femmes sont dans l’histoire, les femmes ont une histoire et les femmes font l’histoire » (Dumont, 2001), le champ de l’histoire des femmes et du genre a grandement évolué. Après avoir publié un premier dossier visant à contrer l’occultation des femmes des récits historiques, nous souhaitons aujourd’hui poursuivre la discussion sur l’histoire des femmes, du genre et des féminismes, en abordant les défis et enjeux – épistémologiques, méthodologiques, archivistiques, institutionnels, etc. – propres à ces champs d’étude.

Malgré l’effort de nombreuses chercheuses qui ont montré l’importance de questionner à nouveau les postulats historiques au prisme de nouvelles grilles méthodologiques et conceptuelles, des défis restent à surmonter. En effet, l’occultation des femmes des récits historiques, particulièrement éloquente en ce qui a trait aux femmes non-blanches, qui en plus d’être invisibilisées et silenciées, sont souvent instrumentalisées au profit de l’histoire des femmes blanches (Éwanjé-Épée et Magliani-Belkacem, 2012; Vergès, 2017), le manque de visibilité des travaux des historiennes[2] ainsi que les obstacles que l’on peut rencontrer dans la recherche en histoire des femmes (rareté des sources, manque d’outils et de soutien institutionnels), sont toujours omniprésents au sein de la discipline.

L’histoire des femmes et du genre et l’histoire des féminismes ne sont pas que des manières d’étudier le passé, ce sont des outils qui permettent de poser un regard critique sur le présent et des avenues pour imaginer l’avenir autrement. Nous croyons que ces histoires doivent être problématisées à l’aune d’enjeux divers liés aux rapports de pouvoir, rapports genrés, évidemment, mais aussi raciaux et économiques. Les pistes de réflexion que nous souhaitons investir sont larges et diversifiées et elles s’inscrivent dans des champs spatio-temporels variés. Voici une liste non-exhaustive de thématiques pouvant être envisagées :

  • Nouvelles perspectives en histoire des femmes/histoire du genre/histoire genrée;
  • Histoire des féminismes;
  • Femmes et éducation(s);
  • Femmes et mouvements sociaux;
  • Femmes et immigration(s);
  • Femmes autochtones;
  • Femmes et sports;
  • Femmes et médias;
  • Dialogues entre plusieurs générations d’historiennes féministes;
  • Représentations de figures féminines et/ou féministes historiques dans la culture populaire (télévision québécoise, télé-séries, films, jeux-vidéos, musique, littérature…);
  • Mémoire(s) de l’histoire des femmes;
  • Vulgarisation de l’histoire des femmes;
  • Féminisme et université;
  • Enjeux méthodologiques et épistémologiques de l’histoire des femmes et/ou de l’histoire des féminismes

HistoireEngagee.ca vous invite à proposer une contribution concernant l’histoire des femmes et du genre et/ou l’histoire des féminismes. Ces contributions peuvent prendre plusieurs formes : des articles de fond (évalués par les pairs, à l’aveugle), de courts textes, des prises de position, des recensions ou des entrevues.

Nous attendons vos propositions de textes (200-350 mots) avant le 15 septembre 2018 à l’adresse suivante : contributions@histoireengagee.ca. La mise en ligne des contributions est prévue pour l’automne 2018 et l’hiver et le printemps 2019. Le dossier demeurera toutefois ouvert aux propositions de contributions. Vous trouverez de l’information sur nos balises de rédaction et directives de soumission en cliquant ici.


[1] Ont aussi participé à la coordination de ce dossier : Pascal Scallon-Chouinard et Margot Blanchard.

[2] À ce sujet, voir une critique parue à l’automne 2017 « Chercher l’absence des femmes » (en ligne) http://histoireengagee.ca/chercher-labsence-des-femmes/  et la récente initiative Women Also Know History (en ligne) https://womenalsoknowhistory.com/, dédiée à la promotion du travail et des recherches des historiennes spécifiquement.

 

Privatisation de la Société des alcools du Québec (SAQ) : Comment on conserve l’illusion

Par Mathieu Perron, Université du Québec à Trois-Rivières

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Les prochaines élections qui se tiendront en octobre 2018 auront – entre autres – pour enjeux la question de la privatisation de la société d’État en charge du monopole de l’importation et de la distribution des alcools, plus spécifiquement les vins et les spiritueux, la Société des Alcools du Québec (SAQ).

Les deux parties menant actuellement la course dans les sondages d’opinion, la Coalition Avenir Québec (CAQ) et le Parti Libéral du Québec (PLQ) ont annoncé, pour le premier, une privatisation complète et pour le second – après avoir rejeté l’idée en début de mandat – le lancement d’une étude sur la question[1].

Dans une déclaration au Journal de Québec publiée le 31 mai 2018, le chef de la CAQ, François Legault, a annoncé : « On veut libéraliser le marché de l’alcool au Québec. Les Québécois sont prêts à cela. On doit augmenter l’offre et avoir une concurrence nouvelle. » Et Legault ajoute : « C’est important que les Québécois puissent profiter de l’offre mondiale de vins et de spiritueux[2]. » Carlos J. Leitão, grand économiste, y est allé d’une rationalisation de vocabulaire en ne disant pas autrement.

Devant cette sempiternelle question de la privatisation de la SAQ, je demeure toujours perplexe de n’entendre aucun parti exiger une dévolution de l’accise ou du tarif sur les alcools – c’est-à-dire c’est ce que l’on appelait il n’y a pas si longtemps, dans un style quelque peu passé de mode, un rapatriement de compétence. Plus encore, pourquoi aucun leader bien-pensant ne déchire sa chemise et ne demande le transfert automatique des recettes collectées par le fédéral de cette taxation aux provinces au nom de la morale publique ? Pourtant, c’est exactement ce type d’arrangement qu’a promis par le gouvernement Trudeau dans le cadre de la légalisation du cannabis[3].

L’idée première derrière l’établissement de la SAQ, monopole étatique d’importation et de distribution, sous-tendait la mise en pratique de la tempérance. Le résultat principal – celui qui persiste aujourd’hui et a toujours un impact majeur – fut plutôt la consolidation de la base fiscale du Québec. Le système fait école et à partir des années 1940, d’autres provinces et États américains émuleront une version ou l’autre du Quebec System. Aujourd’hui, la SAQ verse annuellement plus d’un milliard de dollars aux caisses de l’État. Pourtant, tous ces faits bien carrés semblent se dissoudre dans un cocktail composé d’un soupçon d’enthousiasme foodie, d’une touche de romantique croisade contre la morale prohibitive ainsi que d’une bonne rasade d’amnésie néolibérale…

Ce texte entend expliciter quelques éléments historiques permettant de bien saisir la profondeur des enjeux autour de la sempiternelle question de la privatisation de la SAQ.

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