Les programmes d’histoire du Québec depuis la Révolution tranquille : une analyse exploratoire

Olivier Lemieux, Université de Sherbrooke

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C’est en 1998 que le ministère de l’Éducation du Québec (MEQ) annonçait la réforme du cours d’histoire du Québec et du Canada adoptant l’étiquette d’Histoire et éducation à la citoyenneté. Cependant, ce n’est que huit ans plus tard, soit le 27 avril 2006, qu’une polémique éclate à ce propos, soulevée par Antoine Robitaille, journaliste du quotidien Le Devoir[1]. À la lumière de nos lectures, le débat s’est articulé autour de deux grands axes : 1) la dialectique entre le discours historique, les visées nationales, les exigences de la société pluraliste et de la conscience citoyenne ; 2) la relation entre l’idéal de culture, l’acquisition de connaissances et le développement de compétences[2]. D’abord, les opposants du programme de 2007 affirment que ce dernier est en rupture avec ses prédécesseurs (les programmes de 1967 et de 1982), puisqu’il se réfère constamment au présent pour éclairer le passé et qu’une histoire visant prioritairement à fournir une éthique citoyenne n’a d’autre choix que d’en aplanir les aspérités[3]. Or, les partisans du programme défendent plutôt que cette rupture est justifiée, car, dans une société pluraliste, il ne faut pas s’attendre à ce qu’un programme officiel, destiné à appeler ses citoyens à vivre ensemble, cultive les tensions[4]. En ce qui concerne le deuxième axe, selon les opposants, cette approche est devenue omniprésente au sein du programme de 2007, ce qui serait une rupture avec les programmes précédents, et aurait pour effet d’occulter les connaissances historiques et l’idéal de culture pour favoriser une vision économicoutilitariste et individualiste[5]. Pour leur part, les partisans croient qu’aucune compétence ne peut être acquise sans connaissances et que la méthode historique est plus facilement développée par cette approche, laquelle s’inscrit d’ailleurs dans les intentions du Rapport Parent[6]. Continuer la lecture

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Infuser le féminisme par l’université : retour sur le colloque « Sexe, amour et pouvoir : il était une fois à l’université »

Adrien Rannaud, candidat au doctorat en études littéraires à l’Université Laval

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L'affiche du colloque, une création de Mireille Laurin Burgess.

L’affiche du colloque, une création de Mireille Laurin Burgess.

C’est en 2012 qu’Yvon Rivard fait paraître Aimer, enseigner, essai qui, selon l’auteur, agit doublement comme traité sur l’enseignement et comme manifeste pour une nouvelle relation professeur-élève. Citant l’écrivain et philosophe Georges Steiner, Rivard écrit dès les premières pages : « Éros et enseignement sont inextricables. Les modulations du désir spirituel et sexuel, de la domination et de la soumission, l’interaction de la jalousie et de la foi, sont d’une complication, d’une délicatesse qui défie l’analyse exacte »[1]. L’auteur pointe à la fois le système basé sur la course aux subventions de recherche qui éloigne le professeur de son métier de transmission du savoir, mais aussi la relation floue, complexe, sublimée et sublimante entre le professeur et l’étudiant. A posteriori, le livre de Rivard, dont on dépasse rapidement les visées parfois moralisatrices, porte les mêmes questionnements que le printemps étudiant. Aimer, enseigner met en lumière le péril de l’institution universitaire par un biais moins commenté, plus tabou, et qui reconduit sur bien des points la réflexion sur les rapports de pouvoir entre hommes et femmes. Continuer la lecture

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Préserver ces phares que nous ne savons voir

Véronique Dupuis, géographe et chargée de projet au Site historique maritime de la Pointe-au-Père

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Phare Cap-des-Rosiers, Gaspésie. Crédits : Véronique Dupuis

Phare Cap-des-Rosiers, Gaspésie. Crédits : Véronique Dupuis

Pot à l’Eau-de-vie, Cap-des-Rosiers, Cap-au-Saumon, Cap-de-la-Table, Haut-fond Prince, Île du Grand Caouis, Pointe de la Prairie, Île du Corossol… Au XXe siècle, pas moins de 43 phares étaient en service sur les côtes du golfe et du fleuve Saint-Laurent et de la Baie-des-Chaleurs. De Mingan jusqu’aux portes de Charlevoix, en passant par Anticosti, les Îles-de-la-Madeleine et la rive sud gaspésienne, ces sentinelles ont longtemps été les repères de milliers de navigateurs. Pour plusieurs d’entre eux, ces phares étaient le signe d’un certain salut dans la tempête. À peine quelques décennies après leur déclassement, la survie de ces lieux de mémoire qui subliment nos paysages côtiers est pourtant bien incertaine. Les phares du Québec; chronique d’un patrimoine maritime en péril.

Il était une fois le Saint-Laurent

Que l’on se sente ou non concerné par le fleuve, cette porte d’entrée de l’Amérique du Nord est au cœur du développement historique, démographique et économique du Québec et du Canada. Ensemble géostratégique primordial pour des fins commerciales, logistiques, militaires et de transport, le fleuve Saint-Laurent revêt depuis des siècles une importance capitale. Les Premières Nations ne l’ont-elles pas utilisé pour assurer leur survie, leurs déplacements et l’établissement de leurs liens commerciaux? Vigies, gabiers et capitaines anglais n’ont-ils pas profité de cette voie navigable pour gagner les rives de Québec? Sans oublier qu’il a également porté les espoirs de centaines de milliers d’immigrants arrivant du Vieux Continent à la recherche d’une vie meilleure. Pendant des siècles il fut le gagne-pain d’autant de draveurs, de pêcheurs et de marchands transportant mille et une cargaisons sur les « voitures d’eau » cabotant sur ses rivages. Continuer la lecture

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Le sergent d’armes, gardien de l’autorité parlementaire

Martin Pâquet, Département des sciences historiques de l’Université Laval

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Kevin Vickers

Kevin Vickers

Certains s’étonnent du sang-froid de Kevin Vickers, sergent d’armes à la Chambre des communes, au moment de son entrée en Chambre des communes le 23 octobre dernier. En effet, le sergent d’armes n’a que très peu manifesté son émotion. En fait, en traduisant l’ethos de sa fonction, sa réaction est similaire à celle de René Jalbert à l’Assemblée nationale en mai 1984 : les officiers de police comme les militaires doivent se montrer impassibles en toutes situations. Sa réaction est aussi typique d’une tradition culturelle précise : celle des régimes parlementaires, dont le sergent d’armes est un gardien attitré.

Une fonction ancienne

Fonction qui se développe dans les parlements à partir du Moyen Âge, le sergent d’armes a entre autres comme responsabilité de maintenir l’ordre dans la Chambre ou dans l’Assemblée.

Les premiers sergents d’armes sont apparus sous Philippe Auguste, roi de France, au moment des Croisades. Assurant la protection du souverain, ils portent une masse décorée, à la fois comme arme et comme symbole de l’autorité royale.  L’origine de leur rattachement au Parlement n’est toutefois pas claire. Il semble que, dès 1322, le premier sergent d’armes a une fonction de portier au Parlement anglais. Avec la séparation entre les deux chambres – la Chambre des lords et la Chambre des communes – en 1341, le sergent d’armes demeure le représentant du Roi, un Roi qui n’hésite pas à faire pression sur l’Orateur – le Président de l’une ou l’autre des chambres – pour faire valoir son autorité.  Néanmoins, sa fonction se transforme en 1415, où le sergent d’armes veille désormais à maintenir le privilège parlementaire au cours des sessions et à assister l’Orateur. Une fois la session terminée, le sergent d’armes retourne alors au service du Roi. Continuer la lecture

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Passion et engagement : entrevue avec Louise Bienvenue et Stéphanie Lanthier à propos de leur entretien filmé avec l’historien Jean-Marie Fecteau

Andréanne LeBrun, étudiante à la maîtrise en histoire à l’Université de Sherbrooke

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À l’été 2012, Louise Bienvenue, professeure titulaire au département d’histoire de l’Université de Sherbrooke et membre du Centre d’histoire des régulations sociales, et Stéphanie Lanthier, chargée de cours à l’Université de Sherbrooke, documentariste et membre de l’équipe d’HistoireEngagée, tournaient un entretien avec Jean-Marie Fecteau, quelques mois avant qu’il nous quitte. Avec générosité et passion, l’historien y raconte son parcours d’aventurier de l’intellect en tant qu’étudiant, chercheur et professeur. Nous avons demandé à mesdames Bienvenue et Lanthier de faire un retour sur cet entretien filmé, depuis peu disponible en ligne.

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