Considérations sur la Couronne du Québec. Le lieutenant-gouverneur, « l’État » et le fédéralisme en question

Mathieu Arsenault, candidat au doctorat en histoire à York University

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Garnotte, Le Devoir (5 février 2010).

Garnotte, Le Devoir (5 février 2010).

La nomination de J. Michel Doyon comme 29e lieutenant-gouverneur du Québec nous offre l’occasion de revenir sur la fonction vice-royale et; espérons-le, de pallier à ce que l’ex-Gouverneure générale Adrienne Clarkson appelait « le manque abyssal » de connaissance des Canadiens par rapport à leur système de gouvernement. Succédant à l’honorable Pierre Duchesne en poste depuis une décennie, J. Michel Doyon s’inscrit dans la longue lignée des représentants de la Reine qui ont occupé cette fonction de façon quasi anonyme depuis 1867. Si certains de nos vice-rois, tels Eugène Fiset (1939-1950) et Hugues Lapointe (1966-1978), sont restés dans les mémoires pour avoir occupé le poste durant plus d’une décennie, leur fonction apparait essentiellement symbolique et protocolaire. Dès qu’ils dérogent de ce rôle d’apparat, nos vices-rois sont d’ailleurs fortement critiqués par la classe politique et par la population qui assiste à leur soudaine émergence comme figure médiatique polémique. Continuer la lecture

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La Révolte de Rivière-au-Renard : quand le pêcheur ne veut plus être le poisson

Véronique Dupuis, Géographe

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Anse de pêche de Petite-Rivière-au-Renard. Source : Musée de la Gaspésie, Collection Marcel Lamoureux.

Anse de pêche de Petite-Rivière-au-Renard. Source : Musée de la Gaspésie, Collection Marcel Lamoureux.

Rivière-au-Renard, septembre 1909. Le soleil se lève sur ce village gaspésien bâti à coups de lignes, de rames et de barges. Un matin tranquille aux effluves salins, le premier depuis quelques jours. Ici, les pêcheurs réclament un juste prix pour leur morue et la fin de leur endettement perpétuel. Partout en Gaspésie, la pêche est menée par des compagnies étrangères avec en tête la Charles Robin, Collas and Co. Depuis plusieurs jours, la Révolte des pêcheurs est bel et bien entamée, après 200 ans d’exploitation aux bénéfices essentiellement jersiais. Une centaine d’années plus tard, qu’en est-il de la situation des pêcheurs professionnels ? Retour sur une vague de fond d’une Gaspésie insoumise qui jeta les bases des coopératives et associations de pêcheurs du Québec maritime. Continuer la lecture

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L’évolution du concept de la toxicomanie au Canada, ou comment le legs des mœurs chrétiennes amplifie un problème de santé publique*

Marie-Pier Arsenault, MD et Sarah McConnell-Legault, MD

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La consommation de drogues, mais surtout les conséquences néfastes et parfois funestes de cette consommation, ont tenu une place prépondérante dans les journaux québécois à l’été et à l’automne 2014. En effet, l’épidémie de décès par surdoses et l’abus d’opiacés d’ordonnance ont fait les manchettes pendant plusieurs semaines. Depuis ce temps, ces sujets se sont progressivement effacés des médias provinciaux, créant une impression de volatilité du phénomène. Pourtant, la toxicomanie est certainement un des plus vieux problèmes de santé connus et demeure fréquent à travers les générations et les sociétés, ce qui en fait un important enjeu de santé publique. Les surdoses sont d’ailleurs un phénomène chronique et cyclique. Malgré cela, la représentation des drogues dans la presse n’est pas un thème soutenu, mais apparaît plutôt au gré des exacerbations, créant alors un événement dont il est de bon ton de parler pour un instant. Une étude française (Fortunée, 2005) fait non seulement le constat de la faible appropriation de ce thème dans les médias, mais remarque également qu’il y a eu évolution dans la manière de traiter du sujet. Celle-ci allant d’un danger menaçant le corps social à une problématique plus complexe amenant à la marginalité et la précarité. Ces analyses démontrent une évolution récente dans l’interprétation sociétale de ce qu’est la toxicomanie. Nous nous sommes intéressées à ce phénomène et proposons ici une courte mise en contexte du rapport des Canadiens aux drogues dans le siècle dernier afin de mieux comprendre l’évolution de la conception de la toxicomanie dans notre pays. Cette perspective historique nous permet de faire une mise au point sur les enjeux actuellement éprouvés au Québec et de démontrer comment ils demeurent intrinsèquement reliés à notre passé collectif. Continuer la lecture

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Aux urnes, citoyennes ! Une exposition sur une lutte majeure du XXe siècle : l’acquisition des droits politiques des femmes au Québec

Marilyne Brisebois, Étudiante au doctorat en histoire à l’Université Laval, Chercheure à l’Atelier F. coopérative de recherche sociale

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Affiche de l'exposition "Aux urnes, citoyennes !".

Affiche de l’exposition « Aux urnes, citoyennes ! ».

Dans le cadre du 75e anniversaire de l’obtention du droit de vote et d’éligibilité des femmes au Québec, l’Assemblée nationale du Québec, en collaboration avec le Directeur général des élections du Québec, propose une exposition. Aux urnes, citoyennes! basée sur la collection de l’Assemblée nationale du Québec. Une première petite partie se retrouve au dernier étage de l’hôtel du Parlement de l’Assemblée nationale. Elle comprend une maquette du Monument en hommage aux femmes en politique fait par Jules Lasalle et dévoilé en décembre 2012 (situé du côté sud de l’hôtel du Parlement). Celui-ci représente quatre figures emblématiques de la lutte pour les droits politiques des femmes, soit Marie Gérin-Lajoie, Idola Saint-Jean, Thérèse Casgrain et Marie-Claire Kirkland. Une sculpture en bronze d’Aristide Gagnon acquise par l’Assemblée nationale lors de l’Année internationale de la femme en 1975, La Femme, est aussi présentée. Quelques panneaux informatifs clôturent cette partie matérielle de l’exposition. Des archives historiques y sont reproduites ainsi que du matériel électoral (bulletin de vote et formulaire de mise en candidature) remontant jusqu’à 1947, et une brève chronologie de la lutte des femmes pour leurs droits politiques, commencée au XIXe siècle, y est présentée. La dimension internationale de cette lutte est effleurée, notamment par l’exemple du cas britannique, tout comme les diverses étapes qui l’ont jalonnée, comme les 13 rejets du projet de loi au cours des années 1920-30. Des citations des quatre pionnières du mouvement (M. Gérin-Lajoie, I. Saint-Jean, T. Casgrain et M.-C. Kirkland) sont également transcrites. Sur le mur sont projetées d’autres images d’archives sur le sujet, comme la loi accordant aux femmes le droit de vote et d’éligibilité, des caricatures sur les suffragettes, des lettres, etc.  Un écran tactile permet enfin aux visiteurs et visiteuses d’approfondir leurs connaissances sur le sujet par l’exploration d’une exposition virtuelle. Continuer la lecture

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Mes années 60 en Acadie

Co, Philosophe

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Dans la cadre du dossier thématique « Autour du “moment 68” en Acadie », Histoireengagée.ca publie ici le témoignage du philosophe Roger Savoie, ancien professeur de philosophie à l’Université de Moncton, qui revient sur son engagement des années 1960 après s’être fait silencieux sur l’Acadie durant plus de trente ans. « Éclaireur », « maître à penser d’une génération », « porte-parole des jeunes idéologues »… les éloges et les reconnaissances ne manquent pas à ce prêtre défroqué, cet « anarchiste » autoproclamé, qui a su mener une partie des jeunes militantes acadiennes et militants acadiens de la période à « accuser [leur] bonne conscience endormie » et à s’engager dans une critique « libre » et « responsable » de la société acadienne.


Quand je suis retourné dans ma ville natale en 1965, à la suite de trois années d’études à l’Université de Strasbourg où j’avais commencé une thèse de doctorat de troisième cycle en philosophie sous la direction du philosophe George Gusdorf – un incroyable érudit –, ma vie avait complètement changé. Je n’étais plus le même. J’avais aussi réussi à m’infiltrer au Concile Vatican II en tant que journaliste pour le journal acadien L’Évangéline. J’y ai vite découvert la face cachée du catholicisme, la lutte furieuse qui sévissait entre les immenses forces conservatrices de Rome et les nouvelles exigences plus libérales venant des évêques du monde entier. Je discutais souvent avec les journalistes de tous les pays.

Roger Savoie en 1966.

Roger Savoie en 1966.

En outre, je devenais de plus en plus absorbé par les philosophes d’avant-garde qui, depuis les années quarante, critiquaient ouvertement la doctrine religieuse de l’époque et proposaient une nouvelle façon de voir le monde. J’étudiais en profondeur les existentialistes – chrétiens et athées –, comme Gabriel Marcel, Nicolas Berdiaev et Jean-Paul Sartre, les personnalistes comme Emmanuel Mounier, les structuralistes, l’œuvre de Teilhard de Chardin, les spiritualistes comme Henri Bergson, les iconoclastes comme Friedrich Nietzsche, Karl Marx, etc. J’ai ainsi réussi à me distancier de la doctrine officielle à laquelle j’adhérais depuis mon enfance et dans mes premières années de prêtrise. J’ai réussi l’exploit difficile de me purifier du provincialisme fermé, obscurantiste et contrôlant de la religion catholique. Continuer la lecture

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Autour d’un livre : Le « moment 68 » et la réinvention de l’Acadie de Joel Belliveau

lain Even, Sociologue, Enseignant de sociologie à l’Université de Moncton (1966-1969), Professeur retraité de l’Université de Rennes 2 et Président honoraire de l’Assemblée des Conseils Économiques, Sociaux et Environnementaux Régionaux de France

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BELLIVEAU, Joel. Le « moment 68 » et la réinvention de l’Acadie. Ottawa, Les Presses de l'Université d'Ottawa, 2014, 362 p.

BELLIVEAU, Joel. Le « moment 68 » et la réinvention de l’Acadie. Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 2014, 362 p.

L’historien Joel Belliveau a récemment fait paraître aux Presses de l’Université d’Ottawa Le « moment 68 » et la réinvention de l’Acadie. Centrée sur les mobilisations étudiantes acadiennes des années 1960, l’étude de Belliveau offre une interprétation originale du militantisme de l’époque, dont une partie a été immortalisée par le documentaire L’Acadie, l’Acadie?!? des cinéastes Pierre Perrault et Michel Brault. Revenant sur quelques temps forts de la période – la manifestation pour le bilinguisme en février 1968, la remise symbolique d’une tête de cochon au maire francophobe Leonard Jones, l’occupation du pavillon des sciences de l’Université de Moncton – et d’autres méconnus, voire inconnus de l’historiographie acadienne, Belliveau défend la thèse que les mobilisations qu’il étudie ont « conduit à un changement de paradigme politique en Acadie ». Pour l’occasion, le Comité de rédaction d’Histoireengagée.ca a invité des militantes et des militants du « moment 68 » à réagir à la publication de l’ouvrage en livrant leurs commentaires critiques sur cette période charnière de l’histoire contemporaine de l’Acadie. Entre recension et témoignage, les billets produits par divers acteurs de l’époque invitent, en soulevant de nouvelles hypothèses, à une relecture du « moment 68 » en Acadie. C’est donc par un texte du sociologue Alain Even, professeur de sociologie à l’Université de Moncton de 1966 à son congédiement en 1969 et titulaire d’une thèse de doctorat en sociologie sur le développement économique en Acadie, que s’ouvre la série de billets autour du « moment 68 » en Acadie. En complément à cette lecture, nous vous invitons également à redécouvrir une entrevue qu’avait réalisée Adeline Vasquez-Parra avec Alain Even en 2012 pour HistoireEngagée : « 68 et nous » : une entrevue avec le sociologue Alain Even.


Alain Even en 1968.

Alain Even en 1968.

Témoin lointain par la géographie et le temps, mais témoin engagé et très observateur entre 1966 et 1969, au-delà même, car j’y fus un enseignant-chercheur passionné. Ce fut un temps fort de ma vie qui m’a laissé un peu d’amertume – départ involontaire dû à mon congédiement comme professeur de sociologie – parce qu’il me semblait avoir contribué à la compréhension de ce qu’était effectivement en ce temps l’Acadie. Me ressentant quelque peu Acadien, j’ai suivi avec beaucoup d’attention les évolutions des années 1970, puis mes engagements professionnels et personnels en Bretagne ont créé de la distance. Cependant, j’ai gardé jusqu’à ce jour des relations très vivantes avec plusieurs des heureuses rencontres de cette période, des étudiants pour l’essentiel. J’ose donc réagir à ma lecture de l’ouvrage de Joel Belliveau. Continuer la lecture

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Appel à contributions : « L’austérité : vérités et conséquences »

Le comité de rédaction

Définition usuelle de l'austérité.

Définition usuelle de l’austérité.

En lançant le site www.histoireengagée.ca, de jeunes chercheurs ont voulu offrir une histoire accessible qui, tout en demeurant rigoureuse, vise à faire sortir les recherches historiques du champ souvent trop restreint du domaine universitaire et des revues scientifiques. Cela avait pour but de contribuer à éclairer les enjeux politiques, économiques, sociaux et culturels du présent.

C’est dans cette optique que nous lançons ce nouvel appel de textes sur le thème large de l’austérité. De cette façon, Histoireengagée.ca souhaite publier des textes argumentatifs de nature historique pouvant participer à ce débat de société actuel qui est si déterminant pour l’avenir du Québec et de plusieurs autres nations affectées par cette période de compressions économiques. Qu’est-ce que l’austérité? Quels sont les objectifs et les visées idéologiques d’un tel programme? Quelles conséquences les coupes budgétaires ont-elles sur les citoyens et quels impacts cela a-t-il sur le modèle de société préconisé jusqu’alors? Le positionnement face à ces questions guide tant le débat politique actuel que les mobilisations sociales présentes et à venir. Ainsi, notre appel de texte est lancé dans le but de recevoir des contributions qui pourraient s’inscrire dans un des champs suivants :

  • Histoire des réformes du modèle de gouvernance, par exemple : la Révolution tranquille et l’émergence du modèle québécois; le néolibéralisme et ses conséquences au Québec (ou ailleurs dans le monde); le modèle scandinave : une réinvention de la sociale démocratie?; les conséquences de la privatisation à outrance; du citoyen au contribuable : quelles conséquences pour la démocratie?; le modèle québécois; la place des femmes en politique; etc.
  • Histoire des  programmes sociaux visés par les coupes actuelles au  Québec, par exemple : histoire du projet des centres de la petite enfance; les coupes à l’aide sociale d’hier à aujourd’hui; à quoi bon l’éducation : histoire de sa gestion et de son financement par le gouvernement; l’importance des relations internationales pour le Québec; le soutien du gouvernement pour les régions; la culture et l’identité nationale en temps de crises économiques; histoire des projets de privatisation de la santé; etc.
  • Histoire des alternatives économiques, par exemple : historique de la réduction des impôts pour les banques et les entreprises; histoire du forum social des peuples; résistances et collaborations autochtones face à l’extractivisme; heurs et malheurs de l’économie verte; le nationalisme économique et la modernisation de l’État; socialisme et communisme au Québec; histoire du coopérativisme; etc.
  • La prise de parole et la militance au fil du temps, par exemple : le rôle social de l’intellectuel en temps de crise; l’impact des universités (et de la recherche universitaire) sur les sociétés qui la financent; histoire des grèves sociales au Québec (et dans le monde); la fonction critique des sciences humaines a-t-elle un avenir?; maintenir la pression : les formes de mobilisation après la fin d’une grève; contestations et répressions; etc.
  • L’effet « Enquête », par exemple : l’impact de la corruption dans une perspective historique; le rôle historique du Canada dans la création des paradis fiscaux; la relation Philippe Couillard-Arthur Porter au fil du temps; le coût réel de la sous-traitance pour les finances publiques; la marchandisation de l’éducation : les universités et la collaboration avec le privé; etc.

Voici quelques exemples de sujets pertinents à traiter dans ce numéro thématique sur l’austérité qui paraitra sur le site www.histoireengagée.ca. Cet appel d’articles s’adresse aux chercheurs de toutes les disciplines, y compris les étudiants aux cycles supérieurs, les professeurs, les enseignants, les intervenants communautaires; bref, à tous ceux et celles qui s’intéressent au sujet. Nous recevrons et publierons des textes dans ce numéro jusqu’à la fin de l’automne 2015.

Les propositions reçues suivront toutes un processus d’évaluation. Veuillez soumettre votre texte par voie électronique, en respectant les balises de rédaction d’HistoireEngagée, à l’adresse suivante : contributions@HistoireEngagee.ca

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Retour sur la journée d’étude « L’histoire orale en vaut-elle la peine ? Avantages et contributions d’une pratique en milieu francophone »

Andréanne LeBrun, candidate au doctorat en histoire à l’Université de Sherbrooke

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Affiche de la journée d'étude.

Affiche de la journée d’étude.

Le 10 avril dernier s’est tenue à Sherbrooke une journée d’étude portant sur l’histoire orale coorganisée par les candidates à la maîtrise en histoire Myriam Alarie et Christine Labrie ainsi que par la professeure Louise Bienvenue. Constatant depuis la dernière décennie un regain d’intérêt à l’endroit de cette pratique de la part des historiens québécois (en témoignent notamment la création du Centre d’histoire orale et de récits numérisés de l’Université Concordia (CHORN) en 2006 et la parution prochaine d’un numéro spécial de la Revue d’histoire de l’Amérique française sur les sources orales), elles proposaient de s’interroger sur ses avantages, ses limites et ses perspectives d’avenir. Si l’histoire orale se prête bien à la multidisciplinarité, les organisatrices ont choisi de rassembler uniquement des historiens afin de réfléchir sur les réticences qui semblent être le propre de leur profession. C’est donc dans une ambiance décontractée que 15 intervenants d’horizons variés ont puisé dans leur expérience pour répondre à la question « L’histoire orale en vaut-elle la peine ? ». Saluons le fait qu’il s’agisse d’un des rares évènements du genre en histoire à être consacré à des enjeux d’ordres méthodologique et épistémologique.

Dans son mot d’introduction, Louise Bienvenue distinguait les experts de l’histoire orale des explorateurs, qui ont croisé cette pratique sur leur route un peu par hasard. Je m’inscris dans cette seconde catégorie. Par conséquent, c’est en toute humilité que ce compte-rendu entend partager les réflexions qui sont ressorties de cette journée stimulante avec ceux et celles qui n’ont pu y assister. Continuer la lecture

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« La passion d’Augustine » : l’expertise musicale des religieuses

Micheline Dumont, historienne

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La Passion d'Augustine, 2015.

La Passion d’Augustine, 2015.

Un article du Devoir, le 30 mars 2015, nous apprend que le film de Léa Pool, « La passion d’Augustine », rencontre un succès populaire. Les recettes au guichet approchent du million après dix jours dans les salles. Ce film vient rappeler la réalité d’une tradition mal connue aujourd’hui : l’expertise des religieuses dans l’enseignement de la musique.

Cet enseignement s’est répandu avec le foisonnement des pensionnats de jeunes filles, lieu principal de l’instruction féminine, à partir du milieu du XIXe siècle. Rapidement, les religieuses ont ajouté la musique au programme scolaire. D’une part, parce que cela répondait à une demande expresse des parents. D’autre part, parce que cela permettait d’augmenter le prix de la pension. Des recherches ont démontré que les revenus des pensionnats étaient majorés de 15 %, grâce à l’enseignement de la musique. Dans un petit pensionnat rural, un couvent de quelques 60 pensionnaires, on dénombrait dix pianos en 1950. Or, on comptait 175 établissements en 1950, dont 55 dans des villages. Cela fait beaucoup de pianos et beaucoup de religieuses musiciennes!

Chaque congrégation a progressivement structuré cet enseignement, par l’octroi de diplômes-maison. À partir des années 1920, plusieurs congrégations se sont même dotées d’une école supérieure de musique. Le cursus musical s’est alors étendu jusqu’au baccalauréat et chaque congrégation a négocié son affiliation à une université pour faire reconnaître ses diplômes. C’est une question complexe et les archives révèlent de longues discussions entre les autorités universitaires et les congrégations religieuses. Plusieurs congrégations changent d’université quand elles ne peuvent pas s’entendre avec les responsables. La première affiliation date de 1926 et progressivement, on en compte une dizaine. Les dernières se produisent après 1950, dont l’école supérieure des Sœurs Sainte-Croix qui avait pourtant formulé sa demande dès 1922.   Continuer la lecture

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L’historien derrière la console : Assassin’s Creed : Unity. Entrevue avec Laurent Turcot

Marc-André Robert, doctorant en histoire à l’Université Laval

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Laurent Turcot.

Laurent Turcot.

Laurent Turcot est professeur d’histoire au département des sciences humaines de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Spécialiste de l’histoire moderne canadienne et européenne (16e au 19e siècle), plus particulièrement de l’histoire sociale et culturelle de cette période, il a récemment collaboré, à titre d’historien consultant, à la production du jeu vidéo Assassin’s Creed : Unity, de la compagnie française Ubisoft, volet d’une série très populaire campé cette fois dans l’époque de la Révolution française de 1789. Il vient de faire paraître un ouvrage tiré de cette expérience inusitée, coécrit avec son collègue français l’historien Jean-Clément Martin, aux éditions Vendémiaire : Au cœur de la Révolution : les leçons d’histoire d’un jeu vidéo (2015). HistoireEngagée a sollicité sa réflexion autour de l’enjeu des multiples visages de l’historien et de l’engagement de ce dernier dans la diffusion de l’histoire.

MAR : Au fil des récentes années, le développement de la franchise de jeu vidéo à succès Assassin’s Creed, dans laquelle les joueurs incarnent des assassins prenant part à divers événements historiques importants de notre histoire, a vu la compagnie française Ubisoft s’en remettre de plus en plus aux historiens professionnels (professeurs et chercheurs) pour les aider à garantir une « validité » et une « précision » historiques aux éléments narratifs des jeux. Par exemple, en 2013, le professeur Jean-Pierre Le Glaunec de l’Université de Sherbrooke a ainsi contribué à l’expansion du quatrième chapitre de la série, Freedom Cry, en tant que spécialiste de l’histoire d’Haïti et de l’esclavage. À l’instar de l’expérience vécue entre le professeur Le Glaunec et Ubisoft, qu’est-ce qui vous a amené à travailler avec cette compagnie de sur leur plus récent opus, Assassin’s Creed : Unity, qui revisite le Paris de la Révolution française de 1789 ? Comment les producteurs vous ont-ils approché ? Continuer la lecture

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