HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

L’équipe d’HistoireEngagee.ca s’agrandit: trois nouvelles personnes rejoignent le comité éditorial

La revue HistoireEngagee.ca a le plaisir de vous annoncer l’arrivée de trois nouvelles personnes qui vont renforcer son comité éditorial. Nous leur souhaitons la bienvenue en vous invitant à découvrir ci-après leurs profils.

Jonathan Lainey

Historien huron-wendat, Jonathan est actuellement Conservateur, Cultures autochtones, au Musée McCord. Ses expériences professionnelles précédentes l’ont amené à travailler au Conseil de la Nation huronne-wendat, à Parcs Canada, à Bibliothèque et Archives Canada, et au Musée canadien de l’histoire. Après des études en anthropologie et en études autochtones à l’Université Laval, il complète un mémoire de maitrise en histoire, lequel a été publié en 2004 sous le titre La « monnaie des Sauvages ». Les colliers de wampum d’hier à aujourd’hui (Septentrion). Ses publications et communications scientifiques portent principalement sur l’histoire et la culture huronnes-wendat, sur les wampums, de même que sur le patrimoine documentaire et la culture matérielle autochtones.

Mathilde Michaud

Mathilde est candidate au Doctorat en Histoire à l’Université de Glasgow et titulaire d’une maîtrise en Gender History. Iel s’intéresse à la construction des identités de genre ainsi qu’à la déconstruction des discours hétéropatriarcaux dans le monde Atlantique Nord. Sa thèse porte sur le discours de l’Église Catholique au Québec sur la féminité, sa dissémination, et le rôle que les scripts de genre catholique ont joué dans la construction de l’identité nationale canadienne-française, puis québécoise. Ses travaux l’ont aussi porté à étudier le rôle des traducteurs dans le développement et le maintien des inégalités de genre dans la Bible. Affiliée au Centre for Gender History, à Glasgow, iel est co-coordonnatrice du podcast Living Gender History, visant à vulgariser les recherches en histoire du genre et à tisser des liens entre académicien.ne.s et practicien.ne.s des études de genre.

Gustavo Salinas

Crédit photo : Éloïse Joubert

Gustavo est candidat à la maîtrise en histoire en option recherche à l’Université de Montréal. Son mémoire présentement en écriture porte sur les écrits et la perception changeante de la race et de la formation des catégories ethniques contemporaines au Pérou des années 1930 sous le gouvernement de Luis Sánchez Cerro, premier président d’origine autochtone. Ses intérêts portent sur l’indigénisme et les divers mouvements culturels, intellectuels et politiques en Amérique latine dans la première moitié du XXe siècle. Il porte aussi attention aux représentations artistiques des groupes marginalisés de cette période, notamment par la photographie et la chanson populaire. Il a collaboré au sein du Réseau d’Études Latino-américaines de Montréal (RÉLAM) à titre de coordinateur des réseaux sociaux.

Ta jupe est trop courte: sors de l’église… ou plutôt la classe

Par Mathilde Michaud, University of Glasgow

Je ne choquerai personne en disant que les sociétés occidentales ont, aujourd’hui et par le passé, tenté de contrôler l’apparence des femmes. Il est cependant plus difficile de convaincre que la rhétorique derrière cette gestion corporelle au 21e siècle ressemble presque en tout point à celle mise en œuvre par l’Église catholique québécoise du 19e siècle. Depuis plus d’une semaine déjà, l’actualité québécoise est traversée par cette seconde tentative d’élèves du secondaire de provoquer un changement quant à l’application des codes vestimentaires dans leur école. Cet évènement, et plus particulièrement la mise en exergue des codes adressés aux adolescentes, m’offre une occasion parfaite pour dresser les ressemblances entre ce mouvement et la gestion des corps des femmes par l’Église catholique il y a plus de 100 ans.

La guerre des Tsilhqot’in de 1864

Affiche et texte : Gord Hill et Sean Carleton Traduction : Marie-Laurence Rho

La guerre des Tsilhqot’in de 1864 est l’un des conflits les plus importants de la période initiale de colonisation à s’être produit dans le territoire qui correspond aujourd’hui à la « Colombie-Britannique ». Elle illustre, à bien des égards, le processus de colonisation qui implique des maladies dévastatrices, des conflits pour le territoire et les ressources, ainsi que la trahison des peuples autochtones par les colons.

La guerre des Tsilhqot’in implique des membres de la nation Tsilhqot’in qui ont voulu s’opposer à la construction d’une route par des colons sur leur territoire ancestral, qui se situe à l’intérieur de la colonie de la Colombie-Britannique. La route a été initiée par Alfred Waddington, un fonctionnaire du gouvernement colonial et homme d’affaire qui a fait pression auprès du gouvernement et de ses compagnons d’affaire pour qu’une route soit construite entre Bute Inlet et Fort Alexandria. Cette route devait être reliée à la route Cariboo pour se poursuivre jusqu’aux champs aurifères de Bakerville. C’est sans consultation adéquate des Tsilhqot’in que le gouvernement a décidé d’approuver la construction de la route.

Les Tsilhqot’in avaient été frappé·e·s par une épidémie de variole amenée par les colons en 1862, ce qui a fait en sorte que certains chefs de guerre se soient chargés de prévenir tout autre intrusion indésirable sur leur territoire. Cela dit, lorsque la construction de la route a débuté dans la zone près de Bute Inlet, les guerriers Tsilhqot’in ont réagi au moyen d’une série d’attaques au cours des mois d’avril et de mai 1864, celles-ci ayant tué 19 colons.

Histoires à ressusciter : Quelques réflexions sur l’exposition et l’expérience Ododo Wa*

Par Gilbert Nuwagira

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Voici le cinquième texte d’une série de cinq articles portant sur l’exposition Ododo Wa : Filles en temps de guerre, présentée au Musée canadien pour les droits de la personne jusqu’en novembre 2020. Cette série a également été publiée en anglais sur ActiveHistory.ca. Vous trouverez les autres textes de la série ici.


En grandissant dans le sud-ouest de l’Ouganda, j’entendais parfois des histoires racontées à voix basse sur ce que la rivière Kagera avait apporté en 1994 et sur l’insurrection de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) dans le nord du pays. Ces dernières nous étaient transmises par des personnes qui n’étaient pas allées dans cette région de l’Ouganda. Au début des années 2000, les programmes d’études étaient muets sur les conflits qui persistaient au nord. Bien que nous étudions l’histoire  des rébellions ayant conduit à l’indépendance de l’Afrique de l’Est, je constate avec le recul qu’il y avait un silence marqué sur la manière dont les vestiges de ces conflits étaient gérés. Le jeune homme que j’étais ignorait donc les multiples violations flagrantes des droits de la personne qui se produisaient dans son pays et en était tenu à l’écart.

Il va sans dire que les histoires doivent être racontées. Elles brisent les chaînes de l’ignorance et font tomber les barrières à mesure que les gens acquièrent une compréhension plus nuancée de leur passé et de la façon dont il façonne activement leur avenir. Les histoires non racontées sont comparables aux ulcères qui se nourrissent du tissu social bien que les « armes se soient tues ». L’incapacité à créer des espaces pour partager des histoires tues jusqu’à présent n’est pas sans effet. En plus de favoriser une forme active de silence, cette omerta peut devenir un terreau fertile pour de futurs conflits. Un autre effet réside dans le fait que les perturbations générées par les conflits demeurent à leur tour inconnues, ce qui démontre aussi la nécessité de raconter des histoires. Les communautés doivent prendre conscience de leur passé commun et de leurs différentes expériences sans pour autant nier les récits des autres. Raconter des histoires est une façon d’ouvrir l’espace à des personnes qui ont vécu des périodes tumultueuses et de reconnaître des parcours divers dont les trajectoires sont souvent autrement effacées. Le fait de mettre en lumière les parties moins connues de notre histoire (qu’elles nous maudissent ou nous glorifient) est important pour toutes les générations, surtout lorsque ces connaissances peuvent aider à façonner des politiques, des lois, des pratiques et des cadres qui éviteraient de répéter les erreurs du passé. 

Recension de Poets of the Chinese Revolution

Julien Lehoux[1], Université du Québec à Montréal

Le néophyte qui aimerait s’initier aux études chinoises risque souvent d’être intimidé par la présence importante de la poésie dans les textes de première main. Outre la barrière naturelle de la langue, la poésie chinoise recèle moult subtilités dans sa conception structurelle, en plus de nombreuses références à la longue histoire du pays. Faire l’étude du militantisme chinois devient donc un double défi tandis que les messages politiques se mêlent aux métaphores littéraires et aux référents historiques. Certaines particularités et subtilités du communisme chinois, de ses modestes débuts à l’avènement de son régime, peuvent ainsi être perdues d’une étude historique à l’autre. De fait, la poésie, primée par plusieurs militants de l’époque, a parfois tendance à être mise de côté dans les études sur le sujet. En présentant une série de poèmes traduits, le récent ouvrage anthologique de Gregor Benton, Poets of the Chinese Revolution[1], est ainsi une addition bienvenue dans les études sur le communisme chinois.

Benton est professeur émérite du département d’histoire à l’université de Cardiff. Dans le cadre de Poets of the Chinese Revolution, Benton s’est principalement chargé de la compilation, de la traduction et de la présentation des poèmes. Son collègue, Feng Chongyi, grand spécialiste de l’histoire intellectuelle de la Chine contemporaine, l’accompagne quant à lui dans l’édition de l’ouvrage.

Benton met quatre auteurs de l’avant : le cofondateur du Parti communiste chinois Chen Duxiu, le prisonnier politique Zheng Chaolin, le commandant d’armée Chen Yi et le père de la révolution Mao Zedong. L’intention de Benton est de prendre quatre personnes dont la vie et la carrière ont été définies par l’avancée du communisme, mais dont les trajectoires sont complètement différentes. En faisant une lecture critique de leurs poèmes, rédigés tout au long de leur vie, Benton tente de souligner la pluralité artistique des adhérents du communisme chinois et la juxtaposition de leur vie et de leur idéologie que les poèmes expriment. Poets of the Chinese Revolution veut ainsi démontrer l’importance de la poésie chez les militants chinois et le processus créatif derrière leur écriture. C’est en étudiant ces éléments que nous pouvons découvrir une autre facette de ces auteurs. Nous pourrions cependant blâmer le manque d’auteures dans la sélection de Benton. En effet, des perspectives féminines auraient été bien accueillies dans son recueil. Les poèmes de la prisonnière politique Lin Zhao, par exemple, se seraient bien mêlés et comparés à ceux de Zheng Chaolin. Les textes de la révolutionnaire He Xiangning auraient aussi fait un contraste intéressant avec ceux de Chen Duxiu.

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