Appel à contributions : « L’austérité : vérités et conséquences »

Le comité de rédaction

Définition usuelle de l'austérité.

Définition usuelle de l’austérité.

En lançant le site www.histoireengagée.ca, de jeunes chercheurs ont voulu offrir une histoire accessible qui, tout en demeurant rigoureuse, vise à faire sortir les recherches historiques du champ souvent trop restreint du domaine universitaire et des revues scientifiques. Cela avait pour but de contribuer à éclairer les enjeux politiques, économiques, sociaux et culturels du présent.

C’est dans cette optique que nous lançons ce nouvel appel de textes sur le thème large de l’austérité. De cette façon, Histoireengagée.ca souhaite publier des textes argumentatifs de nature historique pouvant participer à ce débat de société actuel qui est si déterminant pour l’avenir du Québec et de plusieurs autres nations affectées par cette période de compressions économiques. Qu’est-ce que l’austérité? Quels sont les objectifs et les visées idéologiques d’un tel programme? Quelles conséquences les coupes budgétaires ont-elles sur les citoyens et quels impacts cela a-t-il sur le modèle de société préconisé jusqu’alors? Le positionnement face à ces questions guide tant le débat politique actuel que les mobilisations sociales présentes et à venir. Ainsi, notre appel de texte est lancé dans le but de recevoir des contributions qui pourraient s’inscrire dans un des champs suivants :

  • Histoire des réformes du modèle de gouvernance, par exemple : la Révolution tranquille et l’émergence du modèle québécois; le néolibéralisme et ses conséquences au Québec (ou ailleurs dans le monde); le modèle scandinave : une réinvention de la sociale démocratie?; les conséquences de la privatisation à outrance; du citoyen au contribuable : quelles conséquences pour la démocratie?; le modèle québécois; la place des femmes en politique; etc.
  • Histoire des  programmes sociaux visés par les coupes actuelles au  Québec, par exemple : histoire du projet des centres de la petite enfance; les coupes à l’aide sociale d’hier à aujourd’hui; à quoi bon l’éducation : histoire de sa gestion et de son financement par le gouvernement; l’importance des relations internationales pour le Québec; le soutien du gouvernement pour les régions; la culture et l’identité nationale en temps de crises économiques; histoire des projets de privatisation de la santé; etc.
  • Histoire des alternatives économiques, par exemple : historique de la réduction des impôts pour les banques et les entreprises; histoire du forum social des peuples; résistances et collaborations autochtones face à l’extractivisme; heurs et malheurs de l’économie verte; le nationalisme économique et la modernisation de l’État; socialisme et communisme au Québec; histoire du coopérativisme; etc.
  • La prise de parole et la militance au fil du temps, par exemple : le rôle social de l’intellectuel en temps de crise; l’impact des universités (et de la recherche universitaire) sur les sociétés qui la financent; histoire des grèves sociales au Québec (et dans le monde); la fonction critique des sciences humaines a-t-elle un avenir?; maintenir la pression : les formes de mobilisation après la fin d’une grève; contestations et répressions; etc.
  • L’effet « Enquête », par exemple : l’impact de la corruption dans une perspective historique; le rôle historique du Canada dans la création des paradis fiscaux; la relation Philippe Couillard-Arthur Porter au fil du temps; le coût réel de la sous-traitance pour les finances publiques; la marchandisation de l’éducation : les universités et la collaboration avec le privé; etc.

Voici quelques exemples de sujets pertinents à traiter dans ce numéro thématique sur l’austérité qui paraitra sur le site www.histoireengagée.ca. Cet appel d’articles s’adresse aux chercheurs de toutes les disciplines, y compris les étudiants aux cycles supérieurs, les professeurs, les enseignants, les intervenants communautaires; bref, à tous ceux et celles qui s’intéressent au sujet. Nous recevrons et publierons des textes dans ce numéro jusqu’à la fin de l’automne 2015.

Les propositions reçues suivront toutes un processus d’évaluation. Veuillez soumettre votre texte par voie électronique, en respectant les balises de rédaction d’HistoireEngagée, à l’adresse suivante : contributions@HistoireEngagee.ca

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Retour sur la journée d’étude « L’histoire orale en vaut-elle la peine ? Avantages et contributions d’une pratique en milieu francophone »

Andréanne LeBrun, candidate au doctorat en histoire à l’Université de Sherbrooke

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Affiche de la journée d'étude.

Affiche de la journée d’étude.

Le 10 avril dernier s’est tenue à Sherbrooke une journée d’étude portant sur l’histoire orale coorganisée par les candidates à la maîtrise en histoire Myriam Alarie et Christine Labrie ainsi que par la professeure Louise Bienvenue. Constatant depuis la dernière décennie un regain d’intérêt à l’endroit de cette pratique de la part des historiens québécois (en témoignent notamment la création du Centre d’histoire orale et de récits numérisés de l’Université Concordia (CHORN) en 2006 et la parution prochaine d’un numéro spécial de la Revue d’histoire de l’Amérique française sur les sources orales), elles proposaient de s’interroger sur ses avantages, ses limites et ses perspectives d’avenir. Si l’histoire orale se prête bien à la multidisciplinarité, les organisatrices ont choisi de rassembler uniquement des historiens afin de réfléchir sur les réticences qui semblent être le propre de leur profession. C’est donc dans une ambiance décontractée que 15 intervenants d’horizons variés ont puisé dans leur expérience pour répondre à la question « L’histoire orale en vaut-elle la peine ? ». Saluons le fait qu’il s’agisse d’un des rares évènements du genre en histoire à être consacré à des enjeux d’ordres méthodologique et épistémologique.

Dans son mot d’introduction, Louise Bienvenue distinguait les experts de l’histoire orale des explorateurs, qui ont croisé cette pratique sur leur route un peu par hasard. Je m’inscris dans cette seconde catégorie. Par conséquent, c’est en toute humilité que ce compte-rendu entend partager les réflexions qui sont ressorties de cette journée stimulante avec ceux et celles qui n’ont pu y assister. Continuer la lecture

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« La passion d’Augustine » : l’expertise musicale des religieuses

Micheline Dumont, historienne

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La Passion d'Augustine, 2015.

La Passion d’Augustine, 2015.

Un article du Devoir, le 30 mars 2015, nous apprend que le film de Léa Pool, « La passion d’Augustine », rencontre un succès populaire. Les recettes au guichet approchent du million après dix jours dans les salles. Ce film vient rappeler la réalité d’une tradition mal connue aujourd’hui : l’expertise des religieuses dans l’enseignement de la musique.

Cet enseignement s’est répandu avec le foisonnement des pensionnats de jeunes filles, lieu principal de l’instruction féminine, à partir du milieu du XIXe siècle. Rapidement, les religieuses ont ajouté la musique au programme scolaire. D’une part, parce que cela répondait à une demande expresse des parents. D’autre part, parce que cela permettait d’augmenter le prix de la pension. Des recherches ont démontré que les revenus des pensionnats étaient majorés de 15 %, grâce à l’enseignement de la musique. Dans un petit pensionnat rural, un couvent de quelques 60 pensionnaires, on dénombrait dix pianos en 1950. Or, on comptait 175 établissements en 1950, dont 55 dans des villages. Cela fait beaucoup de pianos et beaucoup de religieuses musiciennes!

Chaque congrégation a progressivement structuré cet enseignement, par l’octroi de diplômes-maison. À partir des années 1920, plusieurs congrégations se sont même dotées d’une école supérieure de musique. Le cursus musical s’est alors étendu jusqu’au baccalauréat et chaque congrégation a négocié son affiliation à une université pour faire reconnaître ses diplômes. C’est une question complexe et les archives révèlent de longues discussions entre les autorités universitaires et les congrégations religieuses. Plusieurs congrégations changent d’université quand elles ne peuvent pas s’entendre avec les responsables. La première affiliation date de 1926 et progressivement, on en compte une dizaine. Les dernières se produisent après 1950, dont l’école supérieure des Sœurs Sainte-Croix qui avait pourtant formulé sa demande dès 1922.   Continuer la lecture

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L’historien derrière la console : Assassin’s Creed : Unity. Entrevue avec Laurent Turcot

Marc-André Robert, doctorant en histoire à l’Université Laval

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Laurent Turcot.

Laurent Turcot.

Laurent Turcot est professeur d’histoire au département des sciences humaines de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Spécialiste de l’histoire moderne canadienne et européenne (16e au 19e siècle), plus particulièrement de l’histoire sociale et culturelle de cette période, il a récemment collaboré, à titre d’historien consultant, à la production du jeu vidéo Assassin’s Creed : Unity, de la compagnie française Ubisoft, volet d’une série très populaire campé cette fois dans l’époque de la Révolution française de 1789. Il vient de faire paraître un ouvrage tiré de cette expérience inusitée, coécrit avec son collègue français l’historien Jean-Clément Martin, aux éditions Vendémiaire : Au cœur de la Révolution : les leçons d’histoire d’un jeu vidéo (2015). HistoireEngagée a sollicité sa réflexion autour de l’enjeu des multiples visages de l’historien et de l’engagement de ce dernier dans la diffusion de l’histoire.

MAR : Au fil des récentes années, le développement de la franchise de jeu vidéo à succès Assassin’s Creed, dans laquelle les joueurs incarnent des assassins prenant part à divers événements historiques importants de notre histoire, a vu la compagnie française Ubisoft s’en remettre de plus en plus aux historiens professionnels (professeurs et chercheurs) pour les aider à garantir une « validité » et une « précision » historiques aux éléments narratifs des jeux. Par exemple, en 2013, le professeur Jean-Pierre Le Glaunec de l’Université de Sherbrooke a ainsi contribué à l’expansion du quatrième chapitre de la série, Freedom Cry, en tant que spécialiste de l’histoire d’Haïti et de l’esclavage. À l’instar de l’expérience vécue entre le professeur Le Glaunec et Ubisoft, qu’est-ce qui vous a amené à travailler avec cette compagnie de sur leur plus récent opus, Assassin’s Creed : Unity, qui revisite le Paris de la Révolution française de 1789 ? Comment les producteurs vous ont-ils approché ? Continuer la lecture

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La liberté des un.e.s et le pouvoir des autres. Lettre ouverte à l’administration de l’UQAM

Anne-Marie Buisson, Noémie Charest-Bourdon, Philippe Desmarais, Martin Desmeules, Nancy Gagnon, Amélie Grenier, Catherine Larochelle, Annie Lyonnais, Benoit Marsan, Julien Mauduit, Pascal Motard, Camille Robert, Martin Robert, Cory Verbauwhede, Étudiant.e.s affilié.e.s au Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS)

Nous sommes des étudiant.e.s affilié.e.s au Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS) situé au département d’histoire de l’UQAM. Nous rédigeons cette lettre à plusieurs mains afin de souligner notre attachement aux vertus de l’action collective. C’est la vision de la liberté de celui qui fut le directeur de notre Centre pendant près de vingt ans, l’historien et professeur émérite Jean-Marie Fecteau, décédé avant l’heure à l’automne 2012, qui nous pousse à écrire aujourd’hui.

La liberté que défendait Jean-Marie Fecteau, et dont nous sommes épris.e.s, n’a rien à voir avec le libéralisme qui aspire à nous gouverner sournoisement depuis le 19e siècle, en faisant miroiter l’idéal de l’émancipation, tout en nous enfermant dans la grande lutte du chacun.e pour soi. Elle est à mille lieues de l’individualisme qui a émergé à cette époque et qui se déploie actuellement dans les mesures d’austérité de gouvernements néolibéraux.

Cette liberté n’est pas la fausse liberté du libéralisme, qui laisse pour compte des pans entiers de la population. Elle est aux antipodes de la désolidarisation. Elle tend vers cette autonomie, aussi relative soit-elle, dont font actuellement preuve des personnes courageuses face aux agent.e.s du pouvoir qui les gouvernent. Continuer la lecture

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