« La passion d’Augustine » : l’expertise musicale des religieuses

Micheline Dumont, historienne

Version PDF
La Passion d'Augustine, 2015.

La Passion d’Augustine, 2015.

Un article du Devoir, le 30 mars 2015, nous apprend que le film de Léa Pool, « La passion d’Augustine », rencontre un succès populaire. Les recettes au guichet approchent du million après dix jours dans les salles. Ce film vient rappeler la réalité d’une tradition mal connue aujourd’hui : l’expertise des religieuses dans l’enseignement de la musique.

Cet enseignement s’est répandu avec le foisonnement des pensionnats de jeunes filles, lieu principal de l’instruction féminine, à partir du milieu du XIXe siècle. Rapidement, les religieuses ont ajouté la musique au programme scolaire. D’une part, parce que cela répondait à une demande expresse des parents. D’autre part, parce que cela permettait d’augmenter le prix de la pension. Des recherches ont démontré que les revenus des pensionnats étaient majorés de 15 %, grâce à l’enseignement de la musique. Dans un petit pensionnat rural, un couvent de quelques 60 pensionnaires, on dénombrait dix pianos en 1950. Or, on comptait 175 établissements en 1950, dont 55 dans des villages. Cela fait beaucoup de pianos et beaucoup de religieuses musiciennes!

Chaque congrégation a progressivement structuré cet enseignement, par l’octroi de diplômes-maison. À partir des années 1920, plusieurs congrégations se sont même dotées d’une école supérieure de musique. Le cursus musical s’est alors étendu jusqu’au baccalauréat et chaque congrégation a négocié son affiliation à une université pour faire reconnaître ses diplômes. C’est une question complexe et les archives révèlent de longues discussions entre les autorités universitaires et les congrégations religieuses. Plusieurs congrégations changent d’université quand elles ne peuvent pas s’entendre avec les responsables. La première affiliation date de 1926 et progressivement, on en compte une dizaine. Les dernières se produisent après 1950, dont l’école supérieure des Sœurs Sainte-Croix qui avait pourtant formulé sa demande dès 1922.   Continuer la lecture

Partager/Marquer
Publié dans Recensions | Marqué avec , , , , , | Un commentaire

L’historien derrière la console : Assassin’s Creed : Unity. Entrevue avec Laurent Turcot

Marc-André Robert, doctorant en histoire à l’Université Laval

Version PDF
Laurent Turcot.

Laurent Turcot.

Laurent Turcot est professeur d’histoire au département des sciences humaines de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Spécialiste de l’histoire moderne canadienne et européenne (16e au 19e siècle), plus particulièrement de l’histoire sociale et culturelle de cette période, il a récemment collaboré, à titre d’historien consultant, à la production du jeu vidéo Assassin’s Creed : Unity, de la compagnie française Ubisoft, volet d’une série très populaire campé cette fois dans l’époque de la Révolution française de 1789. Il vient de faire paraître un ouvrage tiré de cette expérience inusitée, coécrit avec son collègue français l’historien Jean-Clément Martin, aux éditions Vendémiaire : Au cœur de la Révolution : les leçons d’histoire d’un jeu vidéo (2015). HistoireEngagée a sollicité sa réflexion autour de l’enjeu des multiples visages de l’historien et de l’engagement de ce dernier dans la diffusion de l’histoire.

MAR : Au fil des récentes années, le développement de la franchise de jeu vidéo à succès Assassin’s Creed, dans laquelle les joueurs incarnent des assassins prenant part à divers événements historiques importants de notre histoire, a vu la compagnie française Ubisoft s’en remettre de plus en plus aux historiens professionnels (professeurs et chercheurs) pour les aider à garantir une « validité » et une « précision » historiques aux éléments narratifs des jeux. Par exemple, en 2013, le professeur Jean-Pierre Le Glaunec de l’Université de Sherbrooke a ainsi contribué à l’expansion du quatrième chapitre de la série, Freedom Cry, en tant que spécialiste de l’histoire d’Haïti et de l’esclavage. À l’instar de l’expérience vécue entre le professeur Le Glaunec et Ubisoft, qu’est-ce qui vous a amené à travailler avec cette compagnie de sur leur plus récent opus, Assassin’s Creed : Unity, qui revisite le Paris de la Révolution française de 1789 ? Comment les producteurs vous ont-ils approché ? Continuer la lecture

Publié dans Entrevues, Non catégorisé | Marqué avec , , , , , , , | Laisser un commentaire

La liberté des un.e.s et le pouvoir des autres. Lettre ouverte à l’administration de l’UQAM

Anne-Marie Buisson, Noémie Charest-Bourdon, Philippe Desmarais, Martin Desmeules, Nancy Gagnon, Amélie Grenier, Catherine Larochelle, Annie Lyonnais, Benoit Marsan, Julien Mauduit, Pascal Motard, Camille Robert, Martin Robert, Cory Verbauwhede, Étudiant.e.s affilié.e.s au Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS)

Nous sommes des étudiant.e.s affilié.e.s au Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS) situé au département d’histoire de l’UQAM. Nous rédigeons cette lettre à plusieurs mains afin de souligner notre attachement aux vertus de l’action collective. C’est la vision de la liberté de celui qui fut le directeur de notre Centre pendant près de vingt ans, l’historien et professeur émérite Jean-Marie Fecteau, décédé avant l’heure à l’automne 2012, qui nous pousse à écrire aujourd’hui.

La liberté que défendait Jean-Marie Fecteau, et dont nous sommes épris.e.s, n’a rien à voir avec le libéralisme qui aspire à nous gouverner sournoisement depuis le 19e siècle, en faisant miroiter l’idéal de l’émancipation, tout en nous enfermant dans la grande lutte du chacun.e pour soi. Elle est à mille lieues de l’individualisme qui a émergé à cette époque et qui se déploie actuellement dans les mesures d’austérité de gouvernements néolibéraux.

Cette liberté n’est pas la fausse liberté du libéralisme, qui laisse pour compte des pans entiers de la population. Elle est aux antipodes de la désolidarisation. Elle tend vers cette autonomie, aussi relative soit-elle, dont font actuellement preuve des personnes courageuses face aux agent.e.s du pouvoir qui les gouvernent. Continuer la lecture

Publié dans L'actualité en débat | Marqué avec , , , , , | 19 commentaires

Des collaborateurs d’HistoireEngagée à l’honneur à l’occasion du Salon international du livre de Québec

Le comité de rédaction

Crédit : Ginny (Flickr).

Crédit : Ginny (Flickr).

La revue HistoireEngagée se réjouit du fait que plusieurs de ses collaborateurs sont finalistes pour le Prix de la Présidence de l’Assemblée nationale et pour les Prix de la Fondation Jean-Charles-Bonenfant qui seront remis au Salon international du livre de Québec le 9 avril 2015. Ces prix « soulign[ent] la richesse de la littérature politique et le talent des auteurs qui excellent dans ce genre. » Nous souhaitons ici non seulement les présenter pour souligner cet honneur, mais également vous inviter à découvrir (ou redécouvrir) leurs contributions sur HistoireEngagée. En effet, par leurs écrits ou leur engagement, Maurice Demers, Harold Bérubé, Mathieu Lapointe, Olivier Lemieux et Marie-Ève Ouellet ont contribué, au fil des dernières années, aux débats et aux réflexions auxquels notre revue a participé. Continuer la lecture

Publié dans Des nouvelles du comité de rédaction | Laisser un commentaire

Monsieur le ministre, vous n’êtes pas le Père des étudiants-es : lettre ouverte à François Blais

Lettre ouverte

*Les commentaires sont les bienvenus, mais ceux-ci seront modérés afin d’éviter toute attaque personnelle à l’endroit des signataires de cette lettre ou du ministre François Blais. Merci de votre compréhension.

Mardi 31 mars 2015, vous affirmiez que « expulser deux ou trois personnes par jour » des universités « refroidirait les ardeurs de certains » et « ferait réfléchir les autres ». Vous avez ajouté : « on fait ça avec les enfants ».

Monsieur Blais, les étudiants-es ne sont pas vos enfants. Vous n’êtes pas leur « père ». Vous êtes un ministre élu et une contestation sociale ne se gère pas à coup de « punitions » soi-disant pédagogiques. De quelle pédagogie ou de quelle paternité parlez-vous ici, d’ailleurs ?

Ces propos sont indignes d’un ancien professeur, d’un ancien administrateur ayant occupé des postes de responsabilité universitaires, d’un ministre responsable de l’Éducation supérieure et de la recherche. La contestation étudiante actuelle n’est pas le caprice d’une génération trop gâtée qu’il faut punir. Elle est l’expression d’une jeunesse animée par un désir de changement, qui revendique le droit à l’éducation pour le plus grand nombre. Ce droit à l’éducation que vous défendez maintenant pour quelques-uns, avez-vous seulement compris que les étudiants-es et bien des citoyens-nes derrière eux le revendiquent pour toute la société, celle d’aujourd’hui comme celle de demain ? Continuer la lecture

Publié dans L'actualité en débat | Marqué avec , , , , , | 3 commentaires